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Mwà Véé n° 37 /

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couv 37A la une du nouveau Mwà Véé (n° 37)

Vanuatu d’aujourd’hui,

entre coutume et culture


Mwà Véé sort du cadre de la Nouvelle-Calédonie en consacrant entièrement son dernier numéro à un pays proche du nôtre à plusieurs égards, Vanuatu.
Entre coutume et culture contemporaine, où se situent les Vanuatais d’aujourd’hui ?
A l’heure du Festival des Arts de la Mélanésie à Port-Vila, le moment était tout indiqué pour tenter d’apporter des réponses à cette problématique importante dans un pays ou création contemporaine et coutume sont indissociables.

De Port-Vila à Tanna, en passant par Malekula, l’équipe de Mwà Véé, complétée par le photographe David Becker, est partie à la rencontre des gens du pays et a capté leur vision de Vanuatu aujourd’hui, de sa coutume et de sa culture.
Ce reportage restitue les contrastes entre la capitale et les îles, la tradition et la création contemporaine.

Mwà Véé a recueilli les réactions de ceux qui ont fait le choix de retourner à leur coutume dans les montagnes de Tanna. Elle a suivi les danses des smalls nambas de Melken et des insulaires d’Uripiv dans l’île de Malekula. Elle s’est intéressée à la situation des artistes contemporains pour la plupart regroupés à Port-Vila.
Au total, une quinzaine de rencontres viennent éclairer le thème de ce numéro spécial Vanuatu. Autant de temps forts avec des acteurs de terrain très engagés dans le développement culturel et social

Un carnet de route photographique de David Becker complète ce numéro spécial Vanuatu

Vanuatu. Pourquoi ce pays nous parle-t-il tant ?
(extrait de l’éditorial de Mwà Véé n° 37)

« Les raisons qui poussent à s’intéresser à l’archipel de Vanuatu ne manquent pas. Il s’agit tout d’abord d’un pays proche du nôtre, membre de la Mélanésie, aux côtés de la Nouvelle-Calédonie, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, des îles Fidji et des îles Salomon.
Autant de pays qui vont partager leurs cultures et leurs expressions traditionnelles et contemporaines à l’occasion du Festival des arts de la Mélanésie, en ce mois d’août 2002 à Port-Vila.
Le moment était donc propice pour chercher à situer la place de la culture dans Vanuatu d’aujourd’hui et sa position par rapport à la kastom (coutume).
Le festival de Melken, à Malekula, l’espace coutumier de Tanna, l’éclairage apporté par les acteurs culturels rencontrés à Port-Vila nous ont fourni des angles de vue intéressants et parfois inédits sur cette relation entre la kastom et la culture (…)
On se rendra compte, à la lecture des entretiens qui constituent ce dossier, que les moyens disponibles pour le développement culturel, et par conséquent les priorités en ce domaine, ne sont pas les mêmes qu’en Nouvelle-Calédonie (…)
Parmi les autres raisons évidentes qui font que Vanuatu « est un pays qui nous parle », il faut souligner l’existence d’une tradition de liens et d’échanges entre l’archipel de Vanuatu et le nôtre (…)
Ces liens et échanges sont fréquents sur le plan culturel également, tout particulièrement entre le centre culturel de Vanuatu, le centre Tjibaou et le musée de Nouvelle-Calédonie.

Carnet de rencontres
Malekula,14-16 juin 2002

poteau… Le grand tambour installé au centre du terrain commence à résonner sous les battements du chef de Melken, Peter Wolit. Durant plusieurs heures, les danses se succèdent, toujours rythmées par les tambours. Les gens de Melken exécutent la danse Netemas Baghy (danse de levée de deuil) et la danse Nemerayen, ceux d’Uripiv la danse Nalong (danse de clôture des cérémonies de namangi), avant que n’arrive l’heure du kaekae (repas), agrémenté d’un copieux lap lap (plat national vanuatais au même titre que le bougna kanak). Ce sont les danseurs d’Uripiv qui lancent la seconde partie avec la danse Weldengrere. Les festivités se poursuivent jusqu’au danis raund final (on l’appelle aussi familièrement le « carnaval »). Le danis raund est l’équivalent du pilou pilou kanak.
Au lendemain de ce festival de danses, de sons, de rythmes, de parures, de couleurs, de rencontres et d’échanges, Fred Numa Longga nous accueille dans son village, Teveri, sur l’île d’Uripiv.

