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Mwà Véé n°48 /

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Mwà Véé 48

Le dossier : Une ère nouvelle pour les femmes kanak

Ce dossier s’ouvre par l’enquête « Santé, conditions de vie et de sécurité des femmes calédoniennes » conduite entre 2003 et 2003 par une équipe pluridisciplinaire de l’Unité 88 de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) en concertation avec le médecin de prévention de la Direction de l’Action Sanitaire et Sociale de la Nouvelle-Calédonie (DASS-NC).

Christine Hamelin et Christine Salomon, respectivement sociologue et anthropologue de l’Inserm ont piloté cette enquête et le travail des enquêtrices sur le terrain. Dans l’entretien qu’elle ont accordé à Mwà Véé, elles dressent un premier bilan préoccupant.

D’autres femmes engagées sur le terrain de la condition féminine au plan professionnel, éducatif, politique, institutionnel, associatif, culturel, s’expriment ensuite sur la place des femmes dans la société kanak et calédonienne d’aujourd’hui.
 

Le supplément : La légende des deux filles de Deekwâxiti

Dessin de Paula Boi pour les cahiers de Mwà Véé. N°3, in Mwà Véé n° 48 En supplément,LesCahiers du patrimoine oral kanak, N°3 présentent une histoire inédite recueillie en février 2004 dans la région de Canala, dans le cadre des enquêtes culturelles menées par l’ADCK-Centre Tjibaou.
 

Extrait de l’éditorial de Mwà Véé n° 48

paulabois

« Quelle place les femmes kanak occupent-elles réellement dans leur société et dans la société calédonienne ? Sont-elles, à travers leur marche pour l’amélioration de la condition féminine, un facteur d’équilibre ou au contraire de déstabilisation pour la société kanak ?...

(…) La parité est venue accentuer la « pression ». Mais faut-il vraiment parler de « pression » dès lors que les femmes proclament qu’il n’est pas question pour elles de briguer la place des hommes et qu’elles aspirent plutôt à réfléchir et à travailler avec eux pour bâtir une société plus équilibrée, plus harmonieuse …

(…) L’enjeu est capital pour une société en pleine mutation comme la société kanak. Il n’est pas moins important pour la société calédonienne tout entière. La réponse conditionne son avenir. … »

Mwà Véé
 

Extraits des entretiens

gadChristine Hamelin et Christine Salomon au Centre Tjibaou

« (…) Nous avions travaillé toutes deux en milieu kanak sur la Grande Terre. Si nous avons tant insisté pour que cette enquête se fasse, c’est parce que nous ne doutions pas de son utilité. Les résultats viennent confirmer nos hypothèses quant à la hauteur des violences, ainsi que nos observations anthropologiques et les informa­tions recueillies lors de récits de vie auprès de femmes kanak, tant en milieu rural qu’urbain…

(…) Le niveau élevé des violences faites aux femmes s’inscrit, selon nous, à la fois dans la continuité d’une légitimation de rapports de sociaux entre sexes très négalitaires et dans une « bruta­lisation » coloniale des relations inter-communau­taires étendue à l’ensemble des relations interpersonnelles, et surtout à celles entre les sexes …

(…) Nous constatons aussi que, dans toutes les communautés, les femmes les plus exposées aux violences sont celles qui sont les plus pauvres. Il reste que, suivant les cultures, le niveau de violence toléré ou légitimé diffère et que les auteurs sont plus ou moins blâmés et punis… »

Christine Hamelin, Christine Salomon

« (…) Je n’ai pas été trop étonnée par les chiffres sur les violences subies par les femmes. En même temps, ils sont supérieurs à la moyenne française et c’est inquiétant. C’est une sonnette d’alarme qui a été tirée à ce moment-là. Maintenant, la balle est essentiellement dans le camp des institutions. Grâce à cette enquête, la première du genre, on sait désormais quelle est réellement la condition des femmes, on a des chiffres fiables, très proches de la réalité. La question maintenant, c’est comment faire, à partir de ces résultats, pour changer les choses …

(…) La violence, c’est un engrenage dans lequel les femmes se retrouvent coincées, c’est un cercle vicieux (…) Que tu vives dans une habitation confortable ou dans un squat, la violence, elle est la même… »

Brigitte Whaap, vidéaste, journaliste radio, membre de l’équipe enquêtrice

« (…) J’ai rencontré des femmes qui se trouvent confrontées à des situations difficiles. Ainsi, la jeune fille qui, par le biais du tribunal, se bat contre son compagnon pour récupérer son fils ; celle qui rencontre des problèmes avec son compa­gnon jaloux et qui, désespérée, a déjà fait plusieurs tentatives de suicide ; la jeune femme triste qui est obligée de voir le père de ses enfants en cachette, car la famille de celui-ci est contre leur union, ou encore la jeune femme handicapée mentale, vivant en tribu, sans aucune prise en charge médicale sérieuse… »

