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Mwà Véé 50 /

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Mwà Véé 50
Un dossier : Du patrimoine
immatériel aux archives kanak
 

Un récit de vie :
Robert Citron, gendarme, et cinéaste inspiré de la vie kanakcouv
dans les années soixante

Une histoire clanique en langue havéâ dans
les cahiers du patrimoine oral kanak
 

Extraits de l’éditorial
 

Une approche moderne du patrimoine immatériel kanak

« Comment concevoir un avenir sans mémoire, sans repères sur son histoire, sans véhicule de pensée (s’agissant de la ou des langues originelles) approprié à sa culture, sans traditions ni savoirs, sans patrimoine ? Le fait de vouloir préserver cette mémoire fondatrice de son identité et facteur de dialogue avec d’autres identités, elles aussi dotées de mémoire, s’inscrit dès lors dans une démarche parfaitement logique. Le collectage du patrimoine immatériel (par comparaison avec le patrimoine matériel, concrétisé par des monuments, des œuvres d’art, des objets utilitaires…) s’inscrit dans cette logique … »
Mwà Véé
 

Le dossier
Extraits de la présentation du dossier par Emmanuel Kasarhérou

Le collectage de la mémoire orale kanak : expériences et enjeux

Dans ce texte, Emmanuel Kasarhérou, directeur culturel de l’ADCK-centre Tjibaou présente et analyse les enjeux du collectage du patrimoine immatériel kanak, ainsi que les moyens mis en œuvre par l’ADCK-centre Tjibaou pour mener à bien cette tache.

« Toute société humaine a d’abord été une société à tradition orale. L’oralité est le fondement des sociétés humaines … Dans les sociétés à tradition orale, comme la société kanak, l’oralité joue encore un rôle central. La tradition orale est l’expression organisée et collective par laquelle la société se pense et se dit. L’acte de parole dans une société orale revêt un caractère éminent. En l’absence de l’écrit qui fige le sens de la communication mais l’ouvre dans l’espace et le temps, la parole, dans une société orale comme la nôtre, demeure liée au temps et à l’espace de son énonciation et revêt une certaine sacralité du fait de la place centrale qu’elle joue dans la société …
… La littérature orale peut être définie comme la partie de la tradition qui est mise en forme selon un code propre à chaque société et à chaque langue, en référence à un fonds culturel. Elle véhicule aussi bien l’histoire du groupe que ses croyances, ses représentations symboliques, ses modèles culturels ou sa vision du monde naturel. La littérature orale conforte l’identité propre à une culture ou à une communauté …

… Le souci de la préservation du patrimoine oral est une préoccupation moderne. Les langues et les traditions orales qu’elles véhiculent au travers des générations ont toujours représenté pour les kanak le cœur de leur identité. Tant que les modes traditionnels de transmission ont été en mesure de les transmettre de génération en génération, leur préservation semblait acquise. Leur transcription était même souvent appréhendée comme un risque pour des raisons parfois contradictoires. En effet, si la fixation d’un « dit » était ressentie comme une victoire sur l’oubli elle pouvait, en même temps, être perçue comme un danger risquant de figer la tradition dont on savait qu’elle était multiple et devait le rester. Aujourd’hui, c’est la prise de conscience de la crise de la transmission qui nous commande d’agir …

Par la suite, l’auteur évoque notamment la transmission en crise, la perte de valeur des savoirs anciens, la nécessité de collecter, les objectifs du collectage, les types de savoir collectés, les acteurs kanak de la sauvegarde de leur patrimoine (personnes ressources, collecteurs-coordinateurs, collecteurs), le rôle des conseils coutumiers, la nécessité de la transcription en langue, la manière de procéder au collectage, l’éthique du collectage, les critères de consultation, la communication des archives produites, les objectifs à venir…

« … Le chantier ouvert est gigantesque mais nous avons les moyens de le mener à bien. Les programmes intensifs de collectage vont probablement s’étaler sur une décennie au moins. Leur planification pluriannuelle permettra de faire coïncider au mieux les moyens et les objectifs définis. Les années à venir verront, nous l’espérons, les conseils coutumiers de la province des îles loyauté entrer dans le réseau … »

Ce texte de présentation est complété par un bref historique du patrimoine immatériel kanak ainsi que par un rappel du travail mené par les fieldworkers vanuatais.
 

