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Mwà Véé n° 39 /

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couv 39A la une du nouveau Mwà Véé (n°39)
Quand la parole kanak s’exporte

Dans sa dimension traditionnelle et contemporaine, la culture kanak s’exporte de plus en plus loin. En 2002, par exemple, le groupe du Wetr (Lifou) est allé se produire pour la première fois aux Etats-Unis et à Hawaï avant de fêter ses dix années d’existence, de créations et de tournées à l’étranger. La compagnie de danse contemporaine Nyian a donné vingt-deux représentations dans le cadre du festival « off » d’Avignon avant de se produire à Fidji puis au Vanuatu. Le groupe We Ce Ca a accompagné la délégation calédonienne au dernier Grand Pavois de La Rochelle. Steeve Hoane, jeune danseur de Nyian et responsable du groupe Yanness, était en stage au sein de la compagnie MAU en Nouvelle-Zélande. Le jeune groupe Virhin (Pouébo) a effectué une tournée en France. Dick et Hnatr (Lifou) ont chanté à Fidji et au Vanuatu… Pierre Gope (Maré) était en résidence d’écriture avec Nicolas Kurtovtich à la Chartreuse-les-Avignon en France. Leur pièce, jouée cette dernière saison au théâtre de l’Île, sera présentée dans le cadre du prochain Festival d’Avignon. Quelques exemples qui montrent que le passage « de la tribu à la scène » est bien réel, non seulement au plan local, mais de plus en plus au plan régional et au plan international.
Pendant ce temps, l’art se défini aussi comme un espace de partage dans le domaine de la peinture, de la sculpture, des installations contemporaines comme en témoignent régulièrement la Biennale d’art contemporain de Nouméa, ou encore les expositions, précédées de résidences d’artistes, du centre culturel Tjibaou.
Rappelons que dès les années quatre-vingt, des plasticiennes kanak comme Paula Boi, Micheline Néporon, Yvette Bouquet, Denise Tiavouane, avaient ouvert la voie à ce partage dans la région Pacifique et en Europe.

En 2003, plusieurs projets de tournées ou de résidences à l’extérieur sont prévus. L’un d’eux concerne en particulier la participation de Edou, qui possède lui aussi une expérience du Pacifique, de Dick et Hnatr et de Jimmy Oedin au grand concert d’ouverture de la Fête de la musique dans les jardins du ministère de l’Outre-Mer, à Paris en juin prochain.
Pour autant, si le mouvement est lancé, le challenge reste entier. Ce passage à la scène exige toujours plus de professionnalisation et donc de formation de la part des artistes. Il exige aussi des relais, en métropole notamment. Il soulève des questions sur le rapport entre la tradition et l’expression contemporaine, sur la capacité à innover sans dénaturer, sur les moyens nécessaires à la création et à l’exportation de la production artistique locale, sur la reconnaissance des artistes et de leurs moyens d’existence.
Ces questions, Mwà Véé en a débattu avec des artistes : auteurs-compositeurs-interprètes, des chorégraphes et danseurs, des acteurs du milieu artistique et culturel calédonien. Leurs réponses sont riches d’expériences, de réalisme, et d’espoir en l’avenir artistique du pays.
Mwà Véé

Dix ans du Wetr : kapa !

Cérémonie d’ouverture des Dix ans du Wetr ; le grand chef Paul Sihaze Le Wetr n’a pas l’habitude de faire les choses à moitié. On en a encore eu la preuve à l’occasion du dixième anniversaire de son groupe culturel fêté sur ses terres, à Lifou, en novembre dernier, sous le signe de kapa.
Les spectateurs réunis sur le site d’Haima, spécialement aménagé pour l’occasion en bordure de mer à Xepenehe, ont pu partager durant ces quatre jours de festivités une sorte de super récital de danses, ponctué par la reprise de deux des grands spectacles du Wetr, Ziethel, créé en 1998, et Hotr, créé en 2000.

« Kapa, c’est un mot simple à prononcer, à retenir, c’est un mot qui revêt plusieurs significations : accepter, accueillir, recevoir, surélever. C’est pour cela que nous avons choisi ce mot comme thème de notre dixième anniversaire.
Kapa, c’est le fait d’avoir accepté la parole du grand chef Sihaze en 1992, de la porter depuis, de soutenir la culture. C’est aussi le fait d’accueillir, de recevoir quelqu’un chez nous, comme nous le faisons pour cet événement. »
O.G

« Quand on a lancé le Wetr ici, on n’aurait jamais imaginé qu’un jour on serait demandés à l’étranger.
Le chemin parcouru durant ces dix années, pour nous, c’est le résultat d’une parole des coutumiers, le fait de l’avoir acceptée, de l’avoir portée, de l’avoir respectée comme une parole sacrée.
Chaque fois qu’un groupe comme le nôtre se produit à l’extérieur, il représente la culture kanak, le pays. Lorsque nous nous produisons aux États-Unis, notre danse doit être aussi forte, aussi véridique que quand on danse à Lifou. Où que nous soyons dans le monde, nous sommes liés par la parole sacrée du grand chef et reliés à nos racines. »
Joseph Hnamano président du groupe culturel du Wetr