Sonia Meuret-Kondolo, directrice du centre culturel de Koohnê, membre de l’équipe enquêtrice Déwé Gorodey


dewe« (…) Dans l’Accord de Nouméa et dans la loi organique, il n’y a rien sur la condition féminine. Depuis, il y a eu l’application de la loi paritaire de juin 2000 dans ce pays (…) Au niveau politique, c’est une étape très importante, même si, en Nouvelle-Calédonie, certains l’estimaient malvenue ou prématurée chez-nous…

(…) Ce que je peux dire, déjà, par rapport à cette enquête, c’est que c’est le genre de données qui vont nous aider à définir précisément les missions de l’observatoire de la condition féminine que nous souhaitons mettre en place au niveau du pays…

(…) Autant les femmes n’ont nulle envie de disputer le pouvoir aux hommes, autant elles n’accepteront pas de régresser (…) Il ne s’agit pas de donner dans le passéisme, il faut vraiment penser au devenir de notre culture et de nos traditions dans la société d’aujourd’hui et de demain. Et, pour cela, nous devons réunir nos énergies, celle des hommes comme celle des femmes, et en même temps lutter contre ce qui nous divise… »

 

 

Déwé Gorodey,vice-présidente du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
Guide des droits des femmes

guide« (…) Il est difficile pour les hommes d’accepter le mot « parité », car il veut dire beaucoup de choses, et son principe bouleverse fondamentalement les lois de la coutume…

(…) Beaucoup de femmes, militantes kanak, disent, comme moi, que les hommes n’aiment pas trop bouleverser les habitudes …

(…) Je suis persuadée que c’est à travers le développement économique que la femme va trouver sa place…

(…) Lorsque l’on se penche sur le problème des violences conjugales, on constate qu’une femme qui a un emploi peut beaucoup plus facilement s’en sortir et se réinsérer toute seule dans la société (…) »

Éliane Ixeko,responsable du secteur de la Condition féminine de la Province Sud

« (…) C’est une bonne chose que les femmes aient aussi des responsabilités provinciales, mais le vrai combat, pour moi, se situe au niveau du développement de la commune, là où sont les problèmes, et d’où partent les choses. Pour moi, c’est avec les gens qui sont à la base qu’il faut construire les projets …

(…) Il faut aussi que nous, femmes kanak, soyons capables de définir et d’exprimer ce que nous voulons vraiment, com­ment nous envisageons, par exemple, l’évolution du statut de la femme kanak. C’est à partir de cette réflexion que nous pourrons créer des espaces de discussion avec nos hommes pour échanger nos idées, tout en sachant rester à notre place… »

Valentine Eurisouké, présidente de la commission de la femme de la Province Nord

« (…) On tenait des assemblées générales à travers tout le pays et, souvent, c’était Jean-Marie (Tjibaou) qui animait les débats, jusqu’au jour où il nous a dit : « Maintenant, ce n’est plus moi qui vais parler, mais vous… » À l’époque, les femmes avaient peur de prendre la parole. Même en réunion entre femmes kanak, elles n’osaient pas dire un mot… Jean-Marie nous a poussées à aller de l’avant (…)

(…) De son côté, la grand-mère Scolastique (Pidjot) disait qu’il ne fallait plus que les femmes restent dans leur coin à discuter, à faire des histoires, à parler des autres et qu’au contraire, il fallait qu’elles aillent de l’avant, qu’elles sortent, qu’elles s’organisent, qu’elles parlent, échangent, s’entraident… »

Christiane Togna, présidente du Conseil des femmes de Nouvelle-Calédonie

« (…) Si on parle de la violence, les résultats montrent qu’elle existe en effet, sous des formes et à des degrés divers, dans tous les pays du Pacifique. Maintenant, la question qu’il faut se poser est : « Est-ce que cette violence existait avant la colonisation, sous quelle forme et à quel degré ?…

(…) Parler du développe­ment durable, c’est donc, à mon sens, parler du travail des hommes et des femmes ensemble, afin d’améliorer leurs conditions de vie, mais aussi leur société…

(…) Dans tous les pays maintenant, les femmes souhaitent être présentes et décisionnelles à tous les niveaux… En commen­çant par la coutume et jusque dans tous les domaines du développement. Elles en font une priorité, elles en font un combat… »

