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Mwà Véé n°81 /

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Le dossier

Art et identité

mwa_vee_81 Ce dossier s’intéresse au lien entre la création artistique et la dimension identitaire. Il s’articule notamment autour de quatre exemples, l’exposition « Je suis noir », actuellement visible au centre culturel Tjibaou, le spectacle Portraits du chorégraphe Richard Digoué avec le collectif Nyian, le spectacle Kuonga , de l’association tongienne On the Spot, tous deux présentés dernièrement sur la scène du CCT et l’exposition « Tradition, Education, Citoyenneté » du photographe David Becker.

Sommaire

  • Éditorial : l’art est identité
  • Guillaume Soulard, directeur artistique de l’ADCK-centre culturel Tjibaou
  • Paul Tane Wamo, poète, slameur, comédien
  • Petelo Tuilalo et Anne-Laure Aubail, département des arts plastiques et des expositions de l’ADCK-CCT
  • Patrice Godin, anthropologue et sociologue
  • La démarche identitaire du collectif Nyian
  • Le collectif Nyian
  • La création du spectacle Portraits
  • L’équipe de Portraits
  • Paroles hors scène
  • Polychromie noire
  • Éric Mouchonnière, dit Fly, artiste
  • Patrice Kaikilekofe, artiste
  • David Becker, photographe culturel
  • Exposition « Tradition, Éducation, Citoyenneté »
  • Un vent du large venu de Tonga
  • Une case pour les artistes
  • Les rendez-vous de Ngan Jila

 

Extraits…

de l'éditorial…

« La réflexion développée dans ce numéro de Mwà Véé prend sa source dans la thématique d’une exposition actuellement présentée au centre culturel Tjibaou. Empruntant son titre, « Je suis noir », à un poème-slam de Paul Wamo, cette exposition décline la perception que les artistes océaniens ont d’eux-mêmes, de leur identité, de leur relation à leur société, au monde, à l’autre (…)

Dans la création Portraits, du chorégraphe kanak Richard Digoué, les Je se côtoient, se croisent, échangent leurs vécus, se découvrent des points communs et, transcendant leurs identités, imaginent et élaborent une identité pour leur pays.

Dans le spectacle Kuonga, les Je des jeunes comédiens tongiens se déterminent et s’affirment comme des acteurs à part entière d’une société perplexe à la vue du changement d’habitudes qu’ils représentent.

Dans l’exposition qu’il a présentée dernièrement à la bibliothèque de l’Université de la Nouvelle-Calédonie, le photographe David Becker invite les étudiants à réfléchir sur les notions de tradition, d’éducation et de citoyenneté, à partir de tranches de vie qu’il a captées en trente ans de prises de vue en Océanie.

Ces exemples montrent la réelle capacité des artistes calédoniens et, plus largement, océaniens à s’interroger sur leur identité et sur leur rôle, en tant qu’acteurs culturels, dans la société (…) Mais également à interpeller celle-ci à propos de ses préjugés, de ses blocages, de ses possibilités enfouies… Leur aptitude à se mettre en question, voire en danger, pour exprimer, communiquer et partager ce qu’ils ressentent, et, du même coup, leur faculté à inviter la société à se remettre en question.

C’est cette dimension essentielle de la création artistique que nous avons souhaité mettre en avant dans ce numéro, au travers de différents exemples et d’échanges que nous avons eus avec ces novateurs et passeurs d’émotion.

