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Mwà Véé n°74-75 /

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Depuis le 1er janvier 2012, l’Agence de développement de la culture kanak et le centre culturel Tjibaou qui lui est associé ne relèvent plus de la tutelle de l’Etat, mais de celle, exclusive, de la Nouvelle-Calédonie1. A l’occasion de ce transfert de compétence, Mwà Véé revient dans ce numéro spécial sur près de 40 ans d’expression culturelle kanak contemporaine en lien avec la culture traditionnelle. La création de l’ADCK, en 1989, puis l’ouverture du CCT en 1998 ont contribué à dynamiser le paysage culturel calédonien.

Ce dossier s’ouvre par un rappel des dates clés du renouveau culturel et artistique kanak à partir du festival Mélanésia 2000, en 1975. Il revient ensuite sur la genèse du centre culturel Tjibaou entre juin 1988, date de la demande formulée par Jean-Marie Tjibaou et mai 1998, date de l’inauguration du Centre. Cette présentation est complétée par un résumé des actions menées par l’ADCK-CCT entre 1998 et 2012 et par une série d’entretiens avec des personnalités qui occupent ou ont occupé des responsabilités au sein de l’ADCK-CCT, avec des militants politiques et syndicaux et avec des représentants du Sénat coutumier.

Ce dossier s’achève par une rétrospective de la programmation annuelle de l’ADCK, puis de l’ADCK-CCT de 1989 à 2012, assortie d’un encart en couleurs.

1. Décret ministériel n° 2011-1588 du 18 novembre 2011 portant transfert de l’Agence de développement de la culture kanak à la Nouvelle-Calédonie.

Sommaire

Éditorial

1975-2012 : Près de 40 ans de renouveau culturel et artistique kanak

1988-1998 : Genèse d’un centre culturel kanak à Nouméa

1998-2012 : 14 ans de création et de diffusion culturelles

2012 : Des pistes de réflexion pour l’avenir

Marie-Claude Tjibaou : Présidente de l’ADCK depuis sa création et de l’ADCK-centre culturel Tjibaou depuis 1998. Membre du Conseil économique et social à Paris.

Octave Togna : Sénateur coutumier, membre du Conseil économique et social de la Nouvelle-Calédonie.

Jean-Pierre Deteix : Secrétaire général de l’ADCK durant treize ans

Emmanuel Tjibaou : Directeur de l’ADCK-centre culturel Tjibaou

Augustin Cidopua : Militant culturel kanak depuis 1982, pionnier de l’audiovisuel au sein du premier office culturel kanak, puis de l’ADCK 28

Linda Julia : Membre de l’équipe de l’ADCK depuis 1990

Roger Boulay : Anthropologue, muséographe

Paul Vakie et Luc Wema : Sénateurs coutumiers

Louis Kotra Uregèï : Leader syndicaliste et politique, pilote du premier projet d’un centre culturel kanak à Nouméa.

Reflet de l’activité de l’ADCK depuis sa création en 1989

Extraits…

de l’éditorial…

40 ans de culture kanak au présent

L’émergence de l’ADCK, en 1989, et la naissance du centre culturel Tjibaou, en 1998, ont constitué l’un des rouages essentiels de l’apprentissage du « vivre ensemble ». Dotée d’un moyen d’expression à la hauteur de ses missions, l’Agence a créé une alchimie entre la culture première de ce pays et les cultures qui sont venues l’entourer au fil du temps et de l’histoire. Son apparition dans le paysage culturel calédonien a littéralement dynamisé celui-ci. Il suffit pour s’en convaincre de lister les organismes et équipements qui ont vu le jour dans son sillage, de revisiter la programmation de leurs saisons culturelles, de dénombrer les rendez-vous artistiques qui rythment le calendrier annuel de la culture calédonienne, de se mettre à l’écoute de la créativité et de la liberté d’expression des artistes calédoniens. Ce qui ne signifie pas que l’Agence et le Centre soient à l’origine de l’ensemble de la vie culturelle du pays, loin s’en faut, mais tout simplement que l’une et l’autre ont fortement contribué depuis leur création à la « mise en confiance culturelle », concept qui s’oppose avec bonheur à la « crise de confiance culturelle », laquelle menace toute société en recherche d’elle-même (…)
À l’orée de cette nouvelle ère pour l’Agence de développement de la culture kanak et du centre culturel Tjibaou, la revue Mwà Véé s’est fait un devoir de restituer à ses lecteurs la mémoire d’une histoire culturelle qui plonge ses racines dans l’aube du peuple kanak et qui, à partir de 1975, a donné, grâce à la bienveillance de Téa Kanaké, l’ancêtre fondateur, des fruits d’une saveur nouvelle, celle d’une culture kanak de son temps, bien vivante et capable de partager la scène avec les plus grands. »
Mwà Véé (Gérard del Rio)

