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Mwà Véé 46-47 /

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A lire dans le nouveau Mwà Véé 46-47image001
Le dossier :
Pardon, réconciliation Jean-Marie Tjibaou, Yéiwéné Yéiwéné, Djubelly Wéa, Hienghène, Maré, Ouvéa

Ce numéro double, n°46-47 est un hommage au travail de pardon et de réconciliation que les familles Tjibaou, de Tiendanite, Yéiwéné, de Maré, Fisdiépas, de Hienghène et Wéa, de Gossanah, endeuillées et divisées par le drame de Hwadrilla, à Ouvéa, en 1989, ont mené à bien au milieu de l’année 2004.

Il relate les cérémonies qui se sont déroulées à Hienghène, Maré et Ouvéa en les replaçant dans leur contexte historique et en les éclairant par des entretiens avec les acteurs de cette démarche de pardon et de réconciliation.
 

Extraits des entretiens avec les acteurs de la réconciliation

Avant et durant la reconciliation
Recueillement devant le monument aux morts de la grotte de Watetö, à Hwadrilla (Ouvéa)

(…) Le peuple kanak a été émietté et affaibli par ces drames, et j’ai la conviction que la société kanak va trouver de nouvelles ressources pour continuer avec entrain. On a terriblement besoin en ce temps de gestes forts, d’éléments fédérateurs.
Père Rock Apikaoua (Nouméa, début juillet 2004)

«  (…) Je pense que pardonner fait partie d’un acte de foi dans la capacité des hommes à se rencontrer, et ça n’a de sens que si cela correspond à un effort de soi. Je pense que le moment est venu de se rencontrer, même si c’est douloureux…
(…) Ce que l’on va faire à partir de demain (la réconciliation), c’est un signe que l’on va adresser pour la construction de notre pays, d’abord à notre niveau, nous les Kanak, pour dire que, même s’il y a eu des heurts entre nous, il y a la coutume, des chemins qui permettent de se réconcilier…
Marie-Claude Tjibaou (Tiendanite)

(…) Au début, quand on a eu nos pères tués là-bas (à Waan Yaat), j’ai senti que quelque chose partait, et qu’on restait tout seuls… Après, il y a eu Yéyé et Jean-Marie, alors c’est devenu encore plus dur. Mais j’ai toujours pardonné. Ensuite, beaucoup de gens sont venus ici, des Kanak et des amis à Jean-Marie, depuis la France. On a parlé avec eux et on sentait que les uns et les autres comprenaient bien le travail que Jean-Marie et Yéyé avaient fait pour leur pays…
Vianney Ujé Tjibaou (Tiendanite)

Mémorial dex victimes de Waan Yaat (vallée de la Hienghène) (…)

image003Quand je pense à Jean-Marie, je me dis que son remplaçant n’est pas encore né…
(…) Ce n’est même pas une question de solidarité, c’est un devoir pour nous de faire cette démarche vis-à-vis des familles concernées et je dirai que c’est un tournant de l’histoire du peuple kanak. Ce genre de démarche de pardon ne se fait que dans notre monde. On sait se pardonner, comme nos vieux le faisaient à leur époque quand ils avaient traversé des épreuves qui les avaient divisés…
Bernard Kalene Maepas, rescapé de Waan Yaat (Tiendanite)

(…) Entre nous, quand il y a un malaise et un fossé, on l’enterre avec la hache de guerre. On n’a pas le droit de laisser les choses qui divisent en l’état, parce que, derrière, il y a nos enfants et on n’a pas le droit de leur laisser ce genre d’héritage…
Joachin Nahiet (Hienghène)

(…) Ce qui s’est passé vivra en moi jusqu’à la fin, mais nous ne sommes que de passage sur cette terre et il faut avoir le courage de dire qu’on tourne la page, pour les gens. C’est très important pour moi ce partage avec les gens d’ici, d’Ouvéa, pour nous, pour notre pays…
Hnadrune Yéiwéné (Maré)
Durant la cérémonie de pardon à Tenem (Hienghène)

(…) Cette affaire est avant tout celle des familles Tjibaou, Yéiwéné et Wéa, mais, du point de vue de la coutume, je suis concerné moi aussi. En tant que Kanak, je ne pouvais pas rester insensible à ce qui est en train de se réaliser autour de moi…
(…) Je connaissais personnellement Jean-Marie, Yéyé (Yéiwéné Yéiwéné) et Djubelly et j’ai toujours une pensée pour les trois.
Daniel Fisdiépas (Tenem)