Mwà Véé (Gérard del Rio)



… des entretiens

A propos de l'exposition « Je suis noir »

Guillaume Soulard
©ADCK-CCT, Gérard del Rio

01_mwa_vee_81 « Ce titre est celui d’un poème de Paul Wamo. J’avais cette phrase Je suis noir en tête et j’avais envie de la faire résonner avec ces regards et ces visages océaniens que l’on rencontre dans la collection du FACKO. Sous ce titre en forme d’affirmation, Paul Wamo a écrit un texte beaucoup plus universel, qui ne se limite pas au fait d’être noir ou pas. Je ressens cette phrase comme une attitude de fierté, comme une référence au concept de négritude d’Aimé Césaire, dans le sens où l’on n’accepte pas les modèles dominants et que l’on s’affirme tel que l’on est, sans avoir à justifier le fait d’être noir (…) L’exposition nous interpelle en nous posant ces questions : Je suis qui ? Je suis quoi ? Comment est-ce que je me montre aux autres ? Comment est-ce que je me représente ? Que racontent ces œuvres océaniennes ? En quoi me parlent- elles ? »

Guillaume Soulard.


A propos du poème-slam Je suis noir

Paul Wamo
©ADCK-CCT, Gérard del Rio

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« L’identité dépasse la couleur de peau (…) Jean-Marie Tjibaou nous a clairement rappelé que ce n’est pas le fait d’être noir qui fait ce que nous sommes, mais le fait d’appartenir à une terre, à une histoire, à une culture (…) Pour dire homme, en drehu (langue de Lifou), on dit « atr » qui signifie « savoir ». La définition repose donc sur ce dont la personne est porteuse. L’étranger est perçu comme celui qui arrive avec son savoir et qui va partager ce savoir avec le chef et, par extension, avec les gens de la tribu. « Noir » renvoie aussi au combat contre l’apartheid, aux États-Unis, avec Martin Luther King, les Black Panters, en Afrique du Sud, avec Nelson Mandela. Ce n’est pas un mot neutre. Et bien évidemment à Aimé Césaire, qui évoque le Noir écrasé, opprimé dans son concept de négritude, ou à Léopold Sédar Senghor, qui célèbre le Noir africain (…) Je me sens complètement en phase avec les paroles de Jean-Marie Tjibaou, qui me renvoient au travail que j’effectue actuellement en mêlant les codes culturels kanak à l’expression contemporaine sur scène. »

Paul Tane Wamo


A propos de l'exposition « Je suis noir »

Petelo Tuilalo, Anne-Laure Aubail
©ADCK-CCT, Gérard del Rio

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« L’exposition s’inscrit pleinement dans la saison 2013 du CCT dans le sens où elle aborde la question de l’identité (…) Elle nous fournit l’occasion d’interroger de façon plus poussée les œuvres et, au-delà, la collection FACKO tout entière (…) Les œuvres que nous avons sélectionnées ont pour point commun la représentation humaine à travers des hommes, des femmes, des enfants (…) Certaines œuvres conjuguent toutefois l’humain avec des éléments naturels, d’où le thème de la métamorphose animale, végétale, minérale qui constitue l’une des parties de l’exposition (…)
Le choix des œuvres a également tenu compte des différentes techniques utilisées par les artistes, ainsi que des zones géographiques dont elles proviennent (…)
Nous voulions aller au-delà de la simple description des œuvres présentées. C’est la raison pour laquelle nous avons fait appel à Patrice Godin, afin qu’il porte un éclairage de nature métaphysique sur les œuvres. Ce qui est intéressant, c’est de considérer les multiples façons d’appréhender une œuvre, du point de vue de sa conception et de sa présentation, dans le cadre d’une exposition telle que celle-ci. On assiste à une sorte de phénomène de transcendance (…)

Petelo Tuilalo, Anne-Laure Aubail


A propos de l'exposition « Je suis noir »

