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Mwà Véé n°36 /

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Dans ce nouveau numéro, Mwà Véé :mwa_vee_36

* Transcrit la « parole vivante » du pays paboa.
* Déroule au fil des pages un étonnant et émouvant « dialogue avec la terre » et pose en filigrane la question d'une expression kanak contemporaine dans la poterie, à l'image de la danse, de la sculpture, de la musique.
* Evoque l'émission Ruo, produite par l'ADCK/Centre Tjibaouet diffusée sur Radio-Djiido
* Offre à ses lecteurs un panorama couleurs d'expositions inédites du Centre Tjibaou et du musée de Nouvelle-Calédonie


Editorial
Dialogue avec la terre


" Il est question dans ce numéro de la terre.
La terre des ancêtres, celle qui commande les chemins coutumiers."
La terre nourricière, la terre que l'on habite, la terre que l'on travaille, la terre que l'on partage avec les autres.
La terre en tant que matière que l'on pétrit pour en faire des poteries, des sculptures ou encore des murs pour sa maison.

Hommes et lieux du hööl et du dèn


Dans les premières pages, on découvrira la transcription inédite du hööl de la grande chefferie Téâ Maaluma de Paboa (Paimboas).
Charles Pébou-Polaé est l'un des derniers vieux de sa région à faire le hööl. Conscient de la disparition possible des traditions, il a accepté que son discours soit transcrit et puisse servir de mémoire aux générations qui viennent, en même temps que d'outil de compréhension de la société de Paboa.
Emmanuel Kasarhérou a recueilli et mis en forme les éléments de ce discours et, en accord avec Charles Pébou-Polaé, en a confié la publication à Mwà Véé.

Retour sur la terre de ses ancêtres
Bien ancré dans sa tradition, Charles Pébou-Polaé est aussi un homme tourné vers l'avenir. C'est ainsi qu'il s'est mis en tête voici une quinzaine d'années de réinstaller et de faire revivre sa tribu, Weene, là où elle existait avant qu'on ne la transfère plus bas, à Weenya (Ouénia). Sa ténacité a fini par payer.

La terre matière


Avec Emmanuel Naendoui, de la tribu de Pagu (Pagou), au cour de la chaîne centrale, entre Kaala-Gomen et Hienghène, nous abordons la terre dont on faisait les poteries au « temps d'avant ». Plus personne ne fait de telles poteries de nos jours. sauf lui. Nous l'avons suivi sur les traces des femmes potières de Pagu, jusqu'à l'endroit appelé hwan-cilek, au bord du cours supérieur de la Ouaième, là où elles pétrissaient l'argile et fabriquaient les poteries utilitaires autrefois.
Guidé par Béalo Wedoye, du musée de Nouvelle-Calédonie, un jeune potier calédonien, David Louveau de la Guigneraye s'est lui aussi rendu chez le vieux Emmanuel. Il n'a pas oublié cette rencontre.
Nourris de leurs expériences et de leurs échanges, les uns et les autres s'interrogent. Comment faire pour que le savoir de la poterie sorte à son tour de l'ombre, à l'image d'autres formes artistiques, comme la sculpture, la gravure sur bambou, la danse, la musique qui, après une longue éclipse, ont trouvé leur second souffle dans la tradition et sont désormais capables de reformuler le sens profond du discours ancien en langage contemporain ?
Ce numéro propose enfin une sélection d'expositions à découvrir au Centre Tjibaou et au musée de Nouvelle-Calédonie. »
Mwà Véé

Hööl de la grande chefferie Teâ Maaluma de Paboa
par Charles Pébou-Polaé

« Charles Pébou-Polaé assume la fonction de « porte-parole » de Teâ Maaluma. À ce titre, il est l'un des derniers vieux de la région à faire le discours coutumier formalisé, appelé hööl (.)
La grande chefferie Teâ Maaluma occupe le district de Paboa (Paimboas) qui compte 8 tribus, 5 sur le territoire de la commune de Ouégoa : Weenya (Ouénia), Weene (Ouéné), Pwebwadu (Pouembanou), Bwela (Bouélas) et Temeline4, et 3 sur le territoire de la commune de Kaala-Gomen : Kuro (Kourou), Weeöl (Ouéholle) et Weemu (Ouémou)
(.) Il est courant de dire, depuis Maurice Leenhardt, que la grande case sert d'image de la société traditionnelle kanak. L'organisation traditionnelle de Paboa propose une image encore très vive de la relation entre architecture et société (.)
Le hööl est le discours traditionnel formalisé, dit par un orateur debout sur une échelle de bois et entouré de danseurs qui l'accompagnent par des chuintements et scandent ses paroles par des clameurs d'approbation. Le hööl se distingue du puunöl qui est prononcé à terre pour présenter les dons. Le puunöl est un discours moins formalisé. Il est l'occasion de rappeler les noms des clans qui ont participé au don, et en particulier de dire tous les noms des phwe-dèn, « les porteurs de chemin ». Le hööl précède toujours le puunöl. L'orateur du hööl et du puunöl sont deux personnes différentes.
La fonction du hööl est de rappeler l'organisation sociale de Paboa (.)»