« Fêter nos dix ans d’existence sous le signe du Kapa, cela signifie que nous avons tenu tout ce temps, en nous produisant dans les Îles et sur la Grande Terre, et à l’extérieur ; en travaillant et en adaptant des danses traditionnelles et des légendes pour les présenter sous la forme de spectacles comme « Ziethel » ou « Hotr » ; en reprenant des chants anciens ; en recréant des costumes à partir d’éléments naturels utilisés par nos anciens pour danser ; en donnant envie aux jeunes de s’intéresser à leur culture, à leur histoire, à leurs traditions ; en créant pour cela des écoles de danse. Et puis il y a les échanges, les rencontres, les fusions avec d’autres groupes tout au long de ces dix années de travail.
Le Wetr, c’est aussi la recherche sur le patrimoine, l’histoire, l’art culinaire, les plantes médicinales… »
Obao Geihaze, cofondateur du groupe artistique du Wetr

Le Wetr aux USA« Les tournées en France et en Espagne, c’était déjà une expérience marquante. Les États-Unis, c’était encore autre chose. C’est un peu le « Nouveau Monde » que l’on redécouvrait.
On avait l’impression qu’on apportait aux gens une dimension qui avait disparu chez eux et qui leur manquait, qu’on réveillait en eux quelque chose d’enfoui, comme si on levait un voile qui leur masquait une réalité, celle d’une culture différente de la leur, d’autres cultures que la leur. »
Moïse Kuiesine et Kaemo Watta, chorégraphes du Wetr

« J’avais vu les gens du Wetr chanter et danser lors du dernier Festival des arts du Pacifique. Je les ai vus se produire aux États-Unis et c’est toujours la même force, le même courant qui passe. Je suis toujours très impressionné par leur présence, par l’énergie qui se dégage de leurs danses et de leurs chants. C’est un groupe qui honore la culture kanak. »
John Glavis, un américain fan du Wetr

Danse

danse« En Avignon, Pour beaucoup de gens, la Nouvelle-Calédonie, les Kanak, c’était une découverte. Certains spectateurs connaissaient la Nouvelle-Calédonie, mais pas Nyian, et pensaient voir un spectacle de danse traditionnelle kanak. Ils n’ont pourtant pas été déroutés.Cette réaction m’a soulagé parce que je craignais que l’on nous perçoive comme une compagnie de danse « authentique », au sens traditionnel du mot, alors que tout notre travail, depuis les débuts de Nyian, c’est de montrer qu’il y a aussi chez nous une dimension contemporaine qui n’est pas moins authentique. »
Richard Digoué, chorégraphe, créateur de la compagnie Nyian

« A travers la danse, j’offre quelque chose de l’ordre du geste. Finalement, c’est assez proche de ce que nous appelons le geste coutumier, le geste qui en lui-même a une grande importance. C’est parfois mieux de faire un geste que de parler pendant des heures, un petit geste peut suffire pour que les gens comprennent tout. »
Steeve Hoane, responsable du groupe Yanness, danseur de la compagnie Nyian.

« Pendant plus de cent ans, on a regardé le Pacifique à travers une espèce de lorgnette et on s’en est fait une image. Il faut créer une nouvelle image et un nouvel imaginaire. Pour cela, il faut se poser ces questions : Qui exprime mieux ce qu’est le Pacifique ? Faut-il présenter la réalité du Pacifique ? Mais quelle réalité ? Ne faut-il pas plutôt présenter un rêve de Pacifique, ce qu’il serait en rêve ? Le festival des dix ans du Wetr est pour moi très proche de l’expression de ce que pourrait être une culture du Pacifique. Si les gens du Wetr se cantonnaient à la tradition, ce serait comme s’ils niaient le rêve, leur propre rêve. La dimension qu’ils se donnent ainsi est un avantage pour eux, pour leur village, pour leur culture. »
Lémi Ponifasio, chorégraphe du MAU (Nouvelle-Zélande)

Musique

« Partout ça bouge, en musique, en danse, parmi nous, les Kanak, mais aussi parmi les autres peuples qui vivent ici. Les associations qui organisent des animations autour de la musique, de la danse, se sont multipliées ces dernières années. Des groupes se forment un peu partout, des compagnies se créent, des structures se mettent en place. Plus il se passe de choses, plus l’émulation est forte et mieux nous avançons dans le sens de la créativité, de l’originalité, de la qualité. »
Edou, auteur-compositeur-interprète

« Cette tournée en France a été pour nous une belle expérience. Partout où nous avons joué, j’étais fier de parler de nous, les Kanak, de parler du pays, de Kanaky.
Parmi les souvenirs forts de notre tournée en France, il y a ce moment, au festival « Tout Couleurs » à La Rochelle, où nous avons été invités, nous Virhin, à partager la scène du chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly qui est une vedette du reggae international. »
Olivier, leader du groupe Virhin

