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Mwà Véé n° 40 /

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couv 40A la une du nouveau Mwà Véé (n° 40)

A la recherche des savoirs kanak

Dossier :

A la recherche des savoirs kanak


Mwà Véé consacre son dossier d’avril-juin 2003, aux savoirs kanak et au rôle de la recherche scientifique dans ce domaine. Un texte sur l’un des éléments bien vivant du patrimoine, la monnaie kanak, (âdi) illustre également ce dossier

Champs culturels : Ruo et Ko Névâ

Dans un second temps, Mwà Véé fait le point sur l’émission mensuelle Ruo (l’Echo) produite par l’ADCK et diffusée par Radio Djiido.
La revue revient par ailleurs sur le prix Ko Névâ 2003, placé sous le thème de la kanakattitude et qui été attribué à un tout jeune peintre, Jean-Paul Drilë Passil.


Editorial (extraits)


La confection de la monnaie kanaklaquo; … Mwà Véé soulève dans ce numéro, qui signe au passage les dix ans d’existence de la revue, la question de l’avenir de la recherche scientifique et plus spécifiquement de celle qui intéresse les sciences humaines et sociales en Nouvelle-Calédonie (…) La Province Nord, à travers son tout nouveau Bureau du patrimoine kanak qui poursuit l’enquête culturelle amorcée en 2001, s’y emploie avec réalisme. De même, la collecte des traditions orales de l’aire Xârâcùù menée actuellement par l’ADCK en partenariat avec le conseil coutumier de cette aire a déjà permis de recueillir auprès de leurs détenteurs des savoirs précieux pour la compréhension de la société kanak d’hier et d’aujourd’hui et sa connaissance par les générations futures.
Une enquête patrimoniale est également à l’étude pour la région de Yaté, intéressée par un important projet minier.
La question posée en préambule sur l’avenir de la recherche en soulève une multitude d’autres, abordées dans ce dossier par des chercheurs axés sur la recherche fondamentale ou orientés vers la recherche appliquée, mais aussi par des acteurs de terrain, responsables institutionnels et coutumiers, détenteurs de savoirs… »


Au fil de ce numéro 40 (extraits)


« … Cette recherche doit se mettre en place en Nouvelle-Calédonie même, afin que l’on passe à la vitesse supérieure dans ce domaine en instaurant une proximité entre le praticien, le chercheur et les populations concernées plus adéquate que ce qui existe aujourd’hui… »
« … La recherche en « sciences dures » est très avancée mais, traditionnellement, elle pose moins question. Celle sur les sciences humaines et sociales a toujours été considérée comme subversive. C’est dommage car le pays en a besoin tant les transformations sociales et leur impact sur le milieu humain sont considérables et évoluent très vite… »
… « La recherche peut donner un éclairage beaucoup plus large sur les processus d’évolution des sociétés, ce qui aiderait fortement à une plus grande connaissance mutuelle des différentes composantes calédoniennes, du monde kanak, du monde européen, etc… »
Louis Mapou, d’Unia (Yaté), directeur de l’Adraf

« … Les mutations en cours de ce pays, surtout depuis l’Accord de Nouméa et la multiplication des projets miniers, nécessiteraient une vigilance scientifique accrue. Il est urgent qu’un bilan des recherches en sciences humaines et sociales sur la Nouvelle-Calédonie soit dressé, afin qu’un nouveau souffle puisse leur être donné et ce dans les meilleurs délais… »
Alban Bensa, anthropologue (EHESS)

« … Les récits kanak ont des fonctions sociales, et qu’à ce titre ils sont exposés à une multitude de processus vivants d’oubli, de transformation, de redécouverte, etc. Si tout auditeur ou lecteur peut apprécier la beauté formelle et la richesse métaphorique des récits d’origine des clans, des mythes, des poésies, des chansons ou des discours cérémoniels kanak - qui constituent ainsi une contribution notable à la littérature orale mondiale -, leur caractère de
« patrimoine » et leur rôle social méritent d’être questionnés si on souhaite réfléchir à leur conservation, à leur transmission, et à la place des sciences sociales dans ces processus.
Michel Naepels, anthropologue (CNRS)

