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Mwà Véé n°71-72 /

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Couve_MV_71-72En couverture, le visuel réalisé pour le Festival des arts mélanésiens(©Yellow Box)

Le dossier développé dans ce numéro : A partir du 4e Festival des arts mélanésiens qui s’est déroulé dans notre pays en septembre dernier, la revue Mwà Véé tente de porter un regard plus large sur cette région du monde qui englobe les îles Fidji, la Nouvelle-Calédonie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles Salomon et le Vanuatu.
Au-delà de l’aspect festif, que nous apprennent et que nous apportent les peuples premiers de ces pays ? La spécificité culturelle de la Mélanésie, l’identité mélanésienne, la situation et l’avenir des langues vernaculaires, les rapports entre la coutume et la culture, sont notamment abordés dans ce dossier par les différents intervenants. Une bibliographie de documents sur la Mélanésie, disponibles à la Médiathèque du centre culturel Tjibaou, complète ce dossier.
En supplément, un encart photos en couleurs permet de revivre quelques temps forts du festival au fil des huit aires coutumières et des onze communes qu’il a visitées durant son périple de douze jours, du nord au sud de la Grande terre et dans les îles Loyauté.

Prix du numéro : 700 FCFP - Vendu dans le commerce et à la boutique du centre culturel Tjibaou.
Retrouvez les anciens numéros de la revue en vente à la librairie Calédolivres. 

extraits…


… de l’éditorial

Le 4e Festival des arts mélanésiens qui s’est déroulé en septembre dernier en Nouvelle-Calédonie a permis de prendre conscience d’une évidence. Le Pays calédonien fait intrinsèquement partie d’un ensemble communautaire que l’on appelle la Mélanésie. Où commence et où s’arrête cette entité géographique et humaine ? Aux contours esquissés au XIXe siècle par le navigateur français Jules Dumont d’Urville, entre Polynésie, Micronésie, Mélanésie, pour tenter de se repérer dans ce vaste paysage océanien ? Aux frontières actuelles des cinq pays qui la composent, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles Salomon, le Vanuatu, les îles Fidji, la Nouvelle-Calédonie ? Ne résiderait-elle pas plutôt dans une histoire plus convexe, plus complexe aussi ? Sinon, comment expliquer que des gens séparés parfois par des milliers de kilomètres, et qui ne se sont jamais rencontrés auparavant, soient immédiatement capables en se côtoyant, comme lors de ce festival, de s’identifier comme Mélanésiens, sur la base des mêmes codes, un regard, une attitude, une façon de se déplacer dans l’espace ?

Les langues, qui n’ont pas de frontières, ont voyagé avec les premiers Mélanésiens, langues austronésiennes, langues papoues également dont on retrouve la trace jusqu’aux îles Salomon. Des liens commerciaux, coutumiers, familiaux se sont tissés au fil du temps. Certes, chacun de ces cinq pays a développé sa propre culture, sa propre vision du monde, mais dès lors que l’on examine les choses de plus près, l’on se rend compte que les similitudes sont aussi nombreuses que les différences. Les Mélanésiens partagent un fonds commun venu de très loin et peut-être beaucoup plus ancien que ne l’atteste l’état actuel des connaissances. Ils se retrouvent très bien autour de valeurs communes issues des origines alors que les distinguer au milieu des apports plus récents n’est pourtant pas chose facile. Au point que ces valeurs vacillent parfois sous l’influence du « modernisme » à l’image des systèmes coutumiers traditionnels ébranlés par la colonisation puis par la mondialisation.

Dans un autre registre, ce 4e Festival aura aussi permis de prendre la mesure de l’intérêt que portent les Calédoniens à l’expression artistique traditionnelle et contemporaine de ces peuples mélanésiens dont ils partagent après tout l’histoire récente. Les onze communes, de toutes sensibilités politiques, et les huit aires coutumières visitées par les festivaliers durant leur périple de douze jours leur ont réservé un accueil chaleureux après s’être investies à fond pour les recevoir dans les meilleures conditions. Les délégations des quatre « pays frères » de la Nouvelle-Calédonie ne sont pas près d’oublier l’attention affectueuse qu’on leur a prêtée d’un bout à l’autre de la Grande Terre et des îles Loyauté.
Par définition, un festival est avant tout une fête. Celle-ci s’est doublée cette fois d’un souci de réflexion sur deux points, d’une part, les relations entre la coutume et la culture, d’autre part, la situation des langues mélanésiennes, plus d’un millier au total, dont plusieurs dizaines, voire centaines, sont d’ores et déjà en position critique.
 

