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Mwà véé n°58 /

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Jeunes d’Ua Pou (îles Marquises), interprétant un haka

Au sommaire du nouveau Mwà Véé
(n°58. octobre-décembre 2007-janvier-mars 2008)


Le dossier : Le mana veille sur la culture polynésienne

Ce numéro s'inscrit dans le cadre du dialogue entre les cultures du Pacifique. Il s'appuie sur les liens qui existent depuis longtemps entre la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie. Des liens encore renforcés dernièrement par la signature d'une convention de coopération muséographique et culturelle entre le musée de Tahiti et des îLes et l'Agence de développement de la culture kanak-centre culturel Tjibaou.
Ce renouveau culturel s'exprime avec force aux îles Marquises en raison de la difficulté qu'à longtemps éprouvé cet archipel à faire reconnaître et respecter sa spécificité. C'est la raison pour laquelle Mwà Véé s'est plus particulièrement intéressé à ces îles qui font actuellement l'objet d'une étude en vue de leur classement par l'Unesco sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, au plan culturel et naturel.
Il s'exprime aussi au sein même des structures culturelles concentrées pour la plupart à Papeete et à sa périphérie, mais également dans les vallées profondes de Tahiti peuplées de centaines de sites archéologiques.
L'équipe de Mwà Véé a ainsi multiplié les rencontres et les entretiens afin de donner à mieux comprendre et analyser la culture polynésienne d'hier et d'aujourd'hui dans sa complexité et sa diversité..

Extraits du dossier

1ère partie : Le réveil culturel des Marquises

Site de Kamuihei dans la vallée d’Haitiheu (Nuku Hiva, îles Marquises) « Avec le festival, les Marquises ont une existence culturelle, elles sont reconnues. Nous, en tant qu’élus, quand on fait une demande auprès de l’État, on nous soutient, parce qu’on nous connaît et cela grâce à notre culture. Avant, ce n’était pas le cas. Tu vas en France, on te parle de la culture marquisienne, des tatouages, des tiki.»
Benoît Kautai, maire de Nuku Hiva

« Il a fallu attendre le premier Festival des arts des Marquises, en 1987, à Ua Pou, pour changer notre façon de voir les choses. Ce n’est pas que l’on ne faisait pas attention à notre culture, mais on était tellement pris, et éduqués d’une certaine manière, par le système français, l’État, l’Église, que la danse, la culture en général était considérée comme un péché. Tout cela était devenu tapu (interdit) pour nous, il ne faut pas l’oublier. »
Pierre Teikitohe, élu municipal de Nuku Hiva

« J’ai participé à plusieurs éditions de ce festival, notamment à Townsville (Australie), et je me souviens avoir pensé qu’il y avait un chaînon manquant, les Marquises, entre Tahiti et Hawaï. »
Deborah Kimitete, élue municipale de Nuku Hiva

« Nous manquons encore de réflexion globale à l’échelle de l’archipel. De ce point de vue, et sur le fond, le classement sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco serait une bonne chose. »
Jean-Paul Tetahiotupa, administrateur territorial des îles Marquises

« Demain (le 24 juin 2007), nous fêterons les 30 ans de l’érection de la cathédrale. Lors de l’inauguration, il y a eu une veillée de chants, de danses et de prières. On a commencé dehors, avec le pahu, le grand tambour marquisien dont l’usage était complètement tapu depuis l’arrivée de la religion, strictement interdit aux Marquisiens convertis au catholicisme. »
Mgr Hervé Le Cléac’h, ancien évêque des îles Marquises

« Aujourd’hui, je suis fière de notre fédération culturelle, Motu Haka, de ma culture, fière de voir nos danses et nos chants revivre, de voir que nous ne voulons plus, les uns et les autres, laisser perdre la culture marquisienne. Après qu’ils ont vu un site comme celui de Kamuihei, les visiteurs disent que c’est trop fort, que c’est unique et qu’il faut sauver cette culture. »
Yvonne Katupa, maire déléguée

« Je ne connaissais rien des Marquises, je n’avais jamais vu un paepae et ce sont les Marquisiens eux-mêmes qui m’ont initié à leur culture. J’ai donc commencé à effectuer des fouilles et des sondages, et ce que j’ai trouvé spectaculaire dans ces îles, ce sont les structures de surface, de dimensions beaucoup plus imposantes qu’à Tahiti. »
Pierre Ottino, archéologue

« Le collège de Taiohae travaille déjà depuis un an sur le thème du classement des Marquises, et le retour des jeunes est très bon. Cette demande de classement, la première du genre en Polynésie, s’inscrit dans un esprit de protection à la fois naturelle et culturelle et de développement durable. Elle concerne l’ensemble de l’archipel. »
Odile Marc, coordinatrice régionale Unesco

