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Mwà Véé n°73 /

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En couverture, le visuel réalisé pour le Island Riff Sound Festival (© Alinéa)

Le dossier développé dans ce numéro : Dans ce numéro, la revue culturelle kanak Mwà Véé, publiée par l’ADCK - centre culturel Tjibaou, explore l’univers musical contemporain de la Nouvelle-Calédonie. Tout au long de ce parcours musical, Mwà Véé a questionné des acteurs de terrain, artistes musiciens, formateurs, programmateurs, diffuseurs… pour tenter de cerner les contours de la création musicale actuelle et entrevoir ses perspectives.

Ce numéro est assorti d’un encart couleur consacré à l’Island Riff Sound Festival qui a réuni 14 groupes de la région Pacifique, en juin dernier, au centre culturel Tjibaou.

Il s’accompagne également d’une bibliographie-discographie-vidéographie des albums et autres documents sur la musique disponibles au centre. Il présente par ailleurs les expositions, projections et conférences proposées par cet établissement culturel.

Prix du numéro : 700 FCFP - Vendu dans le commerce et à la boutique du centre culturel Tjibaou.
Retrouvez les anciens numéros de la revue en vente à la librairie Calédolivres. 

Extraits…

… de l’éditorial

Terre de partage musical
« De la même manière qu’en novembre 2010 le festival Waan danse avait été prétexte pour Mwà Véé à une introspection de la danse contemporaine en Nouvelle-Calédonie, l’Island Riff Sound Festival qui s’est déroulé en juin dernier nous a fourni l’occasion de revisiter l’univers de la création musicale et de sa diffusion (…)
Cinq ans après avoir salué le vingtième anniversaire de la naissance du kaneka (in Mwà Véé n° 53), le paysage musical calédonien nous est apparu sous un jour nouveau (…)
Aujourd’hui, le paysage musical calédonien apparaît comme un vivier duquel sont susceptibles d’émerger des têtes d’affiche au niveau régional et, pourquoi pas, national et international (…)
Il reste maintenant à étayer cette floraison musicale par une véritable reconnaissance sociale, autrement dit par un statut. Une mission d’évaluation portant sur la création d’un statut des intermittents du secteur de la culture en Nouvelle Calédonie a été confiée en ce sens à un expert par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Sans préjuger des conclusions de cette étude et de ses prolongements concrets, relevons qu’elle représente déjà une marque d’intérêt certaine pour les créateurs, dont les artistes musiciens, de la part des institutions de ce pays. Premier pas vers la reconnaissance somme toute logique d’un secteur d’activité qui ne se limite pas au simple divertissement des foules, mais contribue grandement à leur cohésion sociale, en même temps qu’à l’économie du pays. »
Mwà Véé (Gérard del Rio)

… des entretiens

« Sur la scène internationale de la world music, la musique océanienne est la dernière à se faire connaître, mais ça commence. Il faut que votre musique soit le reflet de l’identité de votre pays. Le kaneka fait partie de votre univers musical et de votre identité. C’est donc une musique importante dans votre pays et pour votre pays ».
Seth Jordan (journaliste musicologue australien) lors du débat sur le paysage musical calédonien organisé dans le cadre de l’Island Riff Sound Festival au centre culturel Tjibaou les 4 et 5 juin 2011

« Progresser dans ce métier, cela passe par l’envie et la volonté, mais aussi par la prise en compte de la réalité, par la formation (…)
L’univers musical calédonien est riche. Il représente un large panel. Il est dominé par le kaneka et le reggae. Le kaneka mérite d’être exporté et connu hors des frontières, il est comme un nouveau son des musiques du monde. Cela dit, d’autres styles s’imposent très bien aussi. »
Tyssia (musicienne)

