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Ko Névâ - La culture en harmonie avec la nature /

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Exposition collective d’artistes de Nouvelle-Calédonie
En collaboration avec les provinces Nord, Sud et îles Loyauté

Exposition temporaire jusqu’au dimanche 10 juin, salle Komwi, village 2

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« La culture en harmonie avec la nature » offre un écho au thème du XIe Festival des arts du Pacifique qui se tiendra aux îles Salomon au mois de juillet.
Associer les artistes contemporains, autour d’un tel projet, aussi fédérateur que pluriel, permet de prendre le pouls d’une société qui porte sans cesse un regard critique et sensible sur son environnement. L’exposition pluridisciplinaire « Ko Névâ » se présente comme une plateforme pour que le public et les acteurs culturels puissent se rencontrer et échanger leurs idées autour d’une thématique commune.

Rappelons que, depuis l’année 2000, le projet artistique pluridisciplinaire « Ko Névâ » s’intéresse à l’actualité socioculturelle de notre pays, mais aussi à celle de la région Mélanésie Pacifique. Il a toujours convié les artistes contemporains du territoire à s’exprimer autour d’un thème culturel, touchant à notre société.
Ce projet collectif a pour principal objectif la promotion de l’art contemporain de Nouvelle-Calédonie, tout en suscitant la réflexion des artistes plasticiens et en favorisant l’émergence de nouveaux talents.

L’ADCK-centre culturel Tjibaou, en collaboration avec les provinces Nord, Sud et îles Loyauté, met donc en avant les artistes plasticiens qui représenteront la Nouvelle-Calédonie au Festival des arts du Pacifique à Honiara, du 1er au 14 juillet 2012, ainsi que celles et ceux qui ont talentueusement répondu à l’appel à projets « Ko Névâ ».

 * Ko Névâ, « l’esprit du pays » en langue ajië (région centre de la Grande Terre ; Houaïlou).

 

Au coeur de Ko Névâ

Tout ce que je sculpte ne vient pas de mon imagination, mais tout simplement du bois. Je ne fais que révéler aux autres ce qu’il y à l’intérieur du bois.
Jean-luc Ceü POANUI, sculpteur de Poindimié.

 

expo-ko-neva-3Pierre-Yann SANQUER - « Eau désespoir »
Dessin à l’encre sur papier

Ces dessins sont des portraits d’hommes, de femmes et d’enfants d’origine mélanésienne.
Ces portraits se composent de deux parties, le ou les sujets et un paysage, qui se réunissent au niveau du crâne.
A travers cette procédure, je cherche à montrer le lien prépondérant entre la terre et le peuple mélanésien : ces gens portent leur île sur la tête car leur identité dépend d’un environnement particulier dans lequel ils ont pu développer une culture riche et unique.

De plus mon travail vise à évoquer les problèmes environnementaux auxquels font face les sociétés mélanésiennes.
L’élévation du niveau de la mer due, en partie, au réchauffement climatique, ainsi que la déforestation effrénée entre autres, sont des problématiques qui touchent les populations actuelles de Mélanésie. Quelles seront les conséquences psychologiques et physiques d’une telle catastrophe écologique ?
Que se passera-t-il si ces peuples devaient perdre leur lien à la terre et se détacher de leur identité culturelle ?
Dans ce cas, la transmission d’une culture, d’un patrimoine est-elle remise en question ?

C’est autour de cette notion d’arrachement, de déchirure que mon travail s’articule.
A l’aide d’une plume et de traits nets, je dessine cette métaphore d’un attachement viscéral : si ces peuples devaient partir, ils emporteraient leurs îles avec eux.

 

expo-ko-neva-4Olivier SERANNE - « Le tango végétal » (2012)
Bois Noir

Dans la nature, lianes et banians tissent des liens très étroits.
S'entrelaçant dans un corps à corps sensuel, inextricable, et parfois destructeur, tel un couple dansant un tango.
La nature nous offre de magnifiques formes évocatrices, que nous interprétons en fonction de notre bagage culturel, pour créer de l’émotion.

 

expo-ko-neva-5Stéphane FOUCAUD - « HABI-THE » (2012)
Assemblage, peinture, toile aluminium, végétaux, acryliques

Ma culture est dans la nature car ce qui existe avant ma naissance m’habite.
Stéphane FOUCAUD

Dès 1841, on attribue aisément les origines de la consommation du thé sur notre île à l’arrivée des missionnaires protestants, représentant le Royaume-Uni. Le thé devient ainsi la boisson d’accueil en tribu au même titre que le café et fait désormais partie intégrante des us et coutumes du Néo-Calédonien.

Mais que devons-nous infuser pour diffuser une culture authentique en symbiose avec son environnement ? Une culture peut-elle s’assurer de préserver son authenticité sous prétexte qu’elle est associée à un patrimoine naturel exceptionnel ? Les pratiques ancestrales d’une culture sont-
elles de nos jours bénéfiques à sa faune et à sa flore ? La diffusion en masse et le consommable de notre nature sont-ils représentatifs de nos spécificités ? A contrario surprotéger notre patrimoine n’est-ce pas le condamner à s’appauvrir ?