Fieldworkers de Malekula

multiarc« Beaucoup de gens de Male­kula s’intéressent encore à la culture de leur île, mais, en même temps, beaucoup d’autres se désintéressent de la coutume et il risque d’y en avoir de plus en plus. C’est pour cela que nous devons poursuivre notre travail…
Les gens sont en train d’apprendre à mieux gérer ce rapport entre le tourisme, source de revenus, et la coutume. Il y a encore beaucoup de choses à améliorer du point de vue de l’organisation et du déroulement de ce genre d’événement. »
Frédéric Numa Longga (fieldworker, directeur du centre culturel de Malekula)

« Si le système des fieldworkers n’avait pas été mis en place, beaucoup de choses de la coutume et de la tradition auraient été perdues. Nous sommes tous bénévoles pour faire ce travail de collecte.
Coutume, c’est un mot de Blancs, mais en fait, ça cou­vre toute la vie des gens, dans tous les domaines. La façon de vivre, de penser le monde, c’est ça, la coutume. Aujourd’­hui, les choses changent. Mais je veux aider à ce que l’on revienne à la coutume pour que notre vie soit toujours bien équilibrée, que tout soit bien ordonné, bien droit. »
Alben Reuben (fieldworker de South West Bay, Malekula)

« Je suis heureuse de participer à ce travail pour la préservation de la coutume. En tant que women fieldworkers, nous travaillons essentiellement sur les aspects de la coutume et de la culture qui concernent les femmes. »
Tanni Frazer (woman fieldworker de l’île d’Uripiv, Malekula)

Tanna,17-19 juin 2002
Au-delà de l’exotisme, immersion dans la kastom

danseurs... « Nous entrons dans la zone coutumière placée sous l’autorité du grand chef Kawéa. Escortés par des jeunes du coin, nous empruntons un sentier qui s’élève jusqu’à une première crête. Nous arrivons dans le village de Posen, notre hôte. Posen est notre « porte », celui par qui nous pouvons pénétrer dans cette zone préservée.
Durant trois jours, nous allons être guidés à travers une partie de cette zone coutumière, accueillis dans plusieurs nakamal par leurs chefs et leurs habitants. Nous partagerons avec eux, sur les places de danse, les coutumes d’arrivée et de départ. Moments forts, ponctués de danses en relation avec la plantation des ignames, appelées Kayulaulau, Koteklau ou Namilou (en langue), et de danses de réconciliation, appelées Tanistanis (en bislama), exécutées par les hommes et accompagnées par les femmes. Nous serons généreusement nourris et logés (ici, l’on partage tout), protégés par les grands nabanga (banian). »
Au coin du feu ...
Au coin du feu ...« Quand les missionnaires sont arrivés, ils ont apporté le tissu pour que les gens s’habillent (…) En fait, les hommes continuaient à porter leur nambas (étui pénien, en bislama) sous le tissu. Cette conversion avait été brutale parfois. On ne donnait pas le choix aux gens. Les vieux d’ici ne voulaient pas descendre pour être évangélisés. Ils y ont été obligés, puis, dès qu’ils ont pu, ils sont remontés sur leurs terres, mais ils avaient perdu l’habitude de porter le nambas. Ils n’étaient plus des vrais coutumiers.
La notion de respect a changé dans notre société. Ici, dans la zone coutumière, les gens ont gardé le respect. Le respect, c’est qu’on ne coupe pas la parole à quelqu’un. Ce sont les jeunes qui mâchent les racines de kava pour leurs vieux qui ne peuvent plus le faire. Le fils pense à ses vieux.
Les enfants apprennent en permanence au contact des adultes, des vieux surtout. Mais il n’y a pas de temps précis pour cela. Aujourd’hui, à l’extérieur de la zone coutumière, les enfants partent à l’école le matin et ils sont coupés de la vie traditionnelle durant toute la journée. Ici, ils apprennent à toute heure. »
Sam Posen Arpeting (fieldworker dans la région du Middle Bush, à Tanna)

