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Mwà Véé n° 38 /

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mwa véé 38A la une du nouveau Mwà Véé (n° 38)

Maurice Leenhardt cent ans plus tard…

…un sujet d’actualité


Ce nouveau numéro de Mwà Véé s’inscrit dans le cadre de la commémoration du centenaire de l’arrivée de Maurice Leenhardt en Nouvelle-Calédonie en novembre 1902. Le jeune missionnaire protestant a alors 22 ans. Accompagné de son épouse, Jeanne Leenhardt, il rejoint Houaïlou où il entreprend de créer la Mission protestante de la Grande Terre. La mission de Do-Néva va rapidement devenir un exemple.
Durant la vingtaine d’années qu’il a passé en Nouvelle-Calédonie, Maurice Leenhardt a fait œuvre de missionnaire, de linguiste, d’ethnologue, d’auteur aussi. Il a publié durant son séjour et après son retour en France de nombreux ouvrages de référence dont Note d’ethnologie néo-calédoniene, Vocabulaire et Grammaire de la langue de Houaïlou, Gens de la Grande terre, puis plus tard, en 1947, Do Kamo.
Il a contribué à former les premiers pasteurs kanak de la Grande Terre grâce auxquels il a acquis une grande connaissance de la société et de la culture kanak.
A leur tour ces pasteurs ont écrit, comme Bwêêyöuu Ërijiyi dont les textes viennent d’être édités par la Fédération de l’enseignement libre protestant.
Anciens élèves de Do-Néva, ethnologues, linguistes, historiens, enseignants, anciens étudiants de Maurice Leenhardt aux « Langues 0 », témoignent de l’actualité qu’à conservée l’œuvre humaniste de ce missionnaire hors du commun.
Inséré dans ce numéro, un journal publié dans le cadre de l’exposition « Natas, Missi et Moniteurs » (visible au Centre Tjibaou), apporte un éclairage complémentaire sur les
« années Leenhardt.»

LA DIMENSION HUMAINE - LA DIMENSION HUMANISTE

Maurice Leenhardt (collection Jean Guiart)« Loin de se replier sur elle-même, cette Société s’est ouverte, et se situe désormais dans l’île à côté de la Société blanche, et en liaison d’intérêts constants. Elle n’a rien abandonné de son ethnie propre, elle puise au contraire en elle ses éléments de communauté, de réserve, de solidité, qui la préservent de tomber dans l’imitation servile. Restant elle-même et collaborant avec les Blancs, elle présente un intérêt nouveau et très grand. Car si elle a conservé autant de son passé dans ses progrès mêmes, c’est qu’elle possédait en elle des éléments très anciens, mais essentiels à l’homme.
Dégager ceux-ci, c’est peut-être retrouver des catégories, voire des valeurs, que nous avons laissées en nous s’amoindrir et se perdre. On aperçoit chez eux un travail d’acculturation pour établir un échange normal entre leur Société et la nôtre ; une autre acculturation, en sens inverse, est nécessaire de notre part, si nous voulons entrer en contact avec leur mentalité, et découvrir en leur richesse première des valeurs que nous avions crues périmées. Ainsi retrouverons-nous en eux des données de la vie affective, de la vie esthétique, de la vie mythique, que nous avions oubliées et qui manquaient à l’équilibre de notre pensée. »
Maurice Leenhardt (extrait de sa préface rédigée pour la réédition de son ouvrage Gens de la Grande Terre, en 1952).

Emile Kavivioro« Quand Maurice Leenhardt est revenu en Nouvelle-Calédonie, en 1938, j’avais 22 ans.
J’étais ému, très touché de voir cet homme que l’on admirait. Pour nous, c’est un vieux qui a travaillé pour les Kanak. Il a d’abord cherché à connaître les gens, il est venu parmi eux, a écouté leurs histoires, s’est intéressé à leurs montagnes, à leur culture, avant de commencer à faire le travail de l’Église. Les gens étaient très touchés de voir cet homme qui représente beaucoup pour nous. C’est grâce à lui si nous sommes là aujourd’hui, parce qu’il a fait ce travail en profondeur sur notre culture, surtout ici, à Houaïlou.
C’est une bonne chose qu’il ait écrit la coutume, sinon on aurait tout perdu.
Émile Kavivioro, de la tribu de Bâ

Baptiste Gorode« Mon père a été l’un des premiers à suivre les cours de l’école
de pasteurs de Do-Néva. Il m’a parlé de Maurice Leenhardt comme d’un défenseur des Kanak. Il disait que le pasteur était venu exprès de France pour nous, parce que c’était dur à ce moment-là, avec la colonisation. »
Baptiste Gorode, de la tribu de l’Embouchure

LA DIMENSION SPIRITUELLE

« L’approche de Maurice Leenhardt est moderne par rapport à la connaissance de l’homme dans son essence même et à la connaissance de l’autre. Ainsi quand il travaille au rapprochement entre les petits colons et les Kanak.
(…) Ce qui me frappe le plus chez lui, c’est la force de sa conviction qui le fait considérer tous les hommes égaux et libres. C’est aussi sa faculté à mettre en œuvre toutes ses compétences pour à la fois être lui-même cet homme libre et dire aux autres : « Il n’y a pas de raison pour que vous ne soyez pas vous-mêmes des hommes libres. »
Béniéla Houmbouy, pasteur, professeur de philosophie