… des entretiens

« Notre objectif a toujours été de tirer vers le haut pour porter notre culture. Le travail de collecte nourrit la réflexion, contribue à réunir des matériaux pédagogiques. L’ADCK et le CCT ont fait que la culture kanak se retrouve au centre du dispositif comme l’a acté en 1998 l’Accord de Nouméa.
Aujourd’hui, tout en continuant à vivre notre culture au quotidien, nous la diffusons par le biais des nouvelles technologies (…)
Notre travail repose sur des données matérielles et sur un savoir-faire qui requiert un vrai professionnalisme, mais en même temps nous ne pouvons nous comporter en simples techniciens de la culture. Nous manions une matière vivante, sensible, qui possède une âme. Cela nécessite un véritable investissement de la part de chacun, quels que soient le poste et les responsabilités qu’il occupe au sein de la maison. »
Marie-Claude Tjibaou, conseillère économique et sociale, présidente de l’ADCK-centre culturel Tjibaou

 

« Il ne s’agit pas, à mon sens, de se confiner dans l’expression de la culture kanak vivante. Le CCT peut devenir un grand centre de résidences artistiques pour les pays du Pacifique, sur lesquelles il pourrait s’appuyer pour mener son travail de création. (…) Le CCT ne peut pas être qu’un simple lieu de diffusion. Il doit être un centre de réflexion sur les formes actuelles de création et celles du futur. Il doit aussi conserver, ou retrouver, une vraie dimension internationale. C’est ce qui préservera sa spécificité. »
Octave Togna, sénateur coutumier, conseilleur économique et social, ancien directeur de l’ADCK-CCT

 

« Si l’on considère maintenant la résonance du CCT dans la société calédonienne, je dirais que ce lieu contribue à façonner l’imaginaire collectif, les schémas mentaux. Beaucoup de gens connaissent le CCT de renom, sans l’avoir jamais visité, soit qu’ils n’en aient pas encore eu l’occasion, soit qu’ils s’y soient refusés jusqu’à présent pour des raisons qui les regardent. Même si tous les Calédoniens n’approuvent pas, ou connaissent mal, l’ADCK et le CCT, ils les intègrent malgré tout dans leur imaginaire et beaucoup sont fiers de
cette réalisation [le CCT] qui renvoie une image valorisante de leur pays (…) Le CCT a été conçu sur l’idée, émise en 1985 par Jean-Marie Tjibaou, « notre identité, elle est devant nous ». De la même manière qu’aujourd’hui la citoyenneté calédonienne est devant nous, socle pour la construction d’une identité plurielle. Ce lieu, le CCT, est un symbole fort de la terre kanak, du pays. Il est un outil identitaire qui nourrit cette citoyenneté du pays, créatrice du double lien indéfectible entre chacun et la terre et entre concitoyens. »
Jean-Pierre Deteix, secrétaire général de l’ADCK durant treize ans

 

