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Mwa Vée n°64 /

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n_64

Un dossier sur...

  • La pertinence et la permanence de la parole de Jean-Marie Tjibaou
  • Une parole au présent, une parole qui voyage
  • Les cahiers du patrimoine oral kanak n°11
Ce numéro 64 coïncide avec la commémoration du vingtième anniversaire de la disparition de Jean-Marie Tjibaou et de Yeiwéné Yeiwéné. Dans son dossier la revue fait revivre des paroles marquantes de Jean-Marie Tjibaou sur des sujets tels que la culture, la coutume, l'économie, le rôle des femmes dans la société, l'éducation, la colonisation, la décolonisation, les notions de souveraineté, d'indépendance...

La personnalité et la parole de Jean-Marie Tjibaou sont ensuite approchées sous des angles différents : humaniste, philosophique, politique, littéraire, par des personnalités qui ont travaillé à partir de son parcours, de son œuvre, des paroles et des écrits qu'ils a laissés. Ce dossier se poursuit par deux exemples de regards portés par les artistes sur Jean-Marie Tjibaou avant de proposer une approche documentaire sur ce dernier à travers une bibliographie sélective et une présentation d'ouvrages récents le concernant.

Ce dossier est logiquement complété par un portrait de Yeiwéné Yéiwéné, compagnon de route de Jean-Marie Tjibaou.

Il se termine par une histoire en langue fwâi (langue parlée en bord de mer dans la région de Hienghène), en relation avec les origines de Jean-Marie Tjibaou à Tiendanite : Histoire de Kaavo à Pa Kaavac

Sommaire

  • Éditorial : La parole au présent
  • Pour Jean-Marie Tjibaou» par Aimé Césaire
  • Paroles et portraits de Jean-Marie Tjibaou
  • Jean-Marie Tjibaou, Yeiwéné Yeiwéné, le souvenir au présent
  • Une parole qui voyage», par Eric Waddell
  • Échange avec Eric Waddell
  • Le plus politique des hommes politiques d'Océanie, par Hamid Mokaddem
  • Échange avec Octave Togna: Jean-Marie Tjibaou et la culture
  • Échange avec Liliane Tauru
  • Bibliographie sélective
  • Paroles d'artistes
  • Publications récentes sur Jean-Marie Tjibaou
  • Portrait kanak : Yeiwéné Yeiwéné
  • Les cahiers du patrimoine oral kanak
  • Paroles à lire

Extraits de l'éditorial...

La parole au présent

Vingt ans après la disparition tragique de Jean-Marie Tjibaou et de Yeiwéné Yeiwéné, que reste-t-il de leur parole ? En quoi celle-ci est-elle encore d'actualité dans une réalité qui a bien changé depuis 1989 ? En quoi les jeunes générations se retrouvent-elles dans cette parole ? En quoi les objectifs et les idéaux qu'elle véhiculait ont-ils été honorés par ceux et celles qui se reconnaissent en eux ? (...) La parole de Jean-Marie Tjibaou possède indéniablement une résonance qui, au-delà des frontières de la Nouvelle-Calédonie et du discours politique pour la reconnaissance et l'affirmation de l'identité kanak, incarne une approche universelle de la condition humaine et de l'espérance en un monde meilleur. (...) La réflexion engagée à l'occasion des vingt ans de la disparition de Jean-Marie Tjibaou est bienvenue pour susciter une relecture attentive de son propos à la lumière de l'expérience vécue depuis 1989 et de la réalité qui nous éclaire en 2009.
Mwà Véé (Gérard del Rio)

Extraits des entretiens...

Jean-Marie Tjibaou, Yeiwéné Yeiwéné

Le souvenir au présent à Hienghène, à Maré, à Nouméa
La disparition, voici vingt ans, de Jean-Marie Tjibaou et de Yeiwéné Yeiwéné a donné lieu à Hienghène et à Maré, ainsi qu'au centre culturel Tjibaou, à des journées de commémoration placées sous le signe du recueillement et de la reconnaissance, marquées par des cérémonies coutumières et ponctuées par des espaces de parole. Une parole vivante, déclinée en débats, forums, musique, danse, chant choral, projections de films, pièces de théâtre, expositions...

