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Mwà Véé n°62 /

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A lire dans le nouveau numéro de Mwà Véé

Un dossier sur la guerre kanak de 1917

Présentation

Entre le mois d’avril 1917 et la fin du mois de janvier 1918, une véritable guerre s’est déroulée dans la région comprise entre Koné et Hienghène. Excédés par la pression coloniale qui s’exerçait sur eux, en particulier l’accaparement de leurs terres, l’impôt de capitation, mais aussi la mobilisation de tirailleurs volontaires, des Kanak effectuent des incursions à Koné puis dans les tribus environnantes. A la suite de quoi une pseudo cérémonie de « réconciliation » est organisée avec les « rebelles » à Tiamou, à l’instigation du Service des affaires indigènes. Elle se solde par l’arrestation de 17 hommes et donne le coup d’envoi d’une guerre qui va mettre en scène plusieurs chefs important de la région et mobiliser des centaines de guerriers, face aux militaires français secondés par des tirailleurs et des auxiliaires kanak. Aux opérations « commando » menées par les « rebelles » répondent des opérations de répression et de « nettoyage » qui vont obliger les populations à déserter leurs villages et leurs vallées pour se réfugier toujours plus loin, jusque dans la région de Hienghène.

illust_1Cette guerre s’est traduite au passage par la disparition ou par la recomposition de nombreux villages (aujourd’hui dénommés « tribus »), par la mort ou l’arrestation de tous les meneurs et par le déplacement ou la déportation de familles entières. Elle a donné lieu en 1919 à un procès d’assises, marqué par des condamnations à la peine capitale. De fait, elle a causé un traumatisme durable dont les effets sont encore sensibles aujourd’hui dans la région qui en a été le théâtre.

Couverture de l’encart central de MV62Ce numéro a été élaboré autour de deux axes : la mémoire kanak de la guerre de 1917, avec le concours de descendants directs de personnes impliquées dans ces événements ; l’analyse historique et anthropologique avec la contribution de chercheurs qui contribuent à travers leurs travaux et leurs publications à éclairer cette période de l’histoire kanak et calédonienne.
Extraits…
de l’éditorial
« Ce titre souligne à lui seul l’importance de ce qui s’est passé entre avril 1917 et fin janvier 1918 dans la région comprise entre Koné et Hienghène. Des événements à ce point décisifs qu’ils ont conduit des gens à la mort, à la prison, à la guillotine. À ce point sensibles qu’ils ont engendré la migration de populations entières, la destruction de villages entiers avec leurs cultures, la dépopulation de vallées entières, la déstructuration coutumière, sociale et politique de toute cette région. À ce point marquants qu’ils ont mobilisé l’attention d’acteurs ou d’observateurs de l’époque tels que le pasteur Maurice Leenhardt ou le père Rouel, puis, plus tard, celle d’historiens tels que Sylvette Boubin-Boyer, Adrian Muckle, Alain Saussol, Joël Dauphiné, d’anthropologues tels que Jean Guiart, Alban Bensa, Patrice Godin, pour ne citer qu’eux […]

Nous avons tenté, à travers ce dossier, d’apporter une lecture engagée de ces événements. Ce, dans le sens d’un engagement dans la recherche non pas d’une vérité édictée comme telle et difficile, voire impossible, à établir, mais d’une meilleure compréhension de cette période-clé de la colonisation, tout au moins avérée comme telle en ce qui concerne la région placée au centre de ce conflit.»

Mwà Véé (Gérard del Rio)


Des contributions, entretiens et récits

 

1917. Circulation de la parole de guerre et déplacement des populations suite à la répression

illust_2carte établie et publiée en 1978 par le musée de l’Homme. Actualisée en octobre 2008 par Alban Bensa. […]« La répression contre les Kanak a été systématique et a rayé de la carte au moins une vingtaine de villages, dans les vallées de Pwëbuu (Pwaalowë), de Tipijé et de la haute Hienghène. Le nombre des victimes a été jusqu’à ce jour, à mon avis, largement sous-évalué. Les opérations militaires orchestrées par les autorités françaises et mises en œuvre sur le terrain par des bataillons composés de soldats français et tahitiens, de quelques fils de colons et appuyés par des « auxiliaires indigènes » venus principalement de la région de Houaïlou ont contraint les rescapés à s’enfuir et à chercher refuge, soit auprès des clans qui n’étaient pas entrés en guerre, soit auprès des missionnaires catholiques ou protestants qui troquaient leur protection contre la soumission à l’ordre missionnaire. Ainsi, de nombreux fuyards originaires de la côte Ouest gagnèrent la côte Est ou bien attendirent la fin des hostilités pour retrouver, quand cela était possible, leurs habitats antérieurs. En 1917, la carte foncière et l’implantation des populations dans leurs espaces en ont été profondément bouleversées au détriment des Kanak et ce, jusqu’aux événements de 1984. »

Alban Bensa

La « Dernière Révolte » de Kanaky Nouvelle-Calédonie : vision de conflits passés dans un avenir commun