Patrice Godin
©ADCK-CCT,Gérard del Rio

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« Il m’a semblé que le postulat « Je suis noir » et toutes les sculptures, les peintures, les photographies, les installations qui étaient présentées sur ce thème possédaient en commun la caractéristique de poser cette question de l’identité, au-delà de la couleur de peau, en ces termes : « Qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ? », mais sans dissocier ce questionnement du reste du monde et des autres communautés qui le peuplent. C’est un aspect que je ressens très fortement et qui me semble être un trait majeur de la création plastique dans le Pacifique.
« Dire « Je suis noir », c’est en fait une manière d’ouvrir la relation. C’est en tout cas ainsi que j’ai vécu ce rapport à ces mots. Il ne s’agit pas d’une fermeture, mais au contraire d’une ouverture au monde, à la fois pour donner une place à l’autre, le retrouver dans un même monde, et pour s’ouvrir soi-même à des identités autres. Le fait d’être noir n’est pas antinomique au fait d’être en même temps multicolore, d’être autre chose. Nous sommes bien dans l’actualité. Il n’y a pas à choisir entre son identité, l’héritage de l’histoire, de la coutume, de la culture, de tout ce que le passé a fait de nous, et l’ouverture aux autres communautés. Poser son identité permet d’entrer en relation avec les autres. Ce qui a toujours été le message de Jean-Marie Tjibaou, qui, en cela, était le traducteur de quelque chose de très prégnant dans le monde kanak et, plus largement, océanien, et c’est ce que j’ai retrouvé dans les œuvres rassemblées pour cette exposition, à commencer par le poème de Paul Wamo. »

Patrice Godin, anthropologue et sociologue


A propos de la création du spectacle Portraits par le chorégraphe Richard Digoué et le collectif Nyian

Vue du spectacle Portraits
©ADCK-CCT,Eric Dell’Erba

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« L’idée de Portraits, c’est d’avoir un regard de chacun sur lui-même. Chaque élément du collectif s’exprime à sa manière, par la parole, la gestuelle, et l’on arrive à un ensemble qui parle d’une même voix pour dire nos aspirations communes. C’est donc un vrai travail de recherche individuelle, de mise en commun et de partage entre nous et avec le public (…)
Dire ouvertement d’où l’on vient, qui l’on est, montrer que l’on peut dépasser les clivages, les préjugés, c’est le sens de notre démarche. »
Richard Digoué

« Portraits est représentatif du pays, de ses communautés, et les met en lien. Le spectacle occasionne des rencontres et des échanges très riches avec les gens qui l’ont vu, c’est aussi notre façon de faire passer notre message de tolérance et de paix au pays tout entier. »
Véronique Nave

« Parler de soi et s’inscrire dans un groupe, se prononcer par rapport aux échéances qui nous attendent, voilà le sens de notre démarche. Chacun exprime ses préjugés, ses craintes, son rapport à la peur, aux autres… (…) Cette notion de métissage est importante dans notre pays et nous devons tous l’assumer. »
Marité Siwene

« Notre démarche pour Portraits démontre avant tout que l’on peut tous travailler ensemble(…) C’est une démarche qui va à l’encontre de l’isolement, du repli sur soi qu’engendre le « modernisme » (…) Le fait que chacun de nous apporte quelque chose bénéficie à l’ensemble et au pays (…) Utiliser le patrimoine individuel de chacun de nous pour créer un patrimoine collectif. »
Steeve Hoane

« Portraits n’est pas simplement un spectacle. Ce sont des paroles que nous échangeons entre nous et que nous partageons, un temps durant lequel nous exprimons nos doutes, nos frustrations, nos espoirs, en live (…) En nous entendant évoquer notre histoire, celle de nos origines, de notre nom, les spectateurs qui nous écoutent peuvent faire des rapprochements avec leur propre histoire, s’identifier à notre démarche et avoir envie de mener la même. »
Delphine Lagneau

« Ce que j’attends de Portraits, c’est que les spectateurs prennent conscience de ce que représente le destin commun, de quoi il est fait, c’est-à-dire de nous tous. En parler c’est bien, le faire c’est mieux, c’est le sens de notre démarche. Montrer que c’est possible si on s’en donne les moyens, si on arrête de se dissimuler derrière les apparences et les préjugés. Portraits n’est pas fait pour distraire, pour simplement traduire ce que l’on est, mais pour faire passer un message dans lequel on parle de ceux qui sont arrivés ici à cause de telle ou telle raison et qui se sont mêlés à ceux qui étaient déjà là. »
Husa Angexetine, leader du groupe Wetr Kréation


