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Mwà Véé n°77 /

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Le dossier : Archéologie et mémoire kanak

Quelle contribution l’archéologie apporte-t-elle à la connaissance de l’histoire calédonienne et, en particulier, à la compréhension de l’histoire du peuple kanak depuis son arrivée dans cet archipel voici trois millénaires ? Cette question, longtemps éludée, la revue Mwà Véé l’a soumise à l’appréciation de l’équipe archéologique qui, depuis plus de vingt ans, d’abord au sein du département archéologie rattaché au service des Musées et du patrimoine, et depuis 2009, dans le cadre de l’Institut d’archéologie de la Nouvelle-Calédonie et du Pacifique (IANCP) travaille à lui apporter des réponses scientifiques. Le résultat de ses recherches constitue non seulement un matériau précieux pour étudier le passé mais également une base de réflexion pour appréhender l’avenir du pays selon des critères objectifs, ancrés dans la terre.

Ce dossier est assorti de repères sur l’historique de la recherche archéologique en Nouvelle-Calédonie, sur la création et les missions de l’Institut d’archéologie de la Nouvelle-Calédonie (IANCP), de pages photos illustrant le travail des archéologues dans les Îles et sur la Grande Terre, et d’une bibliographie des ouvrages publiés par l’IANCP et des documents relatifs à l’archéologie disponibles à la Médiathèque de l’ADCK-centre culturel Tjibaou.

A lire également :
  • Le programme trimestriel de l’ADCK-centre culturel Tjibaou : spectacles, expositions, conférences, projections, animations jeune public…
  • Une présentation des albums jeunesse publiés par l’ADCK-centre culturel Tjibaou à l’occasion de la sortie du tout dernier-né de cette collection, Nyûwâxë, l’igname amère, en coédition avec Vale Nouvelle-Calédonie, présenté par Fabrice Wacalie, jeune linguiste kanak.
Sommaire

Éditorial : L'archéologie au rendez-vous de l'histoire

Dossier :

Entretiens avec…
  • Christophe Sand
  • André-John Ouetcho
  • Bienela Houmbouy
  • Jacques Bolé
Repère : Près de 70 ans de recherche archéologique

Entretien avec…
  • Yves Béalo Gony
Repère : L’exemple de Deva

Entretiens avec…
  • Stéphanie Domergue
  • Louis Lagarde
  • Jean-Marie Wadrawane
Bibliographie :
  • Les publications de l’IANCP
  • L’archéologie à la médiathèque de l’ADCK-centre culturel Tjibaou

Mwà Véé magazine :

  • Paul Wamo
  • Les rendez-vous de Ngan Jila
  • La collection jeunesse de l’ADCK-centre culturel Tjibaou

Extraits…

de l’éditorial…

L’archéologie au rendez-vous de l’histoire
« Nous nous sommes plus particulièrement intéressés, dans ce dossier consacré à l’archéologie, au rapport entre cette discipline scientifique et l’histoire kanak. Pour autant, la recherche archéologique couvre un champ beaucoup plus large, englobant toutes les périodes et les composantes de l’histoire calédonienne.

Science axée sur l’analyse des traces du passé, l’archéologie apparaît, dans un pays tel que la Nouvelle-Calédonie, comme l’un des moteurs de son devenir, par sa capacité à apporter des éléments permettant à ce dernier de se fonder sur des assises concrètes et attestées, plutôt que sur des suppositions, des interprétations ou des poncifs tenaces. A contrario, l’on observe que ses découvertes et ses analyses recoupent régulièrement la mémoire historique kanak transmise oralement au fil du temps tout en contribuant à la cadrer dans un contexte plus précis.

La recherche archéologique est un concept relativement récent en Nouvelle-Calédonie. Le déclic intervient après la découverte au début des années 1950 de vestiges de poteries vieilles de trois millénaires sur la presqu’île de Foué, au large de Koné. Le Lapita, terme dérivé d’un mot en langue haveke, attribué à ces poteries et au site qui les renferme, vient de faire irruption dans l’histoire du pays. Non sans bousculer au passage quelques réticences récurrentes liées au premier peuplement. Le terme Lapita s’étend rapidement à une vaste région, au fur et à mesure que sont mises au jour des poteries de la même période en Mélanésie, en Micronésie et en Polynésie occidentale. La Nouvelle-Calédonie occupe donc une place de premier plan dans la recherche archéologique régionale…. »

Mwà Véé (Gérard del Rio)

… des entretiens

Légende : Christophe Sand sur le site de Foué (Koné)
Crédit photo : ©ADCK-CCT-G.del Rio

« L’archéologie est cette science « humaine » dont le but est d’étudier les traces et les objets laissés par les générations qui nous ont précédés. Les archéologues dressent des plans des monuments encore visibles à la surface du sol et creusent dans la terre pour retrouver les vestiges enfouis par le temps. Comme les autres sciences, l’archéologie classe ces monuments et ces objets en catégories. Si elle peut apparaître souvent, pour des Océaniens, comme relevant des choses « taboues » et d’accès normalement interdit, puisque s’intéressant à ce que les vieux ont protégé lors de leur christianisation (lieux de sépultures, anciens villages, etc.), elle tente aujourd’hui de le faire systématiquement avec l’accord des autorités coutumières concernées et dans le respect des règles établies…. »

Christophe Sand, directeur de l’IANCP






Légende : André-John Ouetcho sur le site de Deva
Crédit photo : ©ADCK-CCT-G.del Rio

« Au fur et à mesure que les sites archéologiques ont été mis au jour en Nouvelle-Calédonie, et que le travail de sensibilisation effectué par l’équipe archéologique et relayé par les médias a porté, les gens ont été de plus en plus nombreux à s’intéresser à ce domaine. Le bouche-à-oreille a fonctionné et nous avons ainsi été informés par les gens de sites archéologiques potentiels.

Pendant ce temps, l’équipe s’est étoffée. Un département d’archéologie a été mis en place dans les années 90 au musée de Nouvelle-Calédonie par Emmanuel Kasarhérou et Christophe Sand.

Cette évolution de la perception de l’archéologie a été possible grâce à un changement de mentalité vis-à-vis du passé et à une volonté politique. Aujourd’hui, dans le cadre de l’Institut d’archéologie qui a succédé au département d’archéologie, nous disposons des moyens humains et matériels pour exercer correctement notre activité… »

André-John Ouetcho, archéologue, IANCP

Légende : Jacques Bolé
Crédit photo : ©ADCK-CCT-G.del Rio

« Avant de travailler à l’OCSTC, je ne pensais pas qu’il pouvait y avoir des choses à tirer d’un bout de caillou taillé ou d’un morceau de poterie. Chez moi, à Lifou, on a l’habitude de trouver de tels vestiges quand on traverse les brousses ou le long du rivage, mais on ne fait pas la relation avec l’histoire qu’ils représentent. C’est abstrait. J’ai donc appris que l’archéologie permettait de faire parler ces vestiges. De plus, j’ai débuté sur mon île natale. Là, j’ai vu comment John [Ouetcho], qui possédait déjà une grande expérience du terrain, était capable d’interpréter un objet ancien rien que par sa localisation, sa forme, le matériau dont il est constitué. Cela m’a donné envie d’aller plus loin, moi aussi, et j’ai attrapé le virus de l’archéologie. Avec des gens comme Christophe [Sand], John, et les autres membres de l’équipe, nous sommes toujours à la recherche d’un indice, les yeux rivés au sol. C’est une véritable déformation professionnelle… »

Jacques Bolé, archéologue, IANCP



Légende : Yves-Béalo Gony lors d’une enquête à Tiga
Crédit photo : ©IANCP

« Il est important pour les Calédoniens, les Kanak, de connaître leur passé et celui des lieux où ils vivent. Les éléments que peuvent nous apporter l’histoire orale ancienne, l’histoire écrite plus récente, et la recherche archéologique sont donc précieux. La plupart d’entre nous possèdent une mémoire historique orale, mais ont du mal à faire le lien entre celle-ci et le matériel archéologique qui s’y rapporte.

Pour un Kanak, il est plus facile de revendiquer et de reconnaître des vestiges de surface, tels que les vestiges de billons d’ignames, de tarodières, d’allées centrales, de tertres de cases, que des vestiges enfouis dans la terre depuis des siècles. Il faudrait arriver à faire le lien entre l’archéologie et la conceptualisation de l’histoire ancienne par la tradition orale… »

Yves Béalo Gony, anthropologue, IANCP



Légende : Stéphanie Domergue sur le site de Deva (Bourail)
Crédit photo : ©ADCK-CCT-G.del Rio

« La question du passé, du peuplement, ne me tourmente pas. Que nous soyons archéologues calédoniens d’origine européenne ou kanak, nous agissons tous, avant tout, en tant que scientifiques. Nous nous en tenons à ce que nous découvrons sur le terrain. Quand on travaille sur des sites comme celui de Deva, on partage les 3 000 ans d’histoire qui nous précèdent… »

Stéphanie Domergue, archéologue, IANCP













Légende : Louis Lagarde dans les locaux de l’IANCP
Crédit photo : ©ADCK-CCT-G.del Rio

« Nous travaillons sur les transformations de l’environnement et les adaptations de l’homme à cet environnement, ainsi que sur les dynamiques internes qui permettent de passer de l’arrivée des premiers occupants à l’organisation très complexe de la société traditionnelle kanak, caractéristique que l’on retrouve dans le schéma océanien. Nous travaillons aussi sur les dynamiques relationnelles qui se sont établies entre les archipels de la région. De sorte que l’on peut parler de spécificités qui s’inscrivent finalement dans une unité culturelle beaucoup plus large, à l’échelle d’une vaste région… »

Louis Lagarde, archéologue, IANCP

Légende : Jean-Marie Wadrawane sur le site de Deva (Bourail)
Crédit photo : ©ADCK-CCT-G.del Rio

« L’apport culturel et historique dans l’archéologie est une donnée essentielle pour les périodes récentes de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie. On ne peut pas déconnecter la recherche archéologique de ce que l’on décrit, d’où l’intérêt de mêler les expertises, les expériences et les approches différentes. Pour un peuple comme le peuple kanak, l’histoire s’est transmise oralement durant des siècles. L’oralité revêt de ce fait un caractère historique… »

Jean-Marie Wadrawane, archéologue, IANCP












Mwà Véé magazine

La collection jeunesse de l’ADCK-centre culturel Tjibaou

La collection de livres de contes pour la jeunesse publiés par l’ADCK-centre culturel Tjibaou vient de s’enrichir d’un septième ouvrage bilingue en nââ numèè et en français, Nyûwâxë, l’igname amère. La langue nââ numèè est parlée dans les tribus de Touaourou, de Goro et de Waho et concerne environ 800 locuteurs actifs1.

Nyûwâxë, l’igname amère est une coédition ADCK-Vale Nouvelle-Calédonie réalisée en collaboration avec le conseil coutumier de l’aire Drubéa-Kapumë. Ce conte de Touaourou, « Nyûwâxë », explique comment l’igname douce est devenue amère par la suite. Il a pour auteur Adolphe Capini Ouetcho et pour traducteur Kunyi Atti. Il a été illustré par Dominique Berton. Sa coordination éditoriale a été assurée par Liliane Tauru, avec Fabrice Wacalie et Alexandre Akapo. L’album contient une version CD audio, également bilingue.

Légende : Fabrice Wacalie
Crédit photo : ©ADCK-CCT-G.del Rio

« De plus en plus de gens cherchent à se réapproprier leur langue originelle. Le travail de collecte et de valorisation que nous menons, notamment en transposant le résultat de nos recherches sur des supports pédagogiques, contribue à créer une passerelle entre les générations et donc à réactiver la transmission.

Notre mission consiste en particulier à mettre en œuvre des actions qui répondent aux préoccupations sociétales des populations du Grand Sud. La valorisation des langues du Grand Sud s’inscrit dans cette démarche. »

Fabrice Wacalie

Fabrice Wacalie, 29 ans, supervise les relations communautaires entre la société minière Vale Nouvelle-Calédonie et les tribus du Grand Sud. Il a assuré la coordination éditoriale de l’album Nyùwâxë, l’igname amère aux côtés de Liliane Tauru et d’Alexandra Akapo.



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