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Mwà Véé n°69 /

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Mwà vée n°69En couverture, l’artiste Florence Parawi revêtue d’une de ses créations, la robe mission d’avocate (©Thierry Fontaine)


extraits…



… de l’éditorial

Composition d’Anna Paini sur la robe mission. (©Anna Paini)« Après avoir traversé bien des époques et des vicissitudes, la robe mission est devenue une tenue pleinement assumée par les femmes kanak. Celles-ci la portent et en parlent avec bonheur. Elles sont heureuses de voir les femmes des autres communautés l’apprécier et, à l’occasion, l’adopter à leur tour.

Elles sont sensibles à l’intérêt que lui témoignent les établissements culturels, les responsables coutumiers, les institutions provinciales, mais également les chercheurs et les créateurs et au fait qu’ils lui consacrent des expositions ou des spectacles, comme au musée de Nouvelle-Calédonie ou au centre culturel Tjibaou, des rencontres annuelles, comme à Koné, des travaux universitaires, des publications2 et des conférences. Tour à tour imposée puis, dans les années soixante, interdite, avant d’être tolérée puis complètement admise, la robe mission est aujourd’hui bien plus qu’un simple vêtement.

Elle est à la fois un symbole, un exemple, un creuset de réflexion et une source d’inspiration. »
Mwà Véé (Gérard del Rio)

… des entretiens et articles

Anna Paini lors de sa conférence le 15 juin 2010 au centre culturel Tjibaou (© ADCK/g.del Rio) « J’ai toujours été intéressée par le fait de placer les travaux des femmes d’un point de vue ethno-historique, et, en même temps, par le fait d’adopter une démarche qui ne se place pas d’un point de vue émancipateur par rapport à un modèle, en général masculin et occidental.

Ce que je veux dire, c’est que je considère que les femmes peuvent choisir librement et que leur façon de faire, de s’habiller n’est pas que fonction d’une influence ou d’une contrainte extérieure (…)

Les femmes kanak se sont dernièrement approprié commercialement ce vêtement en prenant l’initiative de la création modiste en ce domaine. Ce n’est pas parce que l’on adopte des éléments extérieurs aux côtés de ceux que l’on utilise habituellement que l’on est pour autant passif. Sauf à dire, alors, que nous sommes tous des êtres passifs. »
Anna Paini, anthropologue, enseignante-chercheuse







Waimalo Wapotro (© ADCK/g.del Rio) « Je me souviens qu’enfant je portais des robes mission confectionnées par ma mère. Cela me semblait complètement naturel de porter ce vêtement. Plus tard, au collège Do Névâ, à Houaïlou, j’ai appris que l’on ne pouvait mettre cette robe dans l’établissement (…) C’est à cette époque que Billy (Wapotro) et ses camarades de classe se sont élevés contre le bannissement de la robe mission dans les établissements scolaires (…) Cette interdiction nous a ouvert les yeux. Notre robe s’est transformée en enjeu identitaire, puis en signe identitaire à partir du moment où nous avons retrouvé la liberté de la porter partout.
Waimalo Wapotro, militante associative

Des participantes des trois provinces se sont retrouvées à Koné à l’occasion de la Fête de la robe mission 2010 (© ADCK/g.del Rio) « Organisée par le service de la mission de la femme, la Fête de la robe mission réunit des femmes venues de l’ensemble du pays présenter leurs dernières créations, robes, mais aussi bijoux, décorations florales, artisanat, sans oublier les produits de beauté et la coiffure. L’édition 2010, qui s’est tenue du 24 au 26 juin dans la salle Au Pitiri à Koohné (Koné), a confirmé la vitalité de ce secteur d’activité en termes de créativité, d’emplois de proximité, de retombées économiques pour les femmes et leurs familles. Elle a également confirmé l’intérêt du public calédonien pour cette manifestation et son invitée vedette, la robe mission. »
GdR

Rose Naaoutchoué (© ADCK/g.del Rio) « La robe mission représente la femme kanak d’aujourd’hui. Mais l’on voit aussi de plus en plus de femmes d’autres ethnies la porter.