« J’ai toujours expliqué aux artistes de kaneka que s’ils se cantonnaient à leur public habituel, les choses n’avanceraient pas. ce Pendant longtemps, une partie de la population calédonienne ne voulait pas entendre parler du kaneka du fait de sa connotation « socio-politico-culturelle » forte. Aujourd’hui, les artistes qui marchent n’ont pas renié complètement cette dimension, tout en sachant ouvrir leur musique à d’autres thèmes et à d’autres influences. »
Alain Lecante, directeur du studio Mangrove

« Le travail que nous essayons de faire au niveau du Mouv’, c’est d’avoir un dialogue avec l’artiste, avec les musiciens, puis de leur renvoyer exactement, on va dire leur image, afin qu’ils puissent se projeter dans l’avenir et se dire qu’en continuant à travailler et à progresser, ils augmentent leurs chances de se donner un cadre de vie qui leur convienne, un horizon qui leur plaise. »
Christophe Ventoume, responsable du café-musiques Le Mouv’

Eclairages

« Si l’on raisonne en termes d’exportation de l’artistique calédonien, on ne peut pas continuer à ignorer ce qui se passe autour de nous. Cela ne veut pas dire entrer dans un moule et être globalisé. Il faut au contraire se démarquer en préservant ses spécificités, ses particularismes, et tout en proposant des produits artistiques compréhensibles même par des gens qui ne connaissent pas forcément l’histoire de la Nouvelle-Calédonie. Et qui, en même temps, possèdent une qualité qui incite les organisateurs de tournées, de festivals et autres à renouveler l’expérience. »
Jean-Jacques Garnier, chargé de mission aux Affaires culturelles

« En l’espace de quinze ans, l’évolution a été rapide, mais si l’on ne veut pas laisser retomber cette dynamique, il va bien falloir s’ouvrir à d’autres styles, d’autres horizons. Il est indispensable, comme le font déjà certains musiciens kanak, dont Edou ou Dick et Natr, d’enrichir les groupes en intégrant d’autres formes musicales, d’autres musiciens. C’est la seule façon d’évoluer et d’arriver à faire connaître la musique d’ici à l’extérieur. »
Dominique Clément-Larosière, responsable des spectacles au Centre Tjibaou

« À travers l’actuelle génération de musiciens et groupes qui marchent bien se pose en effet la question d’une musique ethnique. D’une musique qui se différencie par sa tonalité, ses airs, ses rythmes, ses thèmes, ses textes. Ce n’est pas en faisant de la house, du rap, de la techno ou encore de la « boom tchac » (boîte à rythmes) que l’on peut intéresser les producteurs et tourneurs étrangers. Musique kanak ne veut pas dire musique de clan, mais musique dans l’absolu, avec un style particulier. Créer sa musique, c’est créer un univers caractéristique, qui ne ressemble pas aux autres. »
Jean-Marc Ventoume, musicien, chargé d’actions au département spectacles du Centre Tjibaou

« Nous serons prêts quand les artistes arriveront pleinement à exprimer la parole de ce pays à travers des propositions libérées du désir de faire comme les autres, avec des créations qui sachent accueillir l’imaginaire des autres sans pour autant se laisser envahir. Faute de quoi, nous risquons d’avoir droit au mieux à des regards dans lesquels l’attrait exotique prime aux dépens d’un réel intérêt pour l’art de ce pays aujourd’hui. »
Guillaume Soulard, manager de la troupe artistique du Wetr et de la compagnie Nyian.

Arts plastiques

« La Biennale de Nouméa est l’occasion de montrer que l’art ne se limite pas seulement à la sculpture, à la peinture, mais qu’il englobe aussi le cinéma, la photographie, des installations originales et parfois déroutantes qui nous interpellent. Elle contribue par conséquent à faire évoluer notre regard sur l’art. »
Anne Loste, adjointe au maire de Nouméa, chargée de l’action culturelle

« L’important, c’est ce que cette nouvelle rencontre avec l’art contemporain a pu apporter au public et aux artistes locaux. À C’est l’un des intérêts de cette manifestation : créer une ouverture aux artistes calédoniens et leur offrir la possibilité de rencontrer d’autres plasticiens. »
Delphine Ollier, commissaire de la 5e Biennale d’art contemporain de Nouméa.

oeuvre« Eléments 2 »« Dans l’univers occidental, l’artiste est souvent perçu comme étant en marge, au-delà ou en deçà du groupe. Dans le contexte kanak, il est associé naturellement au groupe et est garant des valeurs traditionnelles et communément admises. L’apport de nouvelles conceptions de la création et le nouveau statut de l’objet créé lui offrent l’opportunité de s’ouvrir à lui-même et aux autres. S’il prend des distances éthiques ou esthétiques, c’est toujours en référence à ses valeurs. Il est donc créateur de lien. »
Henri Gama, responsable des arts plastiques et des expositions au Centre culturel Tjibaou



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