« … On ne peut prétendre connaître, comprendre quelque peu une société, si on y séjourne seulement deux ou trois mois. Le minimum requis officiel dans la profession, c’est d’y passer au moins une année. Et quand on fait sérieusement de l’anthropologie, on sait qu’on va y passer des années et des années… »
« … Nous sommes tous, à un degré ou à un autre, Kanak, Chinois, Inuits, Bantous… Nous l’ignorons parce que les tendances qu’on trouve dans une culture ou dans une autre n’ont pas toujours été mises en valeur dans la nôtre, ne sont pas toujours comprises par nous. Et c’est justement le rôle de l’anthropologue d’aller chercher dans sa culture des échos de ce qui se passe dans des sociétés différentes de la sienne, d’en restituer le sens, la cohérence… »
Patrice Godin, anthropologue (Province Nord)

« … Dans le Nord par exemple, on a des systèmes de comptage différents en fonction qu’il s’agit d’éléments qui se trouvent dans la nature, d’éléments en volume, d’éléments qui se présentent à plat… Les chercheurs ont mis en évidence ces spécificités et si notre société orale a été connue ici et dans le monde, c’est grâce au travail des ethnologues et des linguistes… »
André Tein-Hiouen, d’Arama, sénateur coutumier

«… L’ethnologie, l’étude des races en voie de disparition, à mon sens, ce ne peut être une démarche complètement objective. Les ethnologues étudient des populations données avec un regard extérieur et d’après leurs propres critères, qui ne correspondent pas aux réalités d’une civilisation comme la nôtre, orale certes, mais dont les bases sont très concrètes… »
Raoul Bouacou, porte-parole du Sénat coutumier
« ... On a beaucoup réfléchi. Au départ, avec les vieux, on a demandé que ce qui était confié dans le cadre de ce travail soit conservé mais pas divulgué. Depuis, au niveau du conseil coutumier, on a fait évoluer les choses et l’on pense qu’il faut publier si l’on veut sensibiliser et éviter la disparition de ces savoirs ; pas tout, mais ce qui n’est pas secret, oui. On peut commencer par publier les rapports de collecte et, d’ici quelques années, sortir des choses plus précises. Par exemple, le premier sillon d’ignames, le xarooda, ou le châbènè. C’est une tradition de chez nous, mais qui sait encore le faire ? Ce sont des choses comme celles-là qu’il faut peut-être filmer et montrer… »
Henri Poiroi, de Ouitchambo

«… On a commencé à travailler sur ce projet de collecte des savoirs depuis novembre dernier. Au début, ça a été un peu dur ici, à la tribu, de convaincre qu’il fallait entreprendre ce travail de mémoire, parce qu’ici, on a conservé tout ce que les vieux avaient avant, comme le champ d’ignames, la chasse aux notous, aux roussettes, la pêche aux crevettes… les pouvoirs : le tonnerre… Alors c’est parfois difficile de livrer toutes ces choses en dehors de la tribu. Au début, les jeunes ne voulaient pas que l’on fasse des films sur nos histoires mais, à force d’en parler, on y est arrivé… »
Aubin Nêjimöö/Ninduma de (Wipwê (Ouipoin) A Wipwê (Ouipoin), dans l’aire Xârâcùù, avec le chef Aubin Nêjimöö (Ninduma)

Aubin Nêjimöö/Ninduma de (Wipwê (Ouipoin) A Wipwê (Ouipoin), dans l’aire Xârâcùù, avec le chef Aubin Nêjimöö (Ninduma)« ... Si je disparais et que quelqu’un leur pose un jour des questions sur ces savoirs que je détiens, ils (mes enfants et petits-enfants) ne sauront pas répondre. Beaucoup de vieux avant nous sont morts sans avoir transmis leurs savoirs et, aujourd’hui, nous ne savons rien de ce qu’eux savaient. Maintenant, ce que je voulais transmettre est écrit et quand je ne serai plus là, mes descendants pourront le lire…
Jean-Marie Nûî Nêba/Nemba) de Amââ (Ema)