(…) Depuis 1989, notre famille et les familles Tjibaou et Yéiwéné ne se sont plus jamais rencontrées. Avec cette réconciliation, quelque chose va changer, on va pouvoir échanger et partager avec les enfants de Jean-Marie Tjibaou et de Yéiwéné Yéiwéné…
Waina Wéa (Gossanah)

(…) Pour nous, c’était dur jusqu’à présent, quand on allait à Maré par exemple, on avait un peu peur parfois. Là, je suis contente.
Hélène Wéa (Gossanah)

(…) La réconciliation, pour moi, c’est un grand moment. Dans toute la Kanaky ( …) il n’y a jamais eu de réconciliation à ce niveau-là et c’est une grande découverte.
Paulo Wéa (Gossanah)

(…) C’est un peu pour cette raison que l’on m’avait demandé de venir seconder le pasteur Tom (Tchako). Celui-ci avait déjà entrepris un gros travail avec les gens de sorte que l’on puisse parler de pardon et de réconciliation…
Pasteur Dick Padi (Gossanah)


Arrivée des gens d’Ouvéa à Tiendanite(…) En ces moments, je pense à Marie-Claude Tjibaou et à Hnadrune Yéiwéné, et c’est une grande joie de savoir que l’on va se retrouver.
Aizic Wéa (Gossanah)

(…) Ce geste n’a de valeur que si c’est nous qui le faisons. Qui d’autre que nous pourrait le faire à notre place ?
(…) Je me disais_: « Si lui (mon père) a été capable de faire cela, nous devons être capables de pardonner. Si on veut être fidèle à sa mémoire, il faut travailler dans le même esprit que lui.»

 

(…) Pour moi, c’est lui qui a guidé nos paroles, nos actes…
Joël Tjibaou (Tiendanite)

(…) Nous, on a fait ce qu’il fallait, mais l’avenir, c’est les gosses, et le chantier est encore important. La lutte continue…
Victor Mandjia (Tiendanite)

(…) Il nous reste encore beaucoup de travail pour que la société kanak tout entière soit à nouveau unie….
( …) Plus tard, ils (nos enfants) diront à leurs propres enfants qu’ils étaient là ce jour-là et c’est important pour la mémoire afin que, plus jamais, ce qu’on a vécu ne se reproduise. C’est trop dur…
Maki Wéa (Gossanah)
Sur la tombe de Jean-Marie Tjibaou, à Tiendanite
Sur la tombe de Yéiwéné Yéiwéné, à Nidenod (Maré)
Sur la tombe de Djubelly Wéa, à Gossanah (Ouvéa)

(…) Le travail d’aujourd’hui, c’est un peu le sien ( celui de J-M. Tjibaou) qui se poursuit. La sagesse de Jean-Marie Tjibaou a imprégné chacun de nous, pas pour que nous fassions des actes héroïques mais simplement le pas qui s’impose à nous tous les jours. Et, en cela, il n’est pas mort, ni lui ni les autres…
Père Rock Apikaoua (Nouméa) après la réconciliation à Tiendanite


Ce carré rouge délimite l’emplacement où sont tombés Jean-Marie Tjibaou et Yéiwéné Yéiwéné dans la grande chefferie de Hwadrilla(…) J’ai attendu ce que nous venons de partager à Tiendanite et à Tenem pendant des années et des années…
(…) Cette réconciliation, nous la faisons surtout pour nos enfants. Nous, notre vie est faite et l’on veut que nos enfants, ceux de Tjibaou, de Yéyé (Yéiwéné Yéiwéné), les nôtres, vivent en paix et qu’ils travaillent ensemble pour notre pays.
Manaki Wéa (Gossanah)

(…) La démarche en cours va faire se relever cet homme qui représente notre peuple, le peuple kanak, et celui aussi qui vit sur notre terre. Je pense que c’est ce que va apporter cette réconciliation. Aujourd’hui, c’est la réconciliation entre nous, mais c’est aussi la réconciliation entre Dieu et les hommes….
Yvonne Adjouniope (Hwadrilla)

(…) Le prix de la liberté, personne ne le connaît, mais celui de la souffrance, oui, je le connais, et vous également, comme les frères de Hienghène et tous les frères kanak en général. Accepter cette souffrance pour donner la vie, c’est le sens aujourd’hui de ce que nous faisons pour notre peuple…
Samuel Yéiwéné (Tadine) extrait de son discours de pardon

(…) Le travail du père Apikaoua et du pasteur Wete a été remarquable tout au long de la préparation et des réunions…
(…) On s’est dit que ceux qui voulaient rester dans l’ombre y restent, mais qu’il fallait que nous, on fasse la lumière…
Jean-Pierre Yéiwéné (Nidenod)