Rolande Trolue, spécialiste de la condition féminine auprès du Bureau des femmes du Secrétariat de la Communauté du Pacifique
Document Bureau des femmes, Secrétariat de la Communauté du Pacifique (CPS)

cps« (…) En tant que femme engage dans la lutte contre les violences sexuelles, on m’a parfois confié des histories très douloureuses…

(…) Si l’on veut que les choses changent, que la coutume s’adapte, il faut associer ceux qui sont les gardiens de cette coutume, nos vieux, qui sont nos sages, à cette démarche. On ne changera rien sans eux …

L’implication des femmes dans la transmission culturelle est, pour moi, assez naturelle…

(…) Transmettre sa culture, ce n’est pas extraordinaire, c’est juste une transposition, une adapta­tion de ce nous sommes et de ce que nous avons l’habitude de faire… »

Marie-Claude Tjibaou, cofondatrice de SOS violences sexuelles

« (…) Les résultats de cette enquête ont le mérite d’être objectifs et réalistes et ils nous ont alarmés. Il s’agit maintenant de faire changer les choses en s’appuyant sur ce qui existe déjà…

(…) Je parle de respect, parce que si l’on prend l’exemple de la violence, c’est quand même une atteinte à la dignité, au respect d’un être humain, qui est la femme. Et on aura la même réaction par rapport à un homme qui se fait battre. Il a le droit de ne pas être battu, elle a le droit de ne pas recevoir des coups. C’est un droit…

(…) Tant qu’on n’aura pas restitué à chacun son droit d’être, de jouir, de vivre, d’être heureux et de dire non, eh bien, il y aura des violences, des femmes qui se feront violer, des hommes qui seront maltraités, traités comme des esclaves et j’en passe… »

Isabelle Monchotte, médecin

« (…) Durant la période coloniale, l’accès au travail des femmes kanak, se faisait seulement par engage­ment « libre », contraire­ment aux hommes qui étaient soumis aux travaux forcés avec les réquisitions et les presta­tions. L’insertion dans le salariat des femmes de la Grande Terre fut cependant très limitée, comparée à celle des femmes des îles Loyauté résultant d’une décision du gouverneur, lequel décida, lors de l’instauration de l’arrêté de 1882 sur l’engagement des travailleurs indigènes, de pri­vilégier une main-d’œuvre en provenance des îles Loyauté, à cause principalement de la révolte de 1878… »

Sonia Grochain, doctorante en sciences sociales

ResedaPongaReseda Ponga, auteur du texte de Mèyènô, lors de la présentation de cet album au Centre Tjibaou

« (…) Il est vrai que, dans notre pays, il n’est pas toujours facile de travailler sur quelque chose qu’on pense être bon pour la société, ou de faire passer des idées nouvelles quand on est une femme…

(…) Dans la culture kanak, il y a des principes, une certaine façon de voir les choses, et les Euro­péens, par exemple, n’ont pas la même vision que nous. Il est donc difficile de comparer…

En tant que femmes, on a aussi besoin d’avoir notre identité, d’être respectées par l’autre, tout en le respectant, de ne pas être banalisées, mais au contraire de nous démarquer. Il faut montrer que les femmes sont là, bien présentes… »

Reseda Ponga, future enseignante, et auteur d’un album pour la jeunesse



« (…) Grâce à l’association Femmes et violences conjugales, nous avons pu rencontrer des femmes qui avaient eu un parcours de femmes battues ou de femmes qui avaient elles-mêmes exercé des violences et qui ont accepté de venir partager avec nous des heures d’entretiens, de témoignages, de réflexion. Et quand tu travailles sur un sujet comme celui-ci, tu t’aperçois que le problème ne touche pas qu’un milieu social. Dans certains milieux bien considérés, il y a de sacrées violences…

(…) Les Mélanésiens, les autres Océaniens, les Calédoniens de souche européenne, les Métropolitains. Tous ont une vision très différente de la femme dans la société. Plutôt que de se rallier à l’une de ces visions-là, de dire que l’une est meilleure que les autres, il est plus profitable de voir comment elles peuvent s’enrichir mutuellement…

(…) J’ai effectivement suivi pendant plusieurs mois des femmes incarcérées, à l’époque où nous avons créé « Quartier femmes ». C’était un spectacle qui se voulait le reflet de la vie carcérale féminine, tout en se posant la question « Qu’est-ce qui peut conduire une femme en prison ? », sachant qu’en général, les femmes trans­gressent beaucoup moins que les hommes.

Isabelle de Haas, femme de théâtre



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