Mwà Véé (Gérard del Rio)

… des entretiens et articles

Photo_2« Réaffirmer que le retour à la tradition c’est un mythe et qu’aucun peuple ne l’a jamais vécu, c’est une évidence et il était bon qu’on le réaffirme ensemble. L’autre aspect intéressant dans le choix de cette phrase de Jean-Marie Tjibaou, c’est qu’il disait, lors du festival Mélanésia 2000, en 1975, que si nous, nous partageons une part d’humanité avec la société occidentale, il est difficile pour celle-ci de partager une part d’humanité avec la société kanak et les valeurs que celle-ci prône, parce qu’elle ne la connaît pas. D’où l’intérêt de réaffirmer à l’occasion du festival la place de la culture kanak et la place des autres cultures, de manière à ce que chacune apporte sa part et ses valeurs comme offrande à la construction du destin commun. »
Marie-Claude Tjibaou, présidente du festival, à propos du thème du festival : « Notre identité elle est devant nous ».


Photo_3« La définition actuelle de la Mélanésie remonte à Dumont d’Urville. Celui-ci avait tenté alors de donner une vision synthétique de l’espace géographique et humain que représente l’Océanie, très complexe à comprendre au XIXe siècle. Il avait choisi ce terme de Mélanésie pour désigner les « îles noires ». Cette vision très largement partagée et relayée aux XIXe et XXe siècles a commencé à être critiquée à la fin du XXe siècle par les anthropologues et les archéologues, qui ont remis en cause l’outil conceptuel avec lequel leurs prédécesseurs avaient travaillé durant deux siècles, en estimant que cette entité, telle que définie par Dumont d’Urville, ne remplissait plus sa fonction. »
Emmanuel Kasarhérou, directeur du festival.
« La coutume est l’élément fondamental qui s’est exprimé dans ce 4e Festival des arts mélanésiens. C’est à travers elle que l’ensemble des différentes manifestations et expressions qui se sont succédé durant deux semaines a pu s’exprimer au grand jour […]
Ce festival a contribué à resserrer les liens entre les pays de la Mélanésie et surtout à affirmer qui nous sommes, nous, Mélanésiens. Les pays insulaires de cette région du monde se trouvent aujourd’hui confrontés à la mondialisation, à la globalisation et à la standardisation des comportements, des habitudes, des pratiques alimentaires. Dans un tel contexte, cela fait du bien de se retrouver entre nous pour dire qui nous sommes, nous Kanak, et apporter notre part d’humanité en offrande à ceux qui sont nos voisins, mais également à l’ensemble des communautés qui habitent la Nouvelle-Calédonie à nos côtés. »
Emmanuel Tjibaou, chargé des relations coutumières dans le cadre du festival.


Photo_4« Il y a diverses manières de formuler la tradition mais l’esprit dans lequel la parole l’exprime est le même dans nos différents pays. Chacun de nous a sa manière d’expliquer la relation de l’homme à sa terre, de l’homme à lui-même et à l’invisible, et de l’homme à l’homme. La base de chacun et le lien entre nous, c’est la coutume […]
Quand on parle de coutume, on parle de relations entre nous et entre pays frères de la Mélanésie. C’est un devoir de partager non seulement les expériences, mais également les difficultés que peuvent rencontrer les uns ou les autres et, dans la mesure du possible, de leur apporter notre soutien et notre aide. »
Pascal Sihaze, grand chef du district du Wetr, sénateur coutumier de l’aire Drehu et président du Sénat coutumier de la Nouvelle-Calédonie.
 « Lors du festival, nous avons rencontré des frères qui viennent de pays mélanésiens indépendants et qui sont fiers de leur culture. Cela pose des questions sur notre rapport à notre propre culture, surtout de la part de nos jeunes qui ont tendance à aller vers tout ce qui est nouveau et s’écartent de notre culture. Ce que je souhaite, c’est que nous continuions à vivre totalement notre culture tout en intégrant tout ce que l’époque nous apporte en matière de nouveaux supports d’information et de communication. Ce n’est pas incompatible, comme on l’a vu lors du déroulement des festivités qui ont été ouvertes et qui ont été closes par la coutume. »
Auguste Poadja, grand chef du district de Poindah (Koné)