Trois des enfants Tjibaou, Yéiwéné, Wéa, sur la tombe de Yéiwéné Yéiwéné, à Nidenod (Maré)(…) Il faut qu’ils (les jeunes) avancent. Il faut tourner la page. Si on pense à Yéyé et à Jean-Marie, le travail, celui qu’ils ont fait pour nous, notre peuple, n’est pas terminé et c’est aux enfants de poursuivre maintenant…
Damien Yéiwéné (Nidenod)

(…) Ça a été dur. On a reçu un coup, mais, avec le temps, la cicatrice est moins vive. Et la réconciliation, c’est pour que l’on puisse se rencontrer à nouveau au niveau des familles…
Modeste Buama Yéiwéné (Nidenod)

(…) Jean-Marie et Yéyé (Yéiwéné Yéiwéné), ce sont des hommes politiques qui ont servi le peuple kanak, qui sont morts pour cette cause et, nous, on ne fait que suivre le chemin. On est là…
(…) La réconciliation, c’est très important parce que cela permet de nous mettre tous autour d’une table et de parler…
Jean-François Yéiwéné (Nidenod)

(…) Cette journée d’hier a été un moment fort que j’ai ressenti comme s’il (mon père) était là, à côté de nous. C’était dur, mais c’était aussi un grand jour…
(…) Papa et Jean-Marie étaient des hommes de dialogue, alors il faut continuer à dialoguer et à pardonner…
Linda Yéiwéné (Nidenod)

(…) On est libérés, soulagés, on va vivre avec ça et c’est le témoignage que l’on pourra apporter sur un grand moment, un grand souvenir en hommage à notre papa…
Nadège Yéiwéné (Nidenod)

(…)Quinze ans, c’est long, mais c’est ce qu’il fallait sans doute pour que tout le monde puisse savoir ce qui s’est passé (à Hwadrilla) et prendre du recul. Hier, c’était bien pour nos familles, pour les îles (Loyauté), pour le pays…
Louisia Yéiwéné (Nidenod)

(…) C’est formidable de se trouver là, près de la tombe de Yéyé (Yéiwéné Yéiwéné) et de chanter. Yéyé, c’est un ami, que l’on a connu. On chante pour l’honorer. C’est un homme qui a marqué notre vie et cela ne s’efface pas même s’il y a eu cette erreur. Il est toujours là et on ne peut pas l’oublier…
Pasteur Simona Adjouniope (Hwadrilla)

(…) À Ouvéa, on va continuer la mobilisation et on va informer les chefferies sur notre travail. La lutte progresse et c’est un espoir. Il ne faut plus créer de barrières qui divisent le peuple…
Hniihnöö Wéa (Gossanah)
 

Les premiers effets de la reconciliation

Lors du culte final concélébré par le père Apikaoua et les pasteurs Wete et Hanye, à Hwadrilla

Lors du culte final(…) Le résultat est déjà très sensible auprès de la population à Ouvéa (…) On a créé un espace pour se parler grâce aux trois familles et aux trois Églises…
Hniinhöö Wéa

(…) On a l’impression que les gens sont vraiment soulagés. La réconciliation est arrivée à point nommé dans l’année du vingtième anniversaire du drame de Waan Yaat. C’étaient aussi les vingt ans du centre culturel… Je crois que ce climat de réconciliation a aidé les gens à se motiver et à travailler pour ces occasions…
Daniel Fisdiépas

(…) Je crois que les gens sont apaisés (…) Durant quinze ans, on a été comme conditionnés et, d’un coup, ça y est, c’est autre chose (…) Pour moi, la réconciliation, c’est tous les jours._»
Joël Tjibaou

(…) On dirait que la vie reprend (…) C’est comme une renaissance. On a des projets de rencontres…
Damien Yéiwéné

(…) Je pense qu’il faut cibler les actions, faire de la pédagogie à partir de cette réconciliation qui représente un événement unique dans notre histoire…
Charles Wéa

(…) Ce que m’inspire cette réconciliation, c’est qu’il faut qu’il y ait dans toutes les strates de la société des gens d’expérience, attentifs à ne pas laisser se reproduire des événements dramatiques tels que ceux que nous avons vécus. Il faut oser parler des problèmes, dire les choses pour ne pas laisser subsister l’incompréhension et les divisions…
Rock Apikaoua

(…) Il faut donner une traduction concrète aux paroles que nous avons échangées et partagées durant cette réconciliation (…) Nous avons créé des passerelles que d’autres peuvent maintenant emprunter…
Daniel Fisdiépas



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