« Je vais vous montrer un vrai Marquisien, tatoué, vêtu et coiffé à la façon traditionnelle, avec son double chignon et son casse-tête. Il porte le hami comme seul vêtement. Il est enduit avec de l’huile de coco, c’est ce qui donne la teinte jaune, et si l’on met du gingembre sur ses tatouages tracés avec de la cendre de bancoulier, cela devient bleu. C’est pour cela qu’on appelait les Marquisiens les « hommes bleus » et que l’on trouve aussi cette teinte sur le drapeau marquisien. »
Damien Haturau, sculpteur

Site archéologique de Tohua Ko Ika, vallée de Hohoi (Ua Pou, îles Marquises) « Le Tahitien, décideur des choses en Polynésie, s’est dit qu’il fallait peut-être partager les choses, s’ouvrir, et, après cela, est venu ce premier Festival des arts des Marquises dont nous allons fêter, en cette année 2007, la 7e édition et les 20 ans d’existence (…) Après, il y a eu la création de l’Académie marquisienne. Ce sont des réalisations concrètes qui permettent de se faire reconnaître, de s’affirmer vis-à-vis des décideurs de la Polynésie, pas seulement le pays, mais aussi l’État. C’est montrer que nous sommes un peuple en plein réveil artistique et social. »
Joseph Kaiha, maire d’Ua Pou

« En ce moment, nous préparons le Festival des arts des Marquises qui va bientôt se dérouler chez nous. Nous composons des haka et des chorégraphies en innovant, tout en restant dans le fil de la tradition. Nous nous inscrivons dans une culture vivante, en mouvement, pas dans une culture figée. »
Pascal Pati, chef de danse

« Il est difficile aussi de faire comprendre que la culture, c’est notre vie, que nous sommes nés d’elle, et qu’un lézard ou un oiseau, ce sont pour nous des motifs de danse, que tout est lié, la nature, les éléments, les animaux. »
Heato Teikiehuupoko, jeune d’Ua Pou

« J’étais très frappée de voir que les gens d’ici délaissaient leurs danses traditionnelles et leur préféraient les danses tahitiennes jugées plus attrayantes. J’ai alors proposé à ceux qui le voulaient de leur apprendre les danses tahitiennes que je connaissais, en échange de quoi, eux m’apprendraient les danses marquisiennes. »
Tina Klima, Marquisienne de cœur

2e partie : La prise de conscience culturelle de Tahiti

Une convention entre le musée de Tahiti et des Îles et le centre culturel Tjibaou

Avec l’avènement du centre culturel Tjibaou, l’Agence de développement de la culture kanak a intensifié ces relations avec un certain nombre d’établissements muséographiques et culturels de la région Pacifique. La convention qui a été signée dernièrement entre le musée de Tahiti et des Îles et le centre Tjibaou confirme la volonté de coopération entre deux établissements qui partagent un même objectif, celui de développer la connaissance de leurs cultures respectives, mā’ohi et kanak, et, plus largement, celle de la région Pacifique.


« Au départ, les missions du musée de Tahiti et des Îles concernaient la collecte, la conservation et l’exposition d’objets attachés au milieu naturel, au passé patrimonial, ethnologique et historique, depuis l’arrivée des premiers Européens (…) De fait, l’on continue à privilégier le patrimoine polynésien, et comme ce musée est le seul à posséder un lieu de conservation optimum, aux normes, au fur et à mesure, à l’initiative de la Société des études océaniennes et d’autres associations privées, il a acquis une nouvelle mission, celle de conserver les œuvres artistiques y compris contemporaines. »
Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, directeur du musée de Tahiti et des Îles

« Ceux qui pensent que tout a disparu dans la culture polynésienne n’ont jamais contacté les personnes qu’il fallait, ou ne leur ont pas posé la bonne question. »
Doris Tutana Tetuanui-Peters. Service de la culture et du patrimoine de la Polynésie française

Site archéologique de Vaiotea dans la vallée de la Papeno’o (Tahiti)
« La lecture du terrain fournit des indications chronologiques et des informations précieuses sur la typologie de l’habitat ancien. Le travail archéologique effectué dans la vallée de la Papeno’o nous a révélé la diversité architecturale, et les résultats ont remis en question les modèles typologiques habituels entre les sites côtiers, les sites médians, les sites du haut de vallée.»
Joseph Tchong, archéologue polynésien

L’ICA est partenaire du Festival international du film océanien (FIFO) «L’apport principal de l’université à la culture polynésienne, et sa priorité par rapport à celle-ci, c’est l’enseignement des langues polynésiennes. »
Louise Peltzer, présidente de l’Université de la Polynésie française