 

 

Retour à Weene, terre de nos ancêtres02


Charles Pébou-Polaé
Charles Pébou-Polaé est né à la tribu de Kuro (commune de Kaala-Gomen). Mais les terres de ses ancêtres sont à Weene (Ouéné) tribu du district de Paboa (Paimboas), dans l'aire Hoot mâ Whaap.
C'est là que vivaient sa tribu et son clan avant qu'on ne construise une église en bas, à Weenya (Ouénia) et qu'on ne regroupe autour d'elle plusieurs tribus, dont Weene (.)

Charles Pebou-Polae raconte.
« Mon projet, c'est retourner dans notre ancienne tribu. Quand la religion est arrivée, on a été déporté pour aller dans la réserve de Weenya. Avant, il n'y avait pas de foi chrétienne. On marchait à la coutume. Les missionnaires sont arrivés à la grande chefferie, puis le grand chef a appelé ses sujets et il leur a dit que quelque chose de nouveau était arrivé, mais que chez nous, là-bas, c'était trop loin et qu'il fallait qu'on se rapproche de l'église.
Quand nos vieux sont descendus, ils n'étaient pas nombreux, on leur a donné de la terre en bas. Maintenant, la tribu s'est peuplée et on est obligé de retourner chez nous. Il n'y a plus assez de terre pour tous. On a déjà délimité nos terres là-haut avec l'Adraf et on a fait la demande à l'État, à la province, à la commune pour qu'ils nous aident à réinstaller notre tribu (.)
Bien gérer la terre, c'est important pour garantir l'avenir de nos jeunes (.)
On veut faire une tribu moderne, propre, équipée, avec le dépotoir, le ramassage des ordures, les sanitaires. Avec un développement économique aussi. »

Mo phe-hyalabwi mo po-guc
Retrouver le chemin de la poterie d'avant
Reportage en pays Wevia

Emmanuel Naendoui est un homme de la chaîne centrale, quelque part entre Kaala-Gomen et Hienghène, sur la piste qui mène à la tribu de Pagu (.)
Tout au creux de lui-même, Emmanuel Naendoui modèle depuis plusieurs années son jardin secret, la poterie. Un vieux rêve qu'il tente de concrétiser sans autres repères que les tessons de poteries anciennes trouvés au hasard du travail dans les champs. Des vestiges qui disent qu'à une époque, dans la région de Pagu, on fabriquait une poterie utilitaire à partir d'une argile bien particulière...

Emmanuel Naendoui raconte.
« L'idée de la poterie m'est venue un jour où j'étais aux champs. Cela remonte à une douzaine d'années. Je vivais encore à la tribu (de Pagu) à l'époque.
Je m'étais mis en tête de faire du feu comme avant, quand il n'y avait ni allumettes, ni briquets, en frottant deux morceaux de bois. Je n'y arrivais pas et je pensais aux anciens, eux en étaient capables. J'ai pensé à la façon dont ils construisaient les cases et puis je me suis souvenu de la poterie et je me suis dit que ça aussi, on l'avait perdu. Alors j'ai décidé de retrouver ce chemin. Ma mère descend de la famille des gens qui faisaient la poterie avant, à Pagu, c'est peut-être pour cette raison que je suis attiré par cela. Mais elle-même n'a pas appris comment faisaient les vieilles. »

 

 

David Louveau de la Guigneraye, potier04Histoire de sa rencontre avec Emmanuel Naendoui

À trente ans, David Louveau de la Guigneraye possède déjà une certaine maîtrise de la poterie. Ses pièces sont appréciées des connaisseurs (.)

Il se trouve que grâce à Béalo Wedoye sa route et celle du vieux Emmanuel Naendoui, le potier de Pagu, se sont croisées un jour. Ensemble, les deux hommes ont cherché l'argile, là-haut dans la chaîne, ils l'ont pétrie, ils ont cuit de la poterie à même le feu de bois. Ils se sont retrouvés quelque temps après au musée de Nouvelle-Calédonie pour animer un atelier en commun.