LA DIMENSION ETHNOLOGIQUE - LA DIMENSION UNIVERSITAIRE

« Au fil de mes lectures et relectures, j’ai été de plus en plus sensible au fait que Leenhardt ait su, avant beaucoup d’autres, ne pas séparer l’étude d’une société de celle d’une pensée, et l’étude d’une pensée de celle de la langue qui la porte ; au fait également que, dans un contexte colonial, il ait été capable de faire des hommes avec lesquels il travaillait, beaucoup plus que des informateurs, des collaborateurs à part entière du travail ethnographique. »
Patrice Godin, ethnologue

« L’ethnologie de Monsieur Leenhardt était une ethnologie libératrice. Elle a servi à mettre les Kanak sur la carte du monde au point de vue conceptuel et a permis de les présenter comme autre chose qu’un peuple primitif, même si Monsieur Leenhardt lui-même utilisait parfois ce terme parce qu’il était impossible à cette époque de se faire comprendre autrement à Paris. »
Jean Guiart, ethnologue

« Historiquement, dans la construction de l’anthropologie de la Nouvelle-Calédonie, c’est Maurice Leenhardt qui le premier a eu des fonctions universitaires liées à la description du monde kanak et il marque une étape importante.
(…) Maurice Leenhardt, historiquement, dans le déroulement de sa vie et sans que cela puisse à mon avis prêter à discussion, a été missionnaire et, toute sa vie, il n’a pas cessé de se penser comme pasteur. Seconde chose, il n’y a jamais contradiction entre ses textes les plus scientifiques, les plus ethnologiques et ses textes les plus missionnaires. Il y a une cohérence certaine dans l’ensemble de son œuvre. »
Michel Naepels, ethnologue

LA DIMENSION ECRITE - LA DIMENSION LINGUISTIQUE

Jean Euritéin(…) C’est vrai que s’il n’avait pas ouvert la voie, les choses auraient été bien plus difficiles pour nous. Puis d’autres linguistes se sont intéressés au ajië et c’est à partir de cette base que nous avons pris le relais. La rigueur et la précision de Maurice Leenhardt sont un exemple pour nous et donnent envie aux gens comme nous de poursuivre un travail poussé sur notre langue.
(…) Maurice Leenhardt a montré que cette langue méritait d’être étudiée et écrite.
(…) Maurice Leenhardt a su traduire non seulement les mots, mais encore l’esprit de la culture en langue et ce travail reste exceptionnel. On le constate en particulier dans l’adaptation des questionnaires qu’il met au point avec Bwêêyöuu Ërijiyi à la structure même de la langue.
Jean Euritéin,de Houaïlou, spécialiste du ajië

« Il a vraiment joué un rôle important. Après Maurice Leenhardt, on ne va plus pouvoir faire de la linguistique comme avant. Maurice Leenhardt considérait réellement les Kanak avec lesquels il travaillait comme des collègues et non simplement comme des informateurs.
Jacqueline de La Fontinelle, linguiste

Quand on voit quelles difficultés on a aujourd’hui pour traduire certains termes en ajië, comme injustice, intolérance, on mesure mieux l’exploit qu’a représenté ce travail de traduction à l’époque.
Ce travail, c’est aussi une approche culturelle au sens d’une rencontre entre des cultures très différentes, qui a permis à Maurice Leenhardt et aux Kanak qui l’entouraient de se comprendre et de s’apprécier.
Marc Gowé, de Houaïlou, linguiste, enseignant

« La principale caractéristique commune de ces trois périodiques (Nata me roi, Virsersi ka e, Virherhi) et leur profonde originalité dans le paysage de la presse calédonienne de cette époque, c’est l’utilisation des langues kanak, celles des régions de Houaïlou, de Koné et de Maré, pour l’essentiel des articles. Seuls quelques textes sont imprimés en français. Ce point est d’importance, car il ne s’agit pas là de périodiques proposant des traductions en langues kanak de textes pensés et écrits en français, mais bien d’écrits originaux, issus d’une pensée qui ne l’est pas moins, en ajië, en paicî ou en nengone. La presse publiée par le pasteur Leenhardt, sous l’égide de la Mission protestante, est pleinement la première presse en langues kanak de Nouvelle-Calédonie. »
Karine Picquet, archiviste des Archives de la Nouvelle-Calédonie

Document Archives de la Nouvelle-Calédonie« Les lettres adressées par le pasteur et ethnologue à son directeur, apportent un éclairage nouveau.
Cette correspondance tranche avec l’exotisme religieux qui entoure la notion même de missions et d’écrits missionnaires. (…) Maurice Leenhardt s’exprime ouvertement. Il ne ménage pas l’administration coloniale quand ses positions lui semblent discutables. »
Olga Tein, de Voh, enseignante

TEMOIGNAGES

« Mon père fut d’abord artisan-missionnaire au Gabon à l’époque du docteur Schweitzer.
Marié en 1919, il s’embarque la même année pour la Nouvelle-Calédonie afin d’assurer, à Do-Néva, l’intérim de Maurice Leenhardt qui était resté seul et n’avait pu de ce fait rentrer en France depuis 1910.
Il reste à Do-Néva jusqu’en décembre 1923, puis il est envoyé à Rô (Maré) qui manquait de missionnaire depuis longtemps et remet en marche l’imprimerie qui avait servi à imprimer les Évangiles traduits en langues vernaculaires. »
Henry Pasteur, fils de Paul-Émile Pasteur, missionnaire à Do-Néva.



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