Photo_5« J’ai été effectivement surpris de voir des jeunes filles blanches se rouler sur la terre, mais en bien. J’ai trouvé cela très émouvant. Et je félicite ces jeunes danseurs et danseuses européens, capables de cette union avec notre terre. Ça ne me dérange pas du tout que les jeunes mêlent la danse traditionnelle et la danse moderne. Au contraire, cela montre que nous sommes capables d’aller de l’avant. Capables de laisser de côté les petits soucis d’hier pour aller vers la modernisation. Alors mélanger les danses, la musique, tous les arts, c’est bien et c’est beau. Et l’on voit que les autres pays mélanésiens font pareil. »
Jacob Wabealo, grand chef du district de Baco (Koné) à propos du spectacle d’ouverture du festival
« C’est Jean-Marie Tjibaou qui, en soulevant la question de notre identité, a fait en sorte que nous soyons fiers de ce que nous sommes, de le revendiquer haut et fort, ce qui nous a permis d’être reconnus. À une certaine époque, cette phrase n’était pas toujours bien comprise, mais désormais, l’on voit les avancées qu’elle a permises […] Il fallait laisser le temps aux gens de méditer cette parole qui est à la fois futuriste et profonde. Effectivement, notre identité est devant nous. Et il faut se baser sur les éléments du passé pour construire cette identité nouvelle, avec tous ceux qui vivent avec nous dans ce pays. C’est donc une pensée qui est vraiment d’actualité aujourd’hui. Et voir les pays de la Mélanésie rassemblés sous ce thème, qui émane d’ici, de Hienghène, c’était une fierté pour nous. »
Jean-Pierre Djawe, Président du comité relais du 4e Festival des arts mélanésiens à Hienghène à propos du thème du festival : « Notre identité, elle est devant nous ». 


Photo_6« J’espère que ce festival aura apporté des éléments de réflexion sur l’avenir, de façon à ce que notre jeunesse, qui a beaucoup participé à la préparation et au déroulement de l’ouverture du festival, puisse en tirer profit. Il faut que la population arrive à se rassembler sur des événements tels que celui-ci, qui expriment des valeurs communes que peuvent partager toutes les communautés du pays. Et qu’elle laisse de côté les divisions. Les enjeux pour la Nouvelle-Calédonie sont trop importants pour que l’on ne privilégie pas ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous oppose ou nous divise. »
Joseph Goromido, maire de Koné
 « Nous voulions vraiment accueillir le festival chez nous et je crois que nous avons fait le maximum pour que cet événement se déroule dans les meilleures conditions […] Si nous avions à rééditer une telle expérience du festival, nous repartirions sans hésiter. Et puis, ce festival s’est traduit en milieu kanak par une réactivation des associations de femmes qui font du tressage, qui interprètent des chants et des danses, et qui veulent continuer sur la lancée du festival […] De ce point de vue, le festival a été un déclencheur important. »
Annick Jore, adjointe à la culture de la municipalité de Bourail.

« À l’occasion du festival, nous avons vu, par exemple, émerger le groupe Nepora, composé de femmes très dynamiques […] et qui se sont beaucoup investies […] Autre exemple, le groupe de danseurs de Pothé qui s’est reformé à cette occasion. On n’avait plus l’habitude de les voir, et pour nous, Calédoniens, redécouvrir ces pratiques artistiques, qui nous touchent, qui sont aussi nos racines, c’est important. Cela nous a permis de nouer des contacts et de créer du lien entre Kanak et non-Kanak. »
Carole Darkis, responsable du service culturel de la ville de Bourail.
Photo_7« En œuvrant pour le festival, j’ai eu le sentiment d’évoluer dans une autre dimension, de travailler pour mon pays. Les coutumes que nous partagions et les encouragements que nous prodiguaient les gens pour aller jusqu’au bout de notre mission confirmaient cet impression de contribuer à la réussite d’un enjeu qui nous dépassait en tant que simples individus. Nous avions l’impression de contribuer à la construction de l’identité mélanésienne. »
Ashley Vindin, secrétaire général du comité d’organisation du festival.

« Lorsque l’on se retrouve ainsi entre nous, Mélanésiens, on se reconnaît et on communique spontanément au-delà des barrières de la langue. J’ai, par exemple, discuté avec des vieux des Salomon qui ont connu Jean-Marie Tjibaou à l’époque de la création du Groupe Fer de Lance et qui en parlaient avec beaucoup d’émotion. Je me suis rendu compte que les Mélanésiens n’en sont plus à se positionner les uns par rapport aux autres, mais à s’interroger sur leur place, tous ensemble, dans le monde. »
Sonia Togna, chargée de l’accueil des festivaliers au centre culturel Tjibaou.