Port-Vila, le rôle moteur du Vanuatu Kaljoral Senta

Musée… « Actuellement, la préoccupation majeure du centre culturel, c’est comment faire en sorte que la coutume ait un sens pour les jeunes. Ces jeunes représentent la majorité de la population de Vanuatu et c’est un domaine à part entière du travail réalisé par le centre…
Depuis l’an passé, on observe un regain d’intérêt des communautés de Vanuatu pour la culture locale. Les gens mettent en place eux-mêmes des festivals. Il y en a de plus en plus et c’est très encourageant (…) On assiste aujourd’hui à une véritable prise de conscience de la part des gens face au problème que représente la coupure avec leurs traditions.
L’important, c’est de toucher les gens de toutes les couches, ceux des quartiers, ceux des îles qui vivent à Port-Vila. Jusqu’à maintenant, au niveau du centre culturel, nous nous efforçons d’encourager aussi bien l’art que des expressions plus populaires comme la peinture sur tissu, la fabrication de papier…
Pour moi, promouvoir à la fois l’art et des expressions plus artisanales, ce n’est pas fondamentalement différent ni opposé. Si on encourage l’art populaire, on va faire sortir de nouveaux talents artistiques. »
Ralph Regenvanu (directeur du centre culturel de Vanuatu)

« Ce travail que l’on fait, c’est pour construire une banque traditionnelle qui permette de garder la trace de tous les savoirs de nos ancêtres, pour les futures générations. Ce n’est pas pour satisfaire la curiosité des étrangers, c’est vraiment pour les gens d’ici. C’est mettre à leur disposition les éléments de leur propre histoire, de leur vie, de leur culture, de la coutume. »
Jacob Kapere (responsable du département audiovisuel du VKS)

« Sur le plan de la coutume elle-même, on a parfois le sentiment que certaines choses s’estompent au fil du temps, les langues, qui se pratiquent moins, certains modèles de tressage, qui se perdent. Mais, dans le même temps, on assiste à une réactivation de certaines techniques traditionnelles à partir de la documentation sur des modèles anciens conservés dans les musées étrangers. En fait, plus nous avons avancé, plus nous avons constaté que la coutume était encore bien présente. Le savoir-faire était toujours là, mais il n’était plus pratiqué, d’où l’importance du rôle des fieldworkers de faire ressortir ces savoir-faire et de montrer l’intérêt qu’ils présentent toujours. Par exemple, on ne s’intéressait pas aux danses des femmes avant. Maintenant, elles se pratiquent à nouveau. »
Jean Tarisesei (woman fieldworker, coordinatrice du Women’s Cultural Project)

« Les musiques et les danses traditionnelles à Vanuatu sont très riches et vivantes, et évoluent dans des contextes culturels très différents
La situation politique à Vanuatu est différente et la musique des jeunes n’est pas une parole de contestation du système, comme en Nouvelle-Calédonie… »
Raymond Ammann (ethnomusicologue, spécialiste des danses et musiques de la Mélanésie)

« Des jeunes qui se mettent à la musique ici, il y en a de plus en plus. C’est surtout le reggae qui domine et il est difficile de s’en écarter. Moi, j’ai eu envie de passer à autre chose, à une musique plus personnelle, une musique contemporaine de Vanuatu et pas seulement la reproduction d’une musique importée.
La crainte, pour ceux qui comme moi ont envie que les choses bougent sans perdre notre identité, c’est que la musique traditionnelle de­vienne une musique que l’on conserve uniquement pour les touristes. Et que nous, les jeunes, soyons coupés d’elle. Il faut la faire vivre aujourd’­hui. »
Marcel Melto (musicien, coordonnateur au sein du Young people’s project)