« Depuis 1988 [signature des Accords de Matignon], en passant par 1998 [signature de l'Accord de Nouméa], nous poursuivons tous les jours notre marche en avant, mais est-ce que cela nous rapproche des objectifs que nous a légués Jean-Marie Tjibaou ? Tant que les vieux de sa génération sont là, ces objectifs sont toujours là, mais après eux ? Nous avons de grandes décisions à prendre si nous voulons nous projeter dans un projet viable d'indépendance pour pays. Jusqu'à présent, nous
avons travaillé pour que le développement initié par les Accords de Matignon et de Nouméa se déroule dans la paix et dans des conditions qui nous offrent la sécurité matérielle. Sommes-nous capables de nous projeter au-delà de cette situation de confort pour aller chercher ce à quoi nos vieux aspiraient et qu'ils nous ont légué ? »

Jean-Philippe Tjibaou(aîné des enfants de Jean-Marie et de Marie-Claude Tjibaou)

Une parole qui voyage

« On m'avait demandé de faire un compte-rendu à propos d'un ouvrage intitulé Renaissance du Pacifique, réalisé en marge du Festival des arts du Pacifique prévu en 1984 en Nouvelle-Calédonie (...) Cette publication était basée sur des témoignages d'acteurs de l'éveil politique, social et culturel de la région, parmi lesquels celui de Jean-Marie Tjibaou. Ce texte est considéré, aujourd'hui encore, comme l'un de ses grands entretiens en termes de réflexion, de reflet de ses valeurs à propos de la relation entre Kanak et non-Kanak, entre État et tribu, entre ville et campagne, avec une dimension très locale, calédonienne en même temps qu'universelle, en phase avec les grands enjeux de notre temps. C'est un texte qui sortait de l'ensemble des contributions à cet ouvrage et qui m'a immédiatement touché, traduisant une pensée vraiment à part que, personnellement, j'ai trouvée très forte  (...) C'est une parole qui n'a pas vieilli et qui est toujours de son temps. Jean-Marie Tjibaou voulait, certes, l'indépendance de son pays, mais dans un avenir partagé entre ceux qui vivaient là. On retrouve là ce côté généreux, qui caractérise les Mélanésiens, qui le poussait à toujours aller vers l'autre, à l'accueillir chez lui et à partager avec lui. Il voulait que le peuple kanak soit invité à s'asseoir au banquet des civilisations pour participer avec les autres à l'avenir du monde. Il y a là, dans la pensée, quelque chose de riche, de noble, et de profondément intelligent, dans le sens où les « petits » peuples ont effectivement des choses à apporter aux pays occidentaux sur la façon de concevoir le monde. »

Eric Waddell (Enseignant, auteur de l'ouvrage Jean-Marie Tjibaou Kanak witness to the world. An Intellectual Biography, University of Hawai'i Press, Honolulu, Hawai'i, 2008.)

Le plus politique des hommes politiques d'Océanie

« Or, si vous écoutez avec attention les propos tenus par Jean-Marie Tjibaou, vous vous apercevez qu'il n'a cessé de se soucier d'aujourd'hui. Comment peut-on être Kanak aujourd'hui ? C'est une question simple qui donne le vertige quand on l'écoute avec soin.

L'identité provoque une recherche. La colonisation a marginalisé le peuple kanak, l'obligeant à devenir autre avec une double imposition violente et civilisée des modèles étrangers. À rebours de la colonisation, comment agir pour devenir soi-même et recouvrer une image de soi par l'entremise de laquelle le peuple kanak puisse s'identifier ? Qu'est-ce que devenir et être Kanak aujourd'hui ? Je ne vais pas répondre ici à la place de Jean-Marie Tjibaou. Mais si vous lisez avec minutie les titres de ses premiers écrits, vous constatez que la recherche de la vérité est pour Tjibaou une conquête de la liberté. C'est un combat d'abord éthique, au sens des modes de vie culturelle d'un peuple, puis politique, au sens d'une survie physique et matérielle de ce peuple ».

Hamid Mokaddem(Philosophe, auteur de Pratique et Théorie kanak de la Souveraineté... 30 janvier 1936, Jean-Marie Tjibaou, 4 mai 1989, éditions Province Nord, mai 2009.)