Mes circonvolutions et interprétations, autour du sachet de thé en relation avec une culture kanak de connivence avec la nature, s’articuleront autour d’images antinomiques pour défricher ces questions. Mes objets s’identifieront par la construction d’une culture faisant allusion au contenant et par la présence d’une nature représentée par le contenu.
Les tétraèdres du projet « habi-thé » renferme et protège une nature malgré tout vouée à devenir : une sensation, un souvenir, une matière aussi éphémère que son enveloppe. Cette forme géométrique renvoi au symbole du feu et du mouvement chez les grecs (Platon), elle est donc amenée à dématérialiser.
On fera aussi allusion au centre névralgique de la case, le feu qui renvoi à une culture du sensible. Inversement on peut évoquer le regard plus « froid », visible, d’un produit de supermarché si l’on se réfère à la symbolique de Kepler, astronome de la renaissance qui assimile le tétraèdre à la planète Jupiter, un soleil avorté. Préserver la culture par le biais de la nature s’organise avec les contenants : peaux de niaouli, feuilles de cocotier, des éléments qui participent à la construction de la case, une habitation en sursis.
La fabrication de sachets uniques à grande échelle limite l’idée de diffusion multiple qui aurait tendance à banaliser les particularités de notre culture...
Elle offre néanmoins une ouverture sur la voie de l’exportation, soit une opération marketing visant à séduire d’autres horizons. Les titres hyperboliques des étiquettes confirmant un exotisme exacerbé pouvant « dénaturer » notre culture.
Cependant, cernée dans la structure de métal, la matière de nos ancêtres est toujours présente, même déguisée dans cette course à la mondialisation. Ce que notre culture, du latin « culter » signifiant « habiter », nous amène à construire par l’acquis, laisse toujours une place à l’inné.....la nature, du latin « naturia » signifiant « ce qui existe avant la naissance ».

 

expo-ko-neva-6Fany EDWIN - « Morts suspects : Au commencement était la fin... »
Photographies, tubes à essais, cartons plumes, bouchons lièges, neige, air, Bois de France, feuilles, échantillon, de tissu, échantillon de popinée, cheveux ficelle.

La culture, la religion, la modernité sont des concepts nés de l’homme. Dans de nombreuses religions, la nature et l’homme sont l’oeuvre de Dieu. Dans d’autres croyances comme l’était dans la culture mélanésienne, l’homme est l’oeuvre de la « terre ».
Chez les Romains, l’étymologie du mot « Terre » provient de « culture ». Dans le Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie le mot culture est définit ainsi : « Tout comme le latin cultura dont il est issu, le mot moderne culture fait référence à la fois à "la mise en valeur " de la terre et celle de l’âme et du corps. »1
L’homme rend la Terre habitable physiquement mais elle est aussi une culture de l’esprit.
Au fil des siècles, le rapport de l’homme à la Terre (à la Nature) a évolué dans le bon mais aussi et surtout dans le mauvais sens. Aujourd’hui les paysages et sites naturels deviennent des sols pour accueillir des villes et des civilisations. Mais la Nature a su également, durant le 20e siècle, détruire, recouvrir, couler, noyer, raser, engloutir, autant de verbes qui illustrent le bras de fer entre l’homme et Mère Nature. Et cela continue en ce début du 21e siècle. À qui la faute ?

Mon travail est constitué de trois photographies en couleur de grands formats que j’ai choisi pour l’exposition Ko Névà 2012, « La culture en harmonie avec la nature ».
Il s’agit d’une mise en scène d’un sujet (moi-même) mort, sur un amas de bois abattus dans un décor naturel épuré, blanc et très froid. Cette photo dont le paysage et le sujet paraît si paisible et si innocent qu’on pourrait entendre le silence même du lieu. L’homme mort sur du bois mort, quelle ironie ! Qui tue qui ? Ces photographies deviennent des outils d’études, et d’enquête pour élucider des « Morts Suspects : Le commencement de la fin... », titre d’ailleurs donné à l’oeuvre.
La culture elle, s’intègre grâce au vêtement, au tissu. Ce détail vient simplement habiller la mise en scène. La notion de culture est un concept muni d’entités propres et existentielles à l’homme vivant en société incluant un certain nombre de savoirs, de coutumes, de rites, de moeurs, etc. La culture n’est pas stable, tout comme une identité, elle évolue. La robe popinée et le tissu que je porte rend visible cela. Le tissu est un élément apporté par les missionnaires qui maintenant fait partie intégrante de la culture kanak.

Il s’agit de photographies- installations car les images s’accompagnent de tubes à essais dans lesquels ont été prélevés soigneusement des indices de la scène de crime.
Dans la deuxième photo, on y voit une empreinte s’intégrer dans le paysage. Que fait-elle ici ? Signature de l’artiste ou meurtrier ?

1 Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, sous la direction de Pierre Bonte et Michel Izard, Edition Quadrige/Puf, 2008


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