Plasticiens contemporains

Les précursseurs
Nicolaï Michoutouchkine et Aloi Pilioko, peintres, collectionneurs d’objets anciens d’Océanie, duo pionnier du courant artistique contemporain à Vanuatu
« L’art… comment dire, cet art traditionnel, que d’au­tres ont qualifié d’art primitif, puis d’art premier, a été d’une telle richesse… Cet art a inspiré une grande partie de l’art moderne, de nos peintres et sculpteurs contemporains, de Picasso à Max Ernst. Combien se sont inspirés du tapa ou de la sculpture océanienne ?
Il y a ici un très grand potentiel contemporain, mais il n’est pas reconnu. »
Les artistes vanuatais
L’association Nawita est au cœur de l’expression contemporaine depuis plusieurs années. Elles réuni des peintres, sculpteurs, potiers…
« La notion d’artiste n’existe pas dans la coutume et la tradition. Si bien que les gens qui font de l’art traditionnel se considèrent comme des artisans et nous considèrent comme des artistes ! Si ce que l’on crée n’est pas dans la coutume, on est considéré comme artiste (…)
La force des artisans traditionnels, c’est la force qu’ils portent en eux depuis des millénaires et qu’ils perpétuent à travers leur savoir-faire. L’art traditionnel, c’est la base, c’est aussi notre base à nous artistes contemporains. Et c’est à nous de faire cette démarche d’innovation. Chaque artiste a en lui cette base traditionnelle et contemporaine (…)
Il se passe beaucoup de choses du côté des femmes, dans le tressage notamment (…)
On constate une évolution dans le goût des gens. Petit à petit, les ni-Vanuatu se mettent à apprécier l’art abstrait, alors que jusqu’ici, il fallait s’exprimer de façon très réaliste pour être compris et apprécié. Ça nous ouvre de nouveaux champs d’expression. »
Artistes de Nawita (Port-Vila)

Les jeunes talents
NickyEn prévision du Festival des arts de la Mélanésie, l’association Nawita a organisé un workshop (atelier de travail) à l’intention des jeunes qui souhaitaient apprendre une technique artistique ou se perfectionner.
Ce stage de formation artistique a été animé par une artiste française, Julie Dupré, qui a notamment vécu en Polynésie et a collaboré à la mise en place des expositions présentées dans le cadre du dernier Festival des arts du Pacifique à Nouméa, en 2000.
« Dans ce que je fais, j’aime bien m’inspirer de la vie traditionnelle de chez nous, des éléments de la coutume. Je trouve cela bien que nous puissions, nous les jeunes, avoir accès à ce genre de formation.
Je viens tous les jours et je suis très heureuse de découvrir toutes ces facettes artistiques et ces techniques. Nous avons en plus la chance que cela soit gratuit et il serait dommage de ne pas en profiter pour apprendre.
Paroles de jeunes artistes du workshop

Un théâtre, radio, infirmerie !

Le Wan Smolbag Theatre lieu atypique dans le paysage social et culturel de Port-Vila:

« Nous avons créé, mon épouse et moi-même, le Wan Smolbag Theatre en 1989. Mon épouse, Jo, avait déjà travaillé sur un projet similaire au Zimbabwe. Quand nous avons débarqué ici et que nous avons proposé la formule du Wan Smolbag Theatre, ça a tout de suite accroché.
Le problème de fond que soulève ce film (sur le Kiling Taem) est très préoccupant. C’est la question la plus importante, celle de l’insertion des jeunes dans la société. Et personne ne sait vraiment ce qu’il faut faire.
Peter Walker, directeur du Wan Smolbag Theatre



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