Sur le terrain de la collecte

Extraits des entretiens

«  … Nous avons défendu le fait de faire exister et de perpétuer notre culture. Cela permet de valoriser notre patrimoine ainsi que les gens qui le détiennent et ceux qui le collectent …
… la collecte devient un élément dynamique pour la société kanak, en mettant en présence les savoirs de régions différentes, mais basées sur les mêmes valeurs. La mythologie retrouve sa vraie place ...
… Ce qui est important à dire aussi, c’est le fait de transcrire les savoirs. Avant, ils étaient exclusivement oraux et on pouvait les faire évoluer en permanence. Avec l’écrit, on les fixe et, du coup, les gens sont plus attentifs à être précis et rigoureux quand ils s’expriment pour transmettre des savoirs. Ils savent qu’il sera moins facile de revenir dessus. Alors ils vont pousser leur réflexion plus loin pour être les plus complets possible .... »
Patrice Moasadi (Méhoué-Canala)
Kamillo Ipéré

kamillo-ipere« … Quand on a relancé ce travail sur les langues, les gens étaient sceptiques. Ils n’y croyaient pas. On s’est accrochés et, petit à petit, ils ont été convaincus, surtout les coutumiers qui ont compris qu’à travers la langue, c’était toute la valorisation de notre patrimoine et de nos savoirs qui était en jeu. Du coup, ils étaient heureux et fiers de voir qu’après une longue période d’ignorance et de mépris envers la culture kanak, on s’intéressait à elle et à leurs savoirs ... »
Kamillo Ipéré (Thio)

« … Ce qui me motive dans cette recherche des savoirs, c’est qu’il y a plein de choses qui sont en train de se perdre et il faut que l’on fasse vite pour les collecter, en profitant que nos vieux soient toujours là. J’apprends beaucoup avec les anciens et les mamans … »
… Il faut sensibiliser les vieux à parler, parce qu’il y en a encore qui ne veulent pas partager leur savoir. Et c’est ce qui fait que, parfois, les jeunes sont bloqués. La majorité des anciens est prête à partager, mais c’est quand même à nous, les jeunes, de faire un pas vers eux… »
Anita Nonké (Petit Borendi-Thio)

 

dominique-oyeDominique Oye« Avant de devenir collecteur, je n’avais pas d’idée précise sur la réalité d’une collecte telle qu’elle est effectuée dans le cadre de l’ADCK … Bien collecter, c’est difficile, il faut être précis et retranscrire correctement. »
Juanito Kainda (Grand Borendi-Thio)

«  … Le fait même de collecter suscite la curiosité et l’intérêt pour la langue et la culture. C’est déjà une bonne chose. Je crois qu’il faut ouvrir la voie, montrer l’exemple avec ce genre d’initiative. Sinon, comment les gens, les jeunes, peuvent-ils s’intéresser à leur culture si on n’en parle jamais, si on ne fait rien pour elle ? … »
Sébastien Atti (Touaourou-Yaté)

«  … Maintenant, nos enfants se réfèrent à ce que d’autres (ethnologues, anthropologues, historiens…) ont écrit, mais nos écrits à nous ? Or il faut que nos enfants puissent se référer à des choses qui ont été écrites par nous, les Kanak. Pour cela, il faut non seulement collecter mais aussi transcrire ...
… Ce que l’on recueille, en tant que Kanak, va servir pour faire des outils pédagogiques kanak ...
… Qui sera capable de transmettre quand ceux qui savaient encore auront tous disparu ? C’est pour cela qu’il faut écrire quelque part, même si on garde cela confidentiel ... »
Dominique Oye (Ometteux- Poindimié)

« … Pour moi, l’« ancêtre » du travail de collecte, c’est Mélanésia 2000, cette prise de conscience, développée par Jean-Marie Tjibaou, pour faire l’inventaire de notre patrimoine culturel …

gilbert-kaloonbat-teinGilbert Kaloonbat Téin… Nous ne sommes pas dans l’archéologie … nous avons affaire à une matière vivante. Si nous collectons, ce n’est pas pour figer les savoirs une fois pour toutes, c’est pour contribuer à ce qu’ils continuent à vivre en les « réinjectant » en quelque sorte dans le vécu kanak d’aujourd’hui et en sensibilisant les gens à leur intérêt … …

La coutume est bien sûr au cœur même de la collecte … »
Gilbert Kaloonbat Téin (Bas- Coulna-Hienghène)

« … Nous collectons dans le but de préserver mais aussi de diffuser … … Il reste encore beaucoup à collecter et les vieux qui sont parfois les derniers à détenir certains savoirs, certaines traditions, disparaissent chaque année … »
Mireille Tjibaou (Tiendanite-Hienghène)

« … Au début, c’était difficile d’amener les vieux à parler, puis, au fur et à mesure, les relations sont devenues plus faciles, plus confiantes. Les vieux nous ont dit que, dans le temps, les savoirs ne se transmettaient pas comme ça, c’était interdit. Aujourd’hui, ils acceptent plus facilement parce qu’ils ont peur que ce qu’ils savent se perde pour toujours ...
Victor Mandja & Bernard Maepas… Ce travail de collecte nous enrichit aussi, on apprend toujours au contact des vieux ...Victor20Mandja2020-20Bernard20Maepas… Dans le travail qui reste à faire ici, il y a par exemple celui sur la langue et puis sur les chants, les taperas, mais aussi les aéaé que seuls quelques vieux pratiquent encore … »
Victor Mandja et Bernard Maepas (Tiendanite-Hienghène)