 

« L’Institut de la communication audiovisuelle (ICA), a été créé en 1984. Jusqu’en 2003, ses activités ont principalement concerné la création audiovisuelle et, à partir de cette année-là, il y a eu une restructuration et l’ICA s’est recentré sur deux missions. La première de ces missions concerne la conservation du patrimoine audiovisuel de la Polynésie, la deuxième, primordiale, la valorisation de ce patrimoine. »
Eric Bourgeois, directeur de l’ICA

« Nous avons une chance énorme du fait de notre construction historique et culturelle. Nous sommes à la fois Polynésiens, Français, Européens, mais nous avons toutefois oublié un niveau, l’Océanie, et c’est pourquoi nous nous efforçons d’organiser de plus en plus d’événements qui correspondent à cette dimension océanienne. »
Heremoana Maamaatuaiahutapu directeur de la Maison de la culture « Te Fare Tauhiti Nui »
« Le Heiva, c’est tout d’abord une institution vieille de 126 ans cette année. C’est un festival de la culture polynésienne à travers ses danses, ses chants et ses sports traditionnels, et puis c’est aussi un temps fort pour l’artisanat traditionnel. C’est un événement important pour nous tous, un signe de reconnaissance de notre existence, de notre particularité, de notre spécificité. »
Manouche Lehartel, muséologue, directrice du groupe de danse Toa Reva

« Je ne suis pas inquiet pour l’avenir, mais rien ne se dessine clairement même si des choses sont en marche et si l’on trouve une vraie effervescence dans certains milieux artistiques. Il n’y a pas vraiment de courant artistique, ni d’émergence d’un style de pensée, comme il en existait un, sur le plan identitaire, entre 1975 et 1980, années qui correspondent à l’une des périodes les plus fécondes que l’on ait connues sur le plan de la création. »
John Mairai, dramaturge

« Depuis sa création, ce centre est un établissement public territorial à caractère administratif. Cela coïncide avec la période des années quatre-vingt où l’on essayait de revenir à la culture polynésienne qui avait un peu disparu, une sorte de retour aux sources (…) Sa vocation et ses missions consistent à contribuer à l’enseignement de l’art traditionnel polynésien et à perfectionner des techniques artisanales. »
Viri Taimana, directeur du Centre des métiers d’art

Vallée de la Papeno’o (Tahiti) « Les arts premiers, c’est bien comme référence, mais ce n’est pas suffisant, il faut s’ouvrir davantage aux autres formes d’art. »
Tunui Salmon (Papeete)

« Je suis allée un jour à Atuona (île d’Hiva Oa, aux Marquises), sur des ensembles de paepae (…) Je me suis assise et j’ai commencé à repasser l’un des cailloux qui forment les fondations des anciennes habitations (…) Repasser ma culture, c’est lui rendre toute son allure. Quand on pose les choses bien à plat, devant soi, on y voit plus clair. »
Laiza Pautehea, plasticienne

Site de Fare’ape dans la vallée de la Papeno’o (Tahiti) « Etre Mā’ohi, c’est d’abord vivre sa culture. Aucun d’entre nous n’était là entre 1 500 et 1 700 et personne ne peut dire aujourd’hui que la culture ancienne était comme ceci ou comme cela. Nous nous basons sur ce qu’il en reste, les sites notamment, la tradition orale, les écrits des premiers visiteurs. Pour le reste, nous faisons les choses du mieux que nous pouvons, en fonction de ce que nous ressentons. »
Association Haururu, vallée de la Papeno’o

« Nous essayons de reconstituer les coutumes ancestrales et de les pratiquer en espérant que les ancêtres nous guideront vers les chemins du savoir. »
Sunny Walker, association Te Hivarereata

« Des formes artistiques apparaissent pourtant au milieu de ce paysage, un réveil culturel, ainsi, à Faa’a, un groupe réactive les chants traditionnels. Les jeunes des quartiers constituent un apport important pour les groupes de danse, jusqu’au Heiva. »
Aimeho A Raa Ariiotima, animateur social de quartiers

« La raison d’être de notre association, c’est d’apprendre leur culture aux enfants, celle qui ne leur est pas enseignée à l’école. (…) La culture, c’est aussi et d’abord l’apprentissage du véhicule de cette culture, la langue. »
Maurice et Lee Rurua, association Puna Reo Piha’e’ina (Moorea)

« Aux Tuamotu, nous collectons depuis longtemps et nous disposons d’un corpus linguistique qui porte sur une trentaine d’années (…) Notre objectif, maintenant, c’est d’obtenir une reconnaissance officielle de nos travaux. »
Jean Kape, président de l’association Te Reo O Te Tu-amotu



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