Que nos jeunes aient envie de s’habiller elles-aussi « à l’européenne », c’est compréhensible, cela ne me choque pas. »
Rose Naaoutchoué, couturière, de Ponérihouen

« De nos jours, la plupart des jeunes filles s’habillent « à l’européenne » et ne mettent la robe mission que pour la coutume. »
Keline Couiemoin, couturière, de Kouaoua












A dr. Keline Couiemoin, à g. Valérianne(© ADCK/g.del Rio) « C’est une question d’esthétique, mais elles commencent quand même à y revenir. La robe mission représente une valeur dans la société kanak, ce n’est pas une robe comme une autre. »
Valérianne, jeune femme de Kouaoua

Le musée de Nouvelle-Calédonie a mis en scène la robe mission une première fois en 2008 à l’occasion de la Nuit des musées, dans le cadre d’une exposition-spectacle intitulée Popinée.

Il l’a mise une nouvelle fois à l’honneur en mai dernier lors de l’édition 2010 de ce rendez-vous annuel.













Solange Néaoutyine (© ADCK/g.del Rio) « Notre idée consistait à donner vie à des objets, dans ce cas, des robes mission, dans le cadre du musée, comme nous l’avions fait quelques années auparavant à l’occasion de la journée de la gratuité des musées.

Nous avions alors fait intervenir les danseurs et danseuses de Richard en nocturne pour « dialoguer » avec les œuvres kanak anciennes exposées dans les salles. À travers ces expériences, nous cherchons en quelque sorte à nourrir et à enrichir les collections muséales avec des expressions artistiques contemporaines. »
Marie-Solange Néaoutyine, conservatrice du musée de Nouvelle-Calédonie

Eseka Kai (© ADCK/g.del Rio) « Je suis très heureuse d’avoir donné cette orientation professionnelle à ma vie. Ce métier m’apprend beaucoup de choses et permet de faire de belles rencontres avec d’autres couturières, comme à Koné. Lorsque je couds, j’ai l’impression de partager un plaisir avec les femmes qui vont porter mes robes. Je me sens utile. J’encourage les jeunes à se mettre à la couture, c’est un beau métier dans lequel elles peuvent s’épanouir et qui offre des perspectives. »
Eseka Kai, couturière, de Lifou

Défilé d’élèves du Lycée Petro Attiti à l’occasion du vernissage de l’exposition consacrée à la robe mission au centre culturel Tjibaou (© ADCK/g.del Rio) En 2009, Lucile Genestoux, professeur d’arts appliqués au lycée Petro-Attiti a encadré, avec quatre de ses collègues, un projet artistique et culturel sur le thème « Robe mission. Mission élégance ».

« Notre idée était d’amener les élèves à porter un regard novateur sur la robe mission et à l’exprimer dans le cadre d’une application concrète.

Nous voulions aussi que, dans un lycée du bâtiment où le public est, dans sa grande majorité, masculin, les filles soient davantage valorisées et s’affirment en tant que femmes et surtout en tant que professionnelles. »
Lucile Genestoux

L’exposition « Robes mission, un art de la rue ? » au centre culturel Tjibaou

Mission accomplie

« Mission accomplie, en effet, pour les neuf artistes qui ont façonné cette exposition collective d’art contemporain dédiée à la robe mission. Leurs compositions confèrent à ce vêtement usuel une dimension hors du commun où se rejoignent son origine, son histoire, son évolution, son émancipation, son caractère libertaire et désormais identitaire, sans éluder les contradictions que les femmes ont eu à surmonter pour passer de l’imposition de la robe mission à son appropriation. »
GdR

Les artistes de l’exposition


Entrée de l’exposition : « Robes mission, un art de la rue ? » (© ADCK/g.del Rio) « L’idée était de réunir (…) différentes formes d’expression, de la sculpture sur bois à la vidéo, en passant par la peinture, la couture, la photographie, l’installation. Au départ, j’avais imaginé une exposition conçue à partir de photographies illustrant la gestation des œuvres. À l’arrivée, j’ai compris qu’il fallait aussi montrer le résultat concret de ce travail de création à la fois individuel et collectif. »