« L’expérience de la scène est irremplaçable, à mon sens. Pour avancer, il faut absolument monter sur un plateau et jouer en live. C’est ainsi que les impros s’affinent, s’ajustent bien entre elles, que l’on perfectionne sa présence scénique et que l’on ressent vraiment le feeling avec le public (…)
De la même manière que les groupes se métissent de plus en plus, à la fois musicalement et humainement, je crois que le mélange des publics va se faire. Nous sommes encore à la recherche de notre identité musicale, entre kaneka, reggae, jazzy, électro… Je suis convaincue que si nous parvenons à affiner un concept musical calédonien à partir de ces bases, nous nous ouvrirons des perspectives intéressantes tant ici qu’à l’extérieur. »
Élisa Pulpito (musicienne)

« Entre mon premier séjour en Nouvelle-Calédonie et aujourd’hui, le changement est radical (…)
Depuis mon retour, je découvre tout plein d’avancées, des jeunes plus décomplexés, une société moins sclérosée. La jeunesse kanak s’ouvre de plus en plus, tout en cultivant ses racines traditionnelles. Les clivages sont moins marqués qu’auparavant, les artistes se rencontrent, partagent, forment une vraie communauté ouverte. »
Franck Bourasseau (musicien)

« S’exporter, c’est avant tout savoir se manager (…)
Il s’agit de présenter une image professionnelle de soi si l’on veut être remarqué et contacté. Plutôt que de tout attendre des institutions et d’un statut d’artiste, je crois qu’il vaut mieux s’inspirer de l’adage « aide-toi et le ciel t’aidera » (…)
C’est en bougeant que l’on peut rencontrer des producteurs ou des programmateurs qui, à leur tour, vous mettent en contact avec d’autres professionnels de la musique et vous font ainsi progresser. »
Ronny Pelage et Julien Pouillet (musiciens)

« Aujourd’hui on assiste à un vrai boom de la musique locale, y compris dans le kaneka qui fusionne depuis longtemps déjà avec la soul et le jazz dans les Îles et avec le reggae sur la Grande Terre, et qui continue à évoluer (…)
Je crois que beaucoup de choses ont été faites en termes de structures de diffusion et d’aides aux projets. Ce qu’il manque aujourd’hui, ce sont des aides incitatives à la pratique musicale et des salles de répétition (…)
La musique comme la culture en général sont des moyens d’expression fédérateurs. Il y a une vraie demande d’expression et de reconnaissance chez les jeunes. »
Rémy Villemain-Goyetche (musicien)

« Je trouve que le paysage musical a considérablement changé au cours de ces cinq dernières années. Aujourd’hui, sans qu’il ait perdu de son caractère, le kaneka intègre des bases électro au côté du cap1. Des instruments nouveaux font leur apparition, les cuivres notamment, ou encore le didjeridoo aborigène. Le kaneka vit une période d’ouverture, tout comme la jeune génération s’ouvre de plus en plus au monde à travers les médias nouveaux comme Internet. Pour moi, c’est un bien que les jeunes se fédèrent autour de la culture qui est elle-même source de lien social. »
Stéphane Urbanczyk dit Solune (DJ et éditeur de musique)

« En ce qui concerne la musique, il y a les mêmes problèmes de formation et d’éducation que dans les autres secteurs de la société calédonienne. L’activité musicale est un loisir pour une population parfois profondément désœuvrée qui occupe une grande partie de son temps à l’écoute et à la pratique d’un instrument ou du chant (…)
S’exporter, sortir de Nouvelle-Calédonie est devenu un leitmotiv pour certains. Cette aspiration est légitime, mais soulève la question suivante : sortir, mais pour dire quoi et à qui ? »
Marie-France Auguet (Festival Femmes Funk)

« Le succès d’un festival repose tout d’abord sur la capacité à mobiliser des énergies autour du projet et à lui donner du sens. L’Island Riff Sound Festival a réussi à fédérer autour de lui de nombreuses ressources humaines, qu’il s’agisse d’artistes, d’associations, d’organismes ou même d’individualités, qui, à un moment donné, se sont littéralement approprié le projet, le faisant leur. C’est à ce moment-là que le concept du festival a pris tout son sens (…)
Ce genre de projet, s’il se pérennise dans le temps et à condition de continuer à lui donner du sens, peut participer à l’évolution des mentalités. »
Nadège Lagneau (ADCK-centre culturel Tjibaou)

« Le paysage musical est en train d’évoluer en affirmant sa couleur locale. Il faut persévérer dans cette voie. Par rapport aux débuts, un chemin considérable a été accompli quand on voit qu’une grande partie de la population calédonienne s’est approprié le kaneka (…)
Il faut continuer à travailler sur l’apport des langues kanak dans la musique locale, un peu à la manière du créole dans la musique réunionnaise ou antillaise. Il est important de travailler la musicalité de la langue, de la rendre plus accessible au grand public. J’ajouterais que l’évolution du kaneka doit venir des mélodies, de l’orchestration mais également des textes. »
Jean-Guy Poaraoupoepoe (ADCK-centre culturel Tjibaou)

« [Les maisons de musique] sont toutes encadrées par des animateurs formés. Elles remplissent également une mission d’action socioculturelle au cœur de leurs quartiers respectifs. Dans ce domaine, nous travaillons en lien avec le service « vie des quartiers » de la ville de Nouméa (…)
La pratique musicale amateur représente, en Nouvelle-Calédonie, un créneau très important, qui regroupe un grand nombre de musiciens (…)
Au plus fort de la fréquentation, jusqu’à 250 groupes sont passés en cours d’année par les maisons de musique. »
Laurent Darbon (dispositif musiques actuelles de Nouméa)

« Nous appartenons à une génération qui était encore adolescente au moment des Événements de 1984. Depuis, nous avons vécu la signature des accords de Matignon et de Nouméa. Nous avons pris conscience que nous avions tous un rôle à jouer dans la construction du pays. Nous avons choisi de participer à ce devenir par notre musique, en restant à l’écoute de la société. »
Christophe Ventoume (Café musiques le Mouv’)

« Sur le plan des musiques traditionnelles, nous ne sommes plus dans la figuration comme au tout début, mais réellement dans l’action sur le terrain. C’est ainsi, par exemple, que nous travaillons avec les institutions sur des projets de musiques en langues vernaculaires et d’édition de supports des comptines en région ajië. »
Georgy Touyada, Austien Junior Touyada et Alain Guarese (AFMI et ADACA)

« L’export passe par une certaine maturité musicale qui doit répondre à plusieurs critères : la créativité musicale, la qualité de l’interprétation, la présence sur scène. Ce qui suppose de posséder déjà une certaine expérience des concerts et du public. Le passage sur scène constitue une étape importante, à la fois révélatrice et formatrice, pour un artiste. La qualité de sa prestation va dépendre de sa créativité musicale, de son originalité, de sa spécificité et de son interprétation en live. Ce qui implique une vraie préparation. »
Jean-Marc Ventoume (Poemart)

« Pour se faire connaître à l’extérieur de son pays, un artiste a besoin aujourd’hui d’être épaulé par un environnement professionnalisé qui passe par la formation, la promotion, à travers les salons notamment, la communication et le management. Ce sont désormais des outils indispensables pour faire carrière à l’international. Je suis optimiste parce que j’ai trouvé ici, en Nouvelle-Calédonie, des artistes motivés et des structures dynamiques comme l’ADCK-CCT, la Sacenc, le Poemart, mais aussi des maisons de production, qui s’investissent réellement à leurs côtés. »
Brahim El Mazned (directeur artistique et formateur)

« L’on est passé de l’image de l’artiste musicien caricaturé en saltimbanque à l’image de l’artiste musicien acteur culturel mais également économique, qui crée, sort des albums et des clips vidéo, se produit sur scène, perçoit des droits, paie des impôts, réinvestit tout ou partie de ses gains en matériel, en instruments ou en déplacements pour jouer et qui, en définitive, est celui qui constitue la matière première de la programmation des structures culturelles et de toute une chaîne économique. »
Évariste Wayaridri (Sacenc)


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