Photo_8« Nos choix artistiques ont consisté à imaginer un festival réparti sur l’ensemble du pays, soit sur les huit aires coutumières kanak et sur onze communes en comptant Le Mont-Dore et Dumbéa qui ont accueilli une formule « mini-festival » durant une journée […] Toutes les communes sollicitées ont accepté notre proposition avec enthousiasme […] L’autre aspect fort de ce choix artistique a consisté à mélanger les délégations nationales […] C’est ainsi que nous avons constitué des pirogues avec un petit bout de chacun des pays. »
Guillaume Soulard, directeur artistique du festival.
« Je crois qu’il faut considérer ce spectacle comme une étape dont il va peut-être sortir des choses nouvelles. Par rapport à une société tellement déstructurante pour les hommes, les femmes, les enfants, nous avons besoin de temps forts comme ce festival pour nous retrouver et nous reconnaître, y compris dans nos différences culturelles. »
Anne-Sophie Arzul, metteur en scène du spectacle d'ouverture du festival.


Photo_9« Ce qui nous tenait à cœur, c’était de partir d’un mythe d’ici et de faire en sorte que chacun puisse se l’approprier. Tous ces visages, toutes ces couleurs qui composaient le spectacle montraient l’universalité de ce thème au niveau du pays tout entier. Que l’on soit de Nouméa, du Nord ou du Sud, ou encore des îles Loyauté, les questionnements sont les mêmes et, parmi eux celui-ci,  où va notre société ? »
Richard Digoué, chorégraphe du spectacle d'ouverture du festival.

« L’obscurité enveloppe les spectateurs qui retiennent leur souffle comme s’ils pressentaient un moment hors du commun, hors du temps.
Des feux follets jongleurs surgissent dans la pénombre. Des formes blanches indistinctes, presque fantomatiques, se meuvent lentement au sol. L’on a le sentiment d’assister à une naissance… »
Gérard del Rio, « Notes de spectacle »

Photo_10« Quai des arts, c’était une façon de réaffirmer que l’art possède une dimension universelle et intime à la fois, et qu’il représente une ouverture à la tolérance. Ce que l’on défendait dans cet espace, c’était que chaque artiste a ses convictions, sa propre façon de les exprimer, mais que l’ensemble des artistes réunis là était représentatif de ces principes universels de l’humanité. La phrase de Jean-Marie Tjibaou, « Notre identité elle est devant nous », nous rappelle aujourd’hui encore que l’on construit à partir des fondations existantes et que chacun est important, au même niveau de valeur, dans ce processus. »
Henri Gama, coordonnateur de « Quai des arts » dans le cadre du festival.



Photo_11Concerts de clôture « Mélanésia 2010 » au centre culturel Tjibaou
Alain Lecante décide de créer, au début des années 90, sa propre maison de production, Mangrove, dont le 20e anniversaire a coïncidé avec le 4e Festival des arts mélanésiens. À cette occasion, Mangrove a organisé les deux grands concerts de clôture du festival qui ont réuni autour des sept formations invitées près de 10 000 personnes au centre culturel Tjibaou.

 

Photo_12Espaces de réflexion dans le cadre du festival
Suite aux recommandations formulées lors de la précédente édition, les organisateurs du 4e Festival des arts mélanésiens ont innové en intégrant dans leur programmation deux espaces de réflexion respectivement consacrés aux thèmes « Coutume et culture et « Langues mélanésiennes ».
Le forum « Coutume et culture », qui a réuni des représentants coutumiers des cinq pays participants, s’est déroulé à Drueulu (Lifou) les 18 et 19 septembre 2010.
Organisé par l’Académie des langues kanak, en partenariat avec le Comité d’organisation du 4e Festival des arts mélanésiens, le symposium sur les langues mélanésiennes s’est déroulé au centre culturel Tjibaou, à Nouméa, les 21 et 22 septembre 2010.

Repères bibliographiques sur la Mélanésie
Ce dossier est complété par une bibliographie des documents disponibles en prêt ou en consultation auprès de la médiathèque du centre culturel Tjibaou.
Accéder directement au catalogue complet de la médiathèque :
http //www.adck.nc/mediatheque/departement




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