« …Avant, jamais je n’aurais donné ces informations. Et puis vous êtes venus me voir pour le xarooda et c’est avec plaisir que je décide de parler pour vous donner toutes ces informations. Ce sont les esprits des vieux qui vous donnent ce travail qui nous appartient, à nous les Kanak. Comme vous aussi vous travaillez au centre Tjibaou, tout cela nous concerne. Avant vous, d’autres personnes sont venues pour avoir ces informations, mais je ne les ai jamais données… »
Hilarion Nêjimöö/Ninduma de Wipwê (Ouipoin)


«… Du coup, dans les tribus, ces enfants parlent français et oublient la langue. Il faut créer une prise de conscience à propos de ce problème (…) Il faut expliquer qu’il est important de continuer à parler aux enfants en langue si l’on veut que celle-ci reste vivante… »
« … L’occasion d’apprendre pour les jeunes, c’est la coutume, quand on récite la généalogie, tout ça. Sur ce point, c’est le silence complet, tout le monde écoute. Le respect reste encore très fort…. »
Jean Poadja, Grand chef du district de Poindah (Koné)
« … On peut conserver par l’écrit, par d’autres supports audiovisuels, le film notamment, parce que les histoires sont en train de se perdre (…) Ici, sur Koné, il devient difficile de trouver des vieux capables de dire que tel foncier, tel clan, telle coutume, telle généalogie, c’est comme ça. Il en reste peu qui connaissent tout cela. Et quand ils auront disparu, il n’y aura plus personne pour raconter l’histoire complète et la transmettre. »
« … Il ne faut pas en rester seulement à l’oralité sous prétexte que c’est authentique… ».
Joseph Goromido, de Netchaot, maire de Koné

« … Il faut faire en sorte que le langage soit vivant à travers le temps, pour que, nous aussi, nous restions vivants. Pour cela, nous ne pouvons pas laisser des langages, des termes être emportés par le temps. Il nous faut faire revivre ces langages-là et surtout les vivre pour nous permettre de continuer… »
Charles Attiti Grand chef de Goro A Koné, avec le maire, Joseph Goromido

adck3« … Entre 1984 et 1990, les jeunes ont vraiment pris conscience de ce problème et de l’importance de la recherche qui, jusque-là, était considérée comme une affaire de spécialistes, un domaine réservé à une élite. En même temps, on se disait que pour préserver notre patrimoine et maîtriser la recherche à son sujet, il nous fallait des outils qui nous permettent d’identifier les différents aspects de notre patrimoine : les langues par exemple, les légendes, les histoires, tout ce qui faisait les relations entre les différents groupes, les différents clans. Cela passait donc par la collecte des savoirs et des vécus.
Ce travail reste plus que jamais d’actualité, fondamental si l’on veut, à partir de ce que nous sommes, pouvoir bien identifier le monde tel qu’il est aujourd’hui… »
« … L’important, aujourd’hui, c’est de fixer, à partir des vieux qui sont encore là, tout ce que l’on peut, de manière à ce que l’on s’appuie sur des éléments fiables et non pas, demain, sur des ré-interprétations de l’histoire. Ce qui nous manque, aujourd’hui, c’est ce travail de recherche qui permet de comparer et d’analyser. Pour cela, il nous faut trouver des gens pour nous aider et des moyens aussi pour mener cette recherche… »
«…C’est d’abord une question de communication, orale, écrite, audiovisuelle… Si l’on veut que les gens qui ne sont pas Kanak comprennent notre mode de vie, notre culture, il faut bien leur donner des éléments pour nous décoder. »
Adolphe Digoué, maire de Yaté


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