Jean-Marie Tjibaou et la culture

« La société kanak est une société profondément attachée à sa parole et à sa terre. La manière dont Jean-Marie a posé la problématique de l'émancipation du peuple kanak repose sur ces deux pieds, la parole étant la culture et la terre étant, à mon sens, l'identité. Quand Jean-Marie a lancé, avec un certain nombre d'anciens, les opérations du festival « Mélanésia 2000 », il a dit aux gens : « Sortons la parole de la case et partageons-la dans un endroit donné ». Chacun a ainsi apporté un bout de parole avec lui et l'ensemble a constitué « Mélanésia 2000 », qui marque une première étape de la construction d'une identité commune kanak inscrite dans une perspective contemporaine. Les choses étaient tout à fait claires pour Jean-Marie lorsqu'il a choisi de fonder ce festival sur ces bases-là. Même si l'on revendiquait à l'époque l'émancipation du peuple kanak dans des mouvements politiques, des associations religieuses ou autres, il manquait cette dimension profonde que lui a donnée Jean-Marie, axée sur la parole et la terre. Et quand on regarde son parcours, ces deux éléments sont toujours présents, intimement intégrés dans sa réflexion. Celle-ci pose la question de la place de l'homme kanak, qui se reconnaît comme fruit de cette terre, s'exprime en tant que tel et revendique le fait d'être reconnu chez lui. Dans son esprit, toute l'architecture institutionnelle du pays allait naturellement découler de ce positionnement, de même que l'architecture économique. Il savait où il allait et il procédait par étapes. Il disait souvent que l'on ne peut pas s'émanciper sans avoir fait un travail sur soi-même (...)
...Quand je parle de la parole et de la terre, c'est dans cet espace-là que je me situe en tant que Kanak. Les sociétés contemporaines conçoivent pour leur part la culture comme l'expression de ce qu'elles sont. On a d'un côté une conception introvertie de la culture, de l'autre une conception extravertie. Lors de « Mélanésia 2000 », Jean-Marie Tjibaou parle de l'art, dans sa perception et dans son expression visuelle, comme d'un outil de revendication. Je pense qu'il était animé par le souci qu'une société traditionnelle comme la nôtre, très impliquée dans l'oralité, puisse fournir des signes tangibles de sa culture permettant de constituer une grille de lecture compréhensible par les autres cultures.

Octave Togna (attaché au cabinet de Jean-Marie Tjibaou et vice-président du Conseil de gouvernement de 1982 à 1984. Directeur général de l'Agence de développement de la culture kanak (ADCK) de 1989 à 2006, ainsi que du centre culturel Tjibaou depuis son ouverture, de 1998 à 2006).

Jean-Marie Tjibaou. Biographie illustrée


« La plupart des ouvrages consacrés à Jean-Marie Tjibaou sont épuisés, sauf les plus récents, en particulier celui d'Hamid Mokaddem et celui d'Eric Waddell, lequel n'existe pour le moment qu'en version anglaise. Cet ouvrage [Jean-Marie Tjibaou. Biographie illustrée]s'inscrit dans un ensemble consacré à Jean-Marie Tjibaou à l'occasion du vingtième anniversaire de sa disparition. L'idée est de prolonger l'exposition permanente sur la vie et l'œuvre de Jean-Marie Tjibaou installée dans la case Umatë du centre culturel par une trace écrite et visuelle de Jean-Marie Tjibaou que les visiteurs puissent emporter avec eux. Pour autant, cet ouvrage n'a pas été conçu comme un catalogue d'exposition mais comme une biographie. Il se veut le plus complet et le plus précis possible tout en restant très accessible, avec une place importante accordée aux photos. Accessible dans le sens où cet ouvrage est destiné aussi bien aux personnes qui sont déjà familiarisées avec Jean-Marie Tjibaou qu'à celles, en particulier les jeunes générations, qui ne le connaissent pas ou moins bien que leurs aînés. Pour beaucoup de jeunes, Jean-Marie Tjibaou est en effet perçu comme un mythe et non comme un personnage bien réel qui a concouru à façonner un pan important de l'histoire du pays, de leur histoire. »

Liliane Tauru (Chargée par l'ADCK-centre culturel Tjibaou de réaliser une biographie illustrée de Jean-Marie Tjibaou à l'occasion du vingtième anniversaire de la disparition de Jean-Marie Tjibaou)

Portrait kanak


Yeiwéné Yeiwéné

« Les biographes ne se sont guère attardés sur ce compagnon de route de Jean-Marie Tjibaou, et pourtant... Yeiwéné Yeiwéné et Jean-Marie Tjibaou ont lutté ensemble. Ils sont tombés ensemble à Hwadrilla, le 4 mai 1989. Jean-Marie Tjibaou repose chez lui, à Tiendanite (Hienghène). Yeiwéné Yeiwéné repose chez lui, à Hnidenod (Nidenod) (Maré). La distance qui sépare leurs lieux de repos est toute relative. Ils reposent comme ils ont vécu, unis à jamais par le même idéal, le même amour de leur peuple, le même sens des responsabilités, de l'engagement et du sacrifice. » ... 

GdR

Souvenir de « Yéyé »

« Cette commémoration des vingt ans de la disparition de Yéyé et de Jean-Marie doit servir à ouvrir l'esprit de chacun, à nous aider à nous positionner en tant que Kanak en faveur de la progression du pays et du « vivre ensemble », en se respectant les uns les autres. À l'aube de ces vingt ans, je pense tout particulièrement aux jeunes. À qui j'ai envie de dire : « N'oubliez pas l'histoire du pays, elle est l'identité de chacun. Poursuivez vos études afin de devenir les futurs dirigeants du pays aux plans coutumier, politique, économique. Soyez les acteurs de votre pays. »

Hnadrune Yeiwéné (épouse de Yeiwéné Yeiwéné)


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