« … Quand on a commencé la collecte, les vieux nous ont parlé des variétés d’ignames qui étaient en train de se perdre. Du coup, on a réaménagé l’ancien chemin qui part de la tribu pour que les gens puissent remonter plus facilement cultiver là-haut, là où il y a de la bonne terre et où les vieux cultivaient avant …
… quand les vieux parlent, ils parlent, quand ils donnent, ils donnent … »
Goa Denis Dalap (Ouayaguette-Hienghène)

« … On collecte pour demain, et si on réussit, on pourra se dire que c’est grâce à ce travail qu’ensemble, avec les gens, on a fait sur nos savoirs. Si ça ne réussit pas… au moins on aura tenté. On initie une démarche pour que les jeunes de demain continuent à leur tour …
… C’est vrai que la collecte crée une dynamique dans la mesure où les savoirs collectés sont directement retransmis aux gens de la tribu … »
Teddy Dounote (Ouayaguette-Hienghène)
 

Patrimoine immatériel, patrimoine matériel
Victor Mandja & Bernard Maepas

neaoutyine-wamytan-gony«  … Le plus important dans la présentation et la diffusion de l’objet, c’est de faire passer auprès du public le fait que cet objet kanak est parlant par rapport à son histoire et à son statut dans la société. L’objet a été créé par rapport à un contexte et à un concept. Pour qu’il prenne forme, il a fallu qu’il soit précédé par un cheminement, un raisonnement, des discours ...
… La parole est toujours présente autour de l’objet et c’est celle-là que l’on cherche … »
Béalo Gony (Musée de Nouvelle-Calédonie)

«  … Je ne vois pas l’intérêt de conserver des choses qu’on ne peut transmettre. Que ce soit à des personnes précises, aux destinataires « légaux » des savoirs et secrets ou au grand public en général, il faut avoir ce souci de vulgariser…
… Si on l’entend en termes de matérialisation d’un savoir qui était traditionnellement oral, oui, c’est un support de parole. Tout objet passe par la parole … »
Solange Néaoutyine (Musée de Nouvelle-Calédonie)

« … Le fait de travailler dans un lieu tel que celui-ci m’apporte beaucoup sur le plan de ma culture. Avant, je n’avais rien, là, j’ai retrouvé des éléments qui me parlent de l’histoire kanak … »
Jessica Wamytan (Musée de Nouvelle-Calédonie)
Les cahiers du patrimoine oral kanak
Fanimo nâ béé ru mwâwéi
histoire clanique en langue havéâ recueillie à Kumwâ (Pocquereux), par Patrice Moasadi et Emmanuel Kasarhérou. Et transcrite par Patrice Moasadi

Résumé : Ce récit en havéâ, parler de la région de Pocquereux, évoque une histoire de querelle entre des familles de la région, les Kaawa et Paouro, et celles habitant la vallée de Kumwâ …

La langue havéâ : Les habitants de la petite tribu de Kumwâ, enclavée au fond de la vallée de Pocquereux, parlent le havéâ, variante du tîîrî, langue parlée par la majorité de la population kanak de la région de La Foa et de Sarraméa. Aujourd’hui, seules une dizaine de personnes parlent encore couramment le havéâ.
Le gendarme Robert Citron lors d’une fête à Nakety
 

Récit de vie

robert-citron… Robert citron est gendarme à la retraite. Aujourd’hui âgé de quatre-vingt-cinq ans, il vit à avon, près de fontainebleau. Au cours des deux séjours qu’il a effectués en nouvelle-calédonie, d’abord de 1956 à 1960, à l’île des pins pour l’essentiel, puis de 1964 à 1968, à canala, robert citron a réalisé quantité de films retraçant le quotidien, mais aussi les moments exceptionnels de la vie kanak. Quelques-uns de ces films ont été tournés à l’île des pins, mais la plupart concernent la région de canala. Ils ont été acquis en 2004 par l’adck et certains d’entre eux ont été présentés au centre tjibaou…

«  … Cela s’est fait tout seul. Je me suis servi de cette caméra, ensuite je me suis intéressé aux coutumes, à la culture de l’igname, qui avait une place très importante, et puis, instinctivement, j’ai mis cela sur la pellicule, sans plan ou projet particulier. Et je suis toujours resté très attaché aux gens que j’ai connus là-bas …



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