David Louveau raconte.
« On monte un projet d'atelier avec le centre culturel de Hienghène et, un beau jour, je débarque (.) Et là, il se passe quelque chose. Je suis adopté. Dès lors, je viens animer un atelier une fois par mois et je forme trois personnes, Mireille, Pierrick Le Beuze et Jean, un ami kanak qui organise des balades à cheval dans la chaîne. Entre-temps, mon père m'a fabriqué un tour à pied que j'installe au centre culturel de Hienghène où il sert toujours. À cette époque, je me trimballe avec mon tour électrique dans la chaîne. Je me souviens de Gohapin où j'ai initié des vieux et des vieilles au travail du tour. J'ai recueilli à cette époque des informations intéressantes sur la tradition de la poterie dans la région

 

 

Un chemin ouvert par Béalo Wedoye
Béalo Wedoye, assistant de conservation au musée de Nouvelle-Calédonie, connaît Emmanuel Naendoui depuis son enfance. Il se rendait régulièrement à Pagu pour apprendre du père d'Emmanuel les discours coutumiers en vue de son initiation de chef .
Béalo Wedoye se souvient.
« Il (Emmanuel Naendoui) avait entendu parler de David Louveau dans une émission radio et il voulait le rencontrer pour lui demander conseil. J'ai proposé une rencontre entre eux et, un jour, David et moi sommes arrivés chez Emmanuel, à Pagu. Ils ont échangé leurs expériences et ont poursuivi peu après au musée, à l'occasion d'un atelier de poterie ancienne et contemporaine (.)
C'est vrai qu'il y a eu un renouveau de la sculpture, de la musique, des danses kanak, l'éclosion de la peinture kanak, mais pas encore de la poterie kanak. Cela va venir, je crois. Déjà, à Hienghène, les jeunes peuvent s'initier à cette technique. Il serait intéressant que des gens comme Emmanuel Naendoui participent à cette démarche.

05Observée et dessinée en 1898,
« chez les Ouébias »
Parmi les poteries anciennes exposées dans les vitrines du musée de Nouvelle-Calédonie, on peut voir une poterie « à figure » observée et dessinée par Jules Durand, exploitant d'une mine de cobalt à Wagap, au sud de Touho (côte Est), lors d'un périple effectué en 1898 entre Wagap et Ouénia. On retrouve ce croquis dans un texte intitulé « Chez les Ouébias », publié dans Le tour du monde .

Ruo,
un espace pour la parole et le dialogue
Lancée en 2001, l'émission Ruo poursuit sa programmation mensuelle sur Radio Djiido.

Alain Trupit, qui prépare et anime cette émission avec Emmanuel Kasarhérou, espère rendre cette émission de plus en plus interactive : « Ruo n'est pas un aboutissement, mais une recherche. Nous sommes là pour proposer et lancer la réflexion sur des sujets qui nous semblent de nature à interpeller la société kanak.

L'exemple des langues est le plus criant, mais il y en a beaucoup d'autres. C'est là où Ruo peut jouer un rôle utile en proposant un espace de parole et de dialogue avec la participation active des auditeurs. »

Paroles à lire
Voyage en poche
« Ce petit livre est un bon complément en format de poche à l'ouvrage publié à l'occasion de l'ouverture du Centre culturel Tjibaou (.)
Son format ne l'empêche pas de réunir un volume étonnant d'informations sur les étapes qui ont été franchies et ont permis l'avènement du Centre culturel Tjibaou et sur les éléments qui donnent son sens à ce lieu de culture kanak : la coutume, le nom, le contenu culturel (Chemin kanak, espace coutumier Mwakaa, cases et salles d'exposition, de documentation multimédia, de spectacle.).
Ce petit livre donne à découvrir et à s'instruire. Son format, son contenu et son prix (650 F CFP) en font un compagnon de visite à la fois pratique, généreux et peu coûteux. »
(Éditions Grain de Sable, collection « Voyage en poche »)

 

 

 

Au fil des expositions.
Au Centre Tjibaou
Le souffle de Ko NévâLe souffle de Ko Névâ
« Cette édition 2002, comme les précédentes, se caractérise aussi par le souci de « donner la parole » à des expressions diverses, sculpture sur bois, sculpture en terre, ouvres en terre et fibre, peinture, dessin, installations mixtes., et de faire participer des artistes de toute la Nouvelle-Calédonie. Pari tenu cette année encore, avec des ouvres très diverses, certaines profondément empreintes de tradition, voisinant avec des expressions résolument contemporaines, tandis que d'autres conjuguent les deux aspects. »
En photo, l'ouvre lauréate du Prix Ko Névâ 2002, « Les passeurs de message », de Joseph Kenal Poukiou. « Peaux, écailles, plumes.Corps magiques. »
A découvrir en salle Beretara, une sélection d'ouvres autour du thème de la représentation du corps chez les peuples du Pacifique.
 

Au musée de Nouvelle-Calédonie

     Peaux, écailles, plumes…Corps magiques…
« La nces, arcs et flèches de Mélanésie

08Lances, arcs et flèches de Mélanésie 



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