Fly
©ADCK-CCT,Gérard del Rio

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« Lorsque j’ai dessiné le portrait de Jean-Marie Tjibaou, je suis parti de sa pensée, de sa parole. Je trouve que l’on ne parle pas assez de la vision qu’il avait du pays et de son avenir (…) Il avait une approche philosophique, mais aussi critique de sa propre culture, de sa propre société qu’il a encouragée à regarder devant, à entreprendre, plutôt qu’à se réfugier dans un passé de toute façon révolu. C’est pour moi le sens de sa phrase sur l’identité. Il a lutté pour que la culture kanak continue à vivre et à s’exprimer à travers les jeunes générations avec des outils qui sont les leurs. C’est ainsi qu’il a ouvert la porte à toute une génération de jeunes artistes après le festival Mélanésia 2000. Les Paul Wamo, Richard Digoué et bien d’autres viennent de là. Jean-Marie Tjibaou a commencé sa carrière politique en mettant l’accent sur la reconnaissance de l’identité culturelle du peuple kanak. En cela, il a affirmé que les artistes font partie intégrante de la construction du pays. Il est ainsi à l’origine d’une musique propre au pays, qui a donné naissance au kaneka. »

Éric Mouchonnière, dit Fly


Patrice Kaikilekofe
©ADCK-CCT, Gérard del Rio

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« L’activité artistique, c’est le lien du destin commun. Dans la communauté artistique, le lien se fait naturellement (…) Dans la société kanak, dès que tu montres ton vrai visage et que tu t’ouvres sincèrement aux autres, les barrières tombent. L’art, la musique facilitent la rencontre avec les autres. L’art nous permet de nous dépasser et c’est crucial dans un moment d’histoire comme celui que traverse actuellement la Nouvelle-Calédonie. Notre démarche artistique a forcément un impact (…) L’on voit que les artistes contribuent à faire bouger et évoluer leur société, dans le respect des anciens. Ce sont tes racines et les choix que tu fais pour grandir qui te confèrent une unicité et une spécificité. Tu dois t’affirmer sans t’imposer, être un apport pour ta communauté et la collectivité tout entière. »

Patrice Kaikilekofe


A propos de l’exposition « Tradition, Education, Citoyenneté »

David Becker
©David Becker

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« À l’approche d’une période clé pour la Nouvelle-Calédonie, j’ai voulu encourager les gens, en particulier les jeunes, à réfléchir sur l’avenir. J’ai pensé aux étudiants de l’université qui sont appelés à devenir des acteurs majeurs du pays (…) Ce qui m’intéresse dans un objet, c’est ce qu’il recèle, ce qu’il nous dit d’une expression humaine du monde. Les chambranles qui sont exposés au musée de Nouvelle-Calédonie sont des témoins de la civilisation kanak, la preuve concrète que cette dernière existe depuis très longtemps. Les objets permettent de s’identifier à eux, d’être en appartenance avec une société et d’en être fier. À mon sens, c’est un des messages essentiels que l’exposition « De jade et de nacre » a fait passer en 1990 et que l’exposition qui se prépare au musée du Quai Branly et qui sera ensuite présentée à Nouméa va réactiver. »

David Becker


A propos du spectacle Kuonga par l’association On the Spot, de Tonga

Vue du spectacle Kuonga
©ADCK-CCT,Eric Dell’Erba

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« En tant que jeunes, nous représentons tous les jeunes, sans nous poser la question d’où l’on vient. On s’adresse aux jeunes, comme nous. Il y a beaucoup de similarité entre les jeunes, d’où qu’ils soient. En même temps, tous les éléments que nous avons mis dans notre spectacle ont pour base Tonga. Nous sommes connectés avec nos origines, avec notre culture, avec le Pacifique. Si, donc, il y a des différences entre jeunes, elles tiennent à la culture de chacun, et ce n’est pas un aspect qui divise, mais qui au contraire rassemble. »

Les comédiens de On