[…] La « guerre de 17 » eut lieu à l’ombre de la Grande Guerre, en terrain vallonné, entre Koné et Hienghène, entre avril 1917 et mars 1918. Le recrutement massif de Kanak comme « volontaires » pour la guerre en Europe en fut le catalyseur immédiat. Des guerriers « rebelles » kanak lancèrent des raids sur des propriétés appartenant à des colons, attaquèrent des postes militaires et tendirent des pièges à des colonnes militaires. L’évènement causa un véritable bouleversement ; les propriétés européennes et les hameaux mélanésiens se vidèrent, forçant les habitants à trouver refuge sur la côte. La répression impliqua trois cents Kanak « loyalistes », quarante colons à cheval et jusqu’à quatre cents hommes de troupes (y compris des colons mobilisés ainsi que des volontaires kanak et tahitiens recrutés pour la guerre en Europe). Les forces « rebelles » comptaient environ cent guerriers dans leurs rangs, provenant d’une population locale de quatre mille cinq cents personnes. La répression se joua dans un contexte marqué par la limitation des ressources, l’emploi du temps des mobilisés et la question du retour d’Europe des soldats permissionnaires. L’un des derniers actes du conflit fut la décapitation du leader présumé des « rebelles », Noël de Tiamou, en février 1918 […]

Dans la région Koné-Hienghène, « 1917 » vit toujours dans les histoires locales. Certains personnages et évènements sont connus de tous.

Adrian Muckle
Egalement présentés dans ce numéro
Des exemples de la mémoire kanak sur 1917

  • « Histoire de la rébellion du côté de Koné » de Téin Bai, d’après une traduction de Raymond Leenhardt. (document)
  • « Baco, 21 mai 1917, Tein Bayyol Mangol à Pasteur Milo à Nouméa ». (document)
  • « Un épisode de la révolte kanak de 1917 », par Gööru Ignace Göröpwêjilèi. Récit enregistré par Jacques Celle en 1975, à Néami, transcrit, traduit et présenté par Yvon Kacué Goromoedo, académicien de l’aire Paicî-Cèmuhî, et Alban Bensa, anthropologue. (document)
Joseph Karié Bwarhat (ADCK-GdR)Joseph Karié Bwarhat (ADCK-GdR) - Joseph Karié Bwarhat de Hienghène (récit)

NDLR : Joseph Karie Bwarhat est l’aîné de la famille d’une branche cousine des Bwarhat. À ce titre, il compte parmi les notables qui entourent le grand chef Théodule Bwarhat, de Hienghène. Nous l’avons sollicité pour nous présiser le rôle tenu par le grand chef Philippe Bwarhat lors de la guerre de 1917.





Noël Tuaï Gohoup (ADCK-GdR)Noël Tuaï Gohoup (ADCK-GdR)- Noël Tuaï Gohoup, de Maïna, neveu de « Noël de Tiamou » (récit)

NDLR : Compte tenu du caractère singulier du récit de Noël Tuaï Gohoup, qu’il n’avait jamais raconté auparavant, nous avons choisi de le transcrire au plus près de sa formulation orale.







Pascal Kalewaik Couhia (ADCK-GdR)Pascal Kalewaik Couhia (ADCK-GdR) - Pascal Kalewaik Couhia, de Tiendanite (récit)

NDLR : Pascal Kalewaik Couhia s’est exprimé dans sa langue et ses propos nous ont été traduits par son ami Bernard Kalene Maepas. Avant toute chose, Pascal Kalewaik Couhia nous a prévenus que, normalement, il n’avait pas le droit de s’exprimer sur les événements de 1917, dans la mesure où Tiendanite n’est pas sa tribu d’origine. Ses parents, fuyant la répression, y ont été recueillis. De ce fait, il se considère comme un sujet de la chefferie de Tiendanite. Il a toutefois répondu aux questions qui ne l’engageaient pas du point de vue de ce « devoir de réserve » au plan coutumier.

 



Des documents originaux

  • « [Interrogatoire de] l’indigène Poindet, ex-petit chef du village de Paola-Netchaot, la Prison Civile, le 1er fév. 1918, signé Daurelle (syndic) et Fourcade (chef du SAI)… » (avec un commentaire d’Adrian Muckle)
  • « Interrogatoire de Tiapy Moueaou dit Tihain » (avec un commentaire d’Adrian Muckle)

Des analyses historiques

  • « La révolte de 1878-1879 dans la région de Koné-Hienghène », par Adrian Muckle
  • « Noël de Tiamou et ses « frères », par Adrian Muckle
  • « 1917 et 1878 » par Adrian Muckle

Des entretiens avec

Sylvette Boubin-Boyer, historienne Patrice Godin, anthropologue
couverture de l’ouvrage Révoltes, conflits et Guerres mondiales en Nouvelle-Calédonie et dans sa région couverture de l’ouvrage Cahiers de mes souvenirs


Une présentation de l’ouvrage Cahiers de mes souvenirs de géomètre calédonien, 1894-1939 de Nicolas Ratzel – l’un des acteurs de la guerre de 1917 – édité en mai 2006 par la Société d’Etudes Historiques de la Nouvelle-Calédonie.

 

Une présentation, par Emmanuel Kasarhérou, de la collection Nicolas Ratzel nouvellement acquise par le musée de Nouvelle-Calédonie

Une bibliographie sur 1917 et son contexte

Des photographies d’époque
  • de la collection Fritz Sarasin, (Museum Der Kulturen Basel, Musée des Civilisations de Bâle)
  • des albums et du fonds Maurice et Raymond Leenhardt (Service des Archives de la Nouvelle-Calédonie)
  • d’objets de l’ancienne collection Nicolas ratzel (musée de Nouvelle-Calédonie)
  • d’objets de la collection du musée de la Ville de Nouméa


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