« A priori, la robe mission ne me parlait pas plus que cela, au-delà de son aspect visuel, de ce panel de couleurs et de formes, et j’étais un peu déroutée à l’idée de m’exprimer plastiquement à partir d’un tel support. J’ai donc préféré l’aborder d’un point de vue distinct de la tradition, plutôt comme l’un des effets de la rencontre entre les peuples que comme un avatar de l’histoire coloniale et religieuse. »


« En fait, je réfléchissais depuis 2003 à une création autour de la robe mission et de l’histoire qui va avec. J’ai abordé ce sujet pour la première fois en 2004, sous la forme d’un essai chorégraphique, dans le cadre du festival Femmes Funk au centre culturel Tjibaou. Puis le projet a pris corps en 2008, avec le spectacle Popinée présenté au musée dans le cadre d’une exposition sur le thème de la robe mission (…)
Mon regard sur ce vêtement est aujourd’hui complètement différent. Entre-temps, il y a eu « Mélanésia 2000 » et j’ai encore en tête les femmes revêtues de cette robe mission qu’elles sublimaient. »


« Outre l’approche du sujet, ce qui m’a plu dans ce projet, c’est le principe du travail en résidence. Durant celle-ci, Thierry Fontaine nous a orientés tout en nous laissant une grande latitude créatrice. Je lui ai soumis mon idée, qui reposait sur la danse, expression du mouvement, comme le cinéma, dont je suis un fan. J’ai choisi une danse kanak issue du hip-hop, sur laquelle Richard Digoué avait déjà travaillé pour un spectacle. Je lui ai proposé de l’adapter pour le film vidéo que j’avais en tête pour l’exposition. »


« Je trouve très intéressant que cette exposition dédiée à la robe mission ait été imaginée par un homme, Thierry Fontaine, et qu’elle réunisse des artistes femmes et hommes. J’espère qu’il sortira un brassage d’idées autour de cette robe et de sa perception par les femmes en fonction de leur génération. »


« Ce qui m’avait intriguée en débarquant dans ce pays, c’est que ce vêtement apparaissait comme uniforme, en même temps qu’il était le contraire de l’uniformité avec sa variété infinie de couleurs et de motifs. Au-delà de cette première impression, ce qui est frappant, c’est de voir à quel point ce vêtement se démarque, par sa stabilité dans le temps, des variations de la mode européenne. Ce qui n’empêche pas les femmes de le faire évoluer en fonction de leur état d’esprit. »


Stéphanie Wamytan explique que l’installation conçue pour cette exposition au centre Tjibaou, « La cueillette ou objets stressés », représente un challenge supplémentaire dans sa démarche artistique. Une occasion de rompre une nouvelle fois avec le formatage de l’habit et des codes que cela implique. Sa façon à elle d’appliquer l’une de ses lignes de conduite artistiques : « S’inspirer du traditionnel, se nourrir de ce traditionalisme et le réactualiser. »

Trois autres artistes participent également à l’exposition « Robes mission : un art de la rue ? » :
  • Fly (Eric Mouchonnière), qui présente une robe natte et un panel de robes « aérographiées » ;
  • Armand Goroboredjo, qui a habillé deux sculptures de robes mission ;
  • Jean-Paul Drilë Passil, qui fait « parler » ses robes.

Visite hors mission de l’exposition

« Robes mission, un art de la rue ? » La ponctuation laisse du champ à l’interrogation tant il est vrai que ces robes ne sont pas confinées en tribu, en « milieu kanak ». On les côtoie tous les jours, en brousse comme en ville, dans les Îles comme sur la Grande Terre. Il fallait un regard d’artiste comme celui de Thierry Fontaine pour nous en faire prendre pleinement conscience, un projet comme celui-ci pour apporter une reconnaissance artistique à ces œuvres habitées, au sens propre comme au sens figuré, qui incarnent une part vitale de ce pays. Il fallait un collectif d’artistes sans complexes pour donner une vraie consistance à ce projet. »
GdR


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