L’ADCK constitue l’un des éléments qui incarnent notre manière de concevoir notre développement. La responsabilité qui nous incombe aujourd’hui, c’est de raisonner les éléments de cette culture que nous collectons pour nos enfants et de les réfracter. L’enjeu pour nous, comme pour les autres communautés du pays, c’est notre capacité à appréhender ou non nos cultures autrement que sous leurs formes traditionnelles. L’enjeu ne se limite pas à la culture kanak. Le fait de poser la question identitaire renvoie à la même recherche de critères et de définition, que l’on soit d’origine
kanak, européenne, javanaise ou indonésienne, wallisienne, futunienne, vietnamienne, japonaise… (…)
Au centre culturel Tjibaou, nous sommes là pour accueillir et prendre en compte ce besoin incontournable d’adaptation au monde actuel en le transposant sur le plan culturel et sur le plan artistique. Ce qui signifie que nous devons en permanence être capables de donner du sens à ce que nous entreprenons. »
Emmanuel Tjibaou, directeur de l’ADCK-centre culturel Tjibaou

 

« J’ai toujours eu foi en Jean-Marie Tjibaou et je savais que l’on arriverait un jour à quelque chose de bien, pour incarner notre culture au présent, mais je n’aurais jamais imaginé que nous aboutirions à une telle réalisation qui, par son architecture et son contenu culturel, attirerait de partout dans le monde des gens désireux de connaître notre culture. (…)
Le travail que nous avons effectué durant toutes ces années nous permet de disposer aujourd’hui d’un « fonds mémoire ».
Augustin Cidopua, pionnier de l’audiovisuel au sein du premier office culturel kanak, puis de l’ADCK

 

« Quand on repense au chemin parcouru depuis Mélanésia 2000, à l’énergie qu’il a fallu déployer pour structurer l’ADCK, puis piloter le projet du centre culturel Tjibaou, on se dit que Marie-Claude Tjibaou et Octave Togna se sont vraiment battus pour faire avancer les choses, y compris sur le terrain coutumier, qui n’était pas le plus facile. Ils étaient souvent sur les routes pour rencontrer les gens et les convaincre. À l’époque de la gestation du Centre, il y avait tellement de problèmes à régler en même temps qu’il nous arrivait de travailler jour et nuit. »
Linda Julia, membre de l’équipe de l’ADCK depuis 1990

 

L’ADCK-CCT relève pour nous avant tout de la coutume. C’est la coutume qui a posé le Centre et c’est d’elle que celui-ci tire sa légitimité vis-à-vis du peuple kanak. Il est donc normal que nous nous préoccupions de ce que va devenir cette institution après son transfert au pays et que nous nous positionnions comme garants de son intégrité. En tant qu’institution coutumière représentant le peuple kanak, nous nous devons de la protéger. L’objectif premier de l’ADCK et du CCT, c’est la culture kanak et il faut que cet objectif soit maintenu (…)
Quand on pénètre dans le CCT, il y a d’abord une pensée pour Jean-Marie Tjibaou. L’on se sent chez nous dans ce lieu, surtout quand on arrive par l’aire coutumière Mwakaa avec ses trois cases traditionnelles, celle du Sud, celle du Nord et celle des Îles. »
Paul Vakie et Luc Wema, sénateurs coutumiers

 

« Je n’ai pas d’appréhension par rapport à ce transfert de compétence ou par rapport à celui de l’ADRAF. Ce qui s’est passé pour l’OCSTC, l’Office foncier, le bureau des langues vernaculaires, qui ont tous été décapités à un moment donné avant de renaître sous d’autres formes, est derrière nous. Entretemps, les choses ont évolué, les accords de Matignon-Oudinot puis l’accord de Nouméa ont acté des acquis qu’il paraît difficile, voire inconcevable, de remettre en question. Je ne vois pas qui porterait demain la responsabilité de ce genre
de décision. Le transfert de l’ADCK-CCT ne posera à mon avis aucun problème politique. Il sera acté par une loi du pays. À nous de veiller à sa bonne application. »
Louis Kotra Uregeï, leader syndicaliste et politique, pilote du premier projet d’un centre culturel kanak à Nouméa


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