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Mwà Véé n°78-79 /

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Le dossier

mwa_vee_78_79 L’Agence de développement de la culture kanak a constitué en l’espace d’une vingtaine d’année une collection unique en son genre, représentative de l’art contemporain océanien et des courants, influences et échanges artistiques qui caractérisent cette vaste région du monde. Cette collection dénommée « Fonds d’art contemporain kanak et océanien » ( FACKO), réunit à ce jour un millier d’œuvres porteuses de symboles et de paroles qui nous relient à la cosmogonie océanienne. La revue Mwà Véé a cherché a savoir ce que ces œuvres ont à nous dire et à nous apprendre. Elle a fait appel pour cela à des artistes plasticiens, à des historiens de l’art et à des intervenants artistiques. En illustration, trois expositions actuellement en cours au centre culturel Tjibaou sont présentées dans ce dossier : « Ma maison est un jardin », « Tout doit disparaître – Le monde peut attendre » et « Mel Mec- hommage à Adrien Ukane Trohmae ». L’exposition « Dialogue d’outre-monde » qui s’est achevée en septembre dernier est également évoquée comme exemple d’optimisation des ressources du FACKO.

Sommaire

  • Éditorial : Cœur à corps avec l’art kanak et océanien
  • Susan Cochrane : ARTventure
  • Henri Gama, consultant culturel
  • « Exposition-hommage » : Adrien Ukane Trohmae
  • Ashley Vindin, secrétaire général de l’ADCK-centre culturel Tjibaou
  • François Leurquin, restaurateur d’art
  • Nicolas Molé et Mariana Molteni, artistes plasticiens
  • Peggy Bonnet Vergara, historienne de l’art, commissaire d’expositions, auteur jeunesse et Hans Christian Vergara, artiste plasticien
  • L’exposition : « Tout doit disparaître – Le monde peut attendre »
  • Béatrice Pei-ni Hsieh, directrice du Kaohsiung Museum of Fine Arts
  • Gilbert Bladinières, commissaire d’exposition, éditeur, consultant culturel
  • Anne-Laure Aubail, chargée d’inventorier et d’optimiser le Fonds d’art contemporain kanak et océanien
  • Bob Upigit, artiste et technicien artistique
  • Marion Roussel, étudiante en art

Lydie Gardet :
  • L’exemple du Fonds d’art contemporain kanak et océanien ;
  • Les artistes de la première génération ;
  • La statuaire kanak dans l’espace artistique contemporain.

Extraits…

de l’éditorial…

FACKO… Ces cinq initiales recèlent un monde peuplé de « créatures » mystérieuse. Des sculptures plus vivantes que nature, des peintures, des dessins, des estampes, des installations, des photographies, des créations numériques… En tout, un peu plus de mille œuvres qui tissent la trame d’une histoire, celle de l’art contemporain kanak et océanien (…) Toutes ces œuvres ont été choisies, sélectionnées, par les responsables qui se sont succédé à la tête du département des Arts contemporains kanak et océaniens (ACKO), telle la spécialiste australienne Susan Cochrane, puis du DAPEX. Non pas sur la base d’une esthétique propulsée par les canons de l’art occidental, mais en fonction de leur sens, de leur parole. Ces œuvres parlent, en effet. Elles disent des choses. Elles tracent des itinéraires intimes à travers toute la Mélanésie et une partie de l’Océanie, de la Nouvelle-Zélande à l’Australie….

Mwà Véé (Gérard del Rio)



… des entretiens

02_mwa_vee_78_79 « Sans aucun doute, la plus grande ARTventure de ma vie s’est déroulée en Nouvelle-Calédonie, entre 1995 et 1999. En 1995, j’ai été recrutée par Emmanuel Kasarhérou, alors directeur culturel de l’Agence de développement de la culture kanak (ADCK) et chasseur de têtes, puis invitée à entreprendre une étude de faisabilité de la composante arts et expositions pour les saisons de préfiguration que l’ADCK avait prévues de 1996 à 1998, pour aboutir à l’inauguration du centre culturel Tjibaou. Ce travail de consultante s’est développé de façon exponentielle jusqu’à obtenir le poste de responsable du département des Arts contemporains kanak et océaniens (ACKO)1, avec pour mission de créer une collection majeure : le Fonds d’art contemporain kanak et océanien (FACKO), d’établir et de finaliser des programmes d’expositions et autres événements artistiques, de former une équipe kanak, dont j’ai beaucoup appris en retour, au métier de conservateur. »
Susan Cochrane, chercheuse, auteure, conservatrice, conseillère artistique.
Légende : Ken Thaiday, Requins-marteaux [Coiffes cérémonielles] (1996) Coll. FACKO.
Crédit photo : © ADCK-CCT Emmanuel Righetti

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« On ne peut pas défendre l’idée que les objets dispersés à travers le monde sont les ambassadeurs de la culture kanak et, dans le même temps, ne pas faire des œuvres contemporaines d’artistes vivants les ambassadeurs de cette même culture (…) Ce qui suppose de développer des projets innovants avec d’autres structures et de mettre ainsi les artistes du pays en rapport avec les courants artistiques qui se manifestent à travers le monde. Ce que l’ADCK-CCT a, du reste, entrepris depuis quelques années dans le cadre de partenariats avec la ville de Rochefort-sur-Mer ou avec le Kaohsiung Museum of Fine Arts, à Taiwan (…) La grande originalité du FACKO réside dans l’association d’une culture autochtone, en l’occurrence, la culture kanak, avec d’autres cultures originelles, au plan régional. Cette collection est, à ma connaissance, la seule à réunir autant d’artistes océaniens différents, originaires des différents pays de la Mélanésie et de la Polynésie occidentale, représentants des peuples autochtones d’Australie et de Nouvelle-Zélande… »

Henri Gama, consultant culturel.


Légende : Éric Natuoivi, Ariki (1995) Coll. FACKO
Crédit photo : © ADCK-CCT Emmanuel Righetti

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« Les objets des cultures océaniennes, y compris les objets contemporains, sont tous porteurs d’une « parole ». Avant d’incarner une expression artistique, ces objets incarnent en premier lieu des pratiques culturelles, sociales, rituelles, en résumé, des « paroles » qui les rendent dignes d’affection. Nous avons donc pour mission d’être les gardiens de ces « paroles » qui accompagnent les objets et qui leur donnent toute leur signification, toute leur dimension. L’on comprend mieux dès lors l’importance donnée à la collecte des savoirs oraux en rapport avec les objets collectés, qu’ils soient anciens, dans le cas du musée de Nouvelle-Calédonie, ou contemporains, dans le cas du centre culturel Tjibaou. »

Ashley Vindin, secrétaire général de l’ADCK-centre culturel Tjibaou.


Légende : Réserves du Dapex.
Crédit photo : ©ADCK-CCT Anne-Laure Aubail

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François Leurquin a restauré dernièrement trois grands poteaux sculptés par André Wassaumie Passa. Ces trois œuvres ont été acquises par l’ADCK-centre culturel Tjibaou, au titre de la collection du FACKO, pour être érigées à l’entrée de l’aire coutumière Mwakaa. Avec le temps et sous l’effet conjugué des éléments naturels et des insectes, elles présentaient de sérieux signes de détérioration. Considérées comme des œuvres majeures, elles ont fait l’objet d’une restauration en profondeur. « Intervenir sur des œuvres de cette qualité, c’est évidemment endosser une grande responsabilité vis-à-vis de celui qui les a créées. Et c’est en même temps s’interroger sur la notion de pérennité des œuvres d’art par rapport à la culture qui les a engendrées. Dans la culture kanak, les objets, y compris les sculptures, sont faits pour vivre leur vie, disparaître sous l’effet du temps, comme les êtres vivants, et renaître, en d’autres lieux, sous d’autres formes. En même temps, ces œuvres appartiennent à une collection d’art publique et, à ce titre, on se doit de les préserver comme témoins de leur temps, de l’évolution artistique. Passa ne sculptera plus dans ce monde. Les œuvres qu’il a produites sont de ce fait irremplaçables. Si on les laisse mourir, c’est comme si on le perdait deux fois. Je suis donc très heureux d’avoir contribué à leur survie. »

François Leurquin, restaurateur d’art


Légende : Poteaux plantés d’André Wassaumie Passa.
Crédit photo : © ADCK-CCT Emmanuel Righetti

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Nicolas Molé et Mariana Molteni ont conçu l’installation qui anime la salle Beretara où vit l’exposition « Ma maison est un jardin ».


Légende : Entrée de l’exposition « Ma maison est un jardin ».
Crédit photo : © ADCK-CCT Gérard del Rio

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« Nous connaissions cette collection à travers les expositions présentées dans la salle Beretara et les catalogues consacrés à Ko Névâ et au FACKO. Nous l’avons découverte sous un jour nouveau en travaillant sur l’exposition. Une collection comme celle-ci réunit des œuvres témoins d’une culture en constant mouvement. On peut la lire comme on le fait avec d’autres formes de documents dans une médiathèque. Les sculptures, les peintures, dessins, estampes, installations… sont comme des livres pour nous. » L’idée pourrait être de travailler sur un concept nomade à partir de cette collection, ajoute Nicolas. Concevoir une exposition itinérante entourée d’un discours sur les œuvres, la démarche des artistes, à travers des exposés, des conférences, des échanges avec le public. Ce serait l’occasion de les replacer dans leur contexte d’origine, de leur offrir un retour aux sources, là d’où elles ont émergé à travers ceux qui les ont conçues. Ce serait aussi une façon de désacraliser l’art en le sortant du lieu où il est conservé comme une relique. Le sens du travail que nous avons réalisé pour « Ma maison est un jardin » s’apparente un peu à ce genre de préoccupation. Il soulève la question du caractère éphémère ou non d’une œuvre, de sa conservation, de l’« existence artistique », en somme.

Nicolas Molé, Mariana Molteni, artistes plasticiens


Légende : Exposition « Dialogues d’outre-monde. Résonances kanak autour d’Annonciation ».
Crédit photo : © ADCK-CCT Eric Dell’Erba

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Peggy Bonnet Vergara, aidée de Hans Christian Vergara, a imaginé l’exposition « Dialogues d’outre-monde. Résonances kanak autour d’Annonciation », en hommage à Aimé Césaire (1913-2008) et à Wifredo Lam (1902-1982), présentée au centre culturel Tjibaou. Commissaire de cette exposition, Peggy Bonnet Vergara a fait appel à cette occasion à deux jeunes artistes kanak, le plasticien Teddy Diaïke et le poète Paul Wamo.

« Sur le plan artistique, je ressens très fortement la relation intime qui existe entre l’art contemporain kanak et l’art traditionnel kanak. Cette relation fait la spécificité de cet art kanak contemporain par rapport à celui qui l’environne. ».
Hans Christian Vergara, artiste plasticien

« Cette collection [le FACKO] regroupe des œuvres très différentes. En ce sens, elle témoigne de l’évolution de l’art contemporain dans cette région du monde. On y trouve des artistes majeurs, fulgurants, comme Michel Tuffery [artiste originaire des Samoa, né en Nouvelle-Zélande, dont une des œuvres les plus spectaculaires, Pi Supo IV (Corned-beef), est exposée de façon permanente dans le village 1 du centre culturel Tjibaou], et des artistes plus conventionnels. Je pense que cette collection gagnerait à être davantage vulgarisée auprès du grand public. »
Peggy Bonnet Vergara, historienne de l’art, commissaire d’expositions, auteur jeunesse


Légende : Entrée de l’exposition « Tout doit disparaître – Le monde peut attendre ».
Crédit photo : © ADCK-CCT Eric Dell’Erba

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L’exposition « Tout doit disparaître–Le monde peut attendre », présentée jusqu’en février 2013 dans la salle Komwi du centre culturel Tjibaou, regroupe des œuvres issues des collections du musée des Beaux-Arts de la ville de Kaohsiung et les œuvres créées sur place par quatre artistes taïwanais à l’occasion de leur résidence au CCT en octobre 2012. Elle s’inscrit dans le prolongement d’un échange culturel amorcé en 2006 entre le Kaohsiung Museum of Fine Arts (KMFA, ville de Kaohsiung, Taïwan) et l’ADCK-centre culturel Tjibaou. « Notre mission est de promouvoir les arts contemporains aborigènes. Je citerais à cet égard l’exemple des échanges noués entre le centre culturel Tjibaou et le KMFA, notamment à l’occasion des rendez-vous tels que le Forum austronésien, le Festival des arts mélanésiens ou, tout récemment, le Festival des arts du Pacifique, aux îles Salomon (…) En 2009, l’Unesco a confirmé que Taïwan était le berceau des Austronésiens. C’est donc une raison supplémentaire de développer les échanges entre les pays dont les origines sont reliées aux ancêtres austronésiens. La Nouvelle-Calédonie fait partie de l’arc austronésien et il est donc naturel que nous établissions des relations avec elle. »

Béatrice Pei-ni Hsieh, directrice du Kaohsiung Museum of Fine Arts


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« Ces œuvres [celles du FACKO]« disent » que c’est de la matière que se dégage la forme. Ces artistes utilisent des matières, des techniques et développent des formes qui confèrent à leurs œuvres contemporaines une nature profondément originale tout en maintenant cette relation permanente avec l’univers océanien. Leurs œuvres apparaissent comme inspirées par une entité supérieure. Cette filiation apparaît en particulier très nettement dans les sculptures (…) Les limites fixées à cette collection ont explosé avec la vie du lieu qui l’abrite, le CCT. Elle est devenue le témoin intime de la vie du CCT, à tel point que l’on pourrait retracer la vie de ce lieu à travers la gestation du FACKO, les acquisitions de ce dernier, les expositions qu’il a nourries, les résidences qu’il a suscitées, les influences qui l’ont traversé. Le FACKO s’offre, à ce titre, comme une grille de lecture de l’art océanien. Il est à lui tout seul une page d’histoire, une source d’information sur les courants, les acteurs de l’art et leurs sources d’inspiration. Cette collection n’est donc à aucun égard anecdotique. »
Gilbert Bladinières, commissaire d’exposition, éditeur, consultant culturel

« Le récolement permet non seulement d’obtenir une description technique précise et détaillée d’une collection, mais également, grâce à un logiciel spécialisé, « micro-musée », d’effectuer un suivi de l’état de conservation1 et d’établir des statistiques, par exemple sur la répartition géographique des œuvres (…) L’informatisation3 de l’inventaire permet aussi d’exploiter les données documentaires des œuvres, telles que l’identité de leur auteur, son pays, sa région, sa ville, son village ou sa tribu d’origine, leur dimension, la technique de création concernée4… Données très utiles lorsqu’il s’agit de faire voyager ces œuvres dans le cadre d’expositions ou de partenariats avec des musées d’art contemporain à travers le monde (…) L’ensemble de ces données va permettre de constituer un catalogue numérique qui sera mis en ligne courant 2013 sur le site de l’ADCK-centre culturel Tjibaou.
Anne-Laure Aubail, chargée d’action auprès du département des Arts plastiques et des Expositions

« Ce que je ressens au contact des œuvres du FACKO ? C’est un privilège pour moi de pouvoir approcher ces œuvres réalisées par des artistes contemporains kanak et océaniens qui comptent parmi les meilleurs, de pouvoir les toucher, les regarder « dans les yeux », de les sentir respirer, s’exprimer, parce que, pour moi, elles sont vivantes, elles parlent par leurs couleurs et formes multiples. »
Bob Upigit, artiste et technicien artistique

« Il semble que ce qui caractérisait la sculpture ancienne, c’était la forme, découlant d’un système de codes traditionnels. La présence de chaque élément était signifiante et l’ensemble constituait un discours, une parole, émanant de l’objet. La sculpture contemporaine s’attache davantage au sens général qui se dégage de l’œuvre. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas signifiante. Disons que le discours qui s’en dégage emprunte d’autres chemins. Le discours est plus explicite, on ne s’adresse plus au passé, mais au présent, voire au futur, sans rejeter toutefois sa filiation avec sa culture. C’est précisément ce qui caractérise la sculpture kanak contemporaine par rapport à d’autres formes de sculpture contemporaine. »
Marion Roussel, étudiante en art


Légende : Yann Conny, Est qui… libre – L’équipe libre – Équilibre. Coll. FACKO.
Crédit photo : © ADCK-CCT Emmanuel Righetti

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Ce dossier s’achève avec la publication de larges extraits que la revue a consacré au travail de Lydie Gardet, plasticienne, auteur d’un mémoire de master 2 sur le thème : « Du cultuel au culturel. Chemin des mots – Chemin des objets. L’exemple du Fonds d’art contemporain kanak et océanien »
Ce mémoire se présente comme une analyse en profondeur de cette collection, étayée par une réflexion détaillée sur les raisons qui ont motivé sa création et sur son contenu examiné en termes de représentation artistique identitaire plurielle. Cette réflexion débute par le rappel de la relation qu’entretiennent nature et culture dans les sociétés océaniennes et plus spécifiquement, dans ce cas de figure, dans la société kanak. Elle prend sa source dans l’espace de résonance que décrivent la collection du Fonds d’art contemporain kanak et océanien (FACKO) et le lieu qui l’abrite, le centre culturel Tjibaou, siège de l’Agence de développement de la culture kanak (ADCK).
« Cette collection porte en elle le secret projet de devenir un des classiques de la culture kanak. […] Cette collection est constituée d’objets identifiables. L’objet, concrétion de valeurs, […] agit comme preuve directe de l’existence d’une culture vivante […] Ces objets posés pourront devenir les supports à parole et devenir ainsi les catalyseurs d’une culture immatérielle, ces deux aspects de la culture agissant souvent de façon concomitante. »
Lydie Gardet

L’auteure de ce mémoire illustre notamment son propos par deux exemples parlants consacré l’un aux femmes kanak dans l’espace artistique contemporain, l’autre à la statuaire kanak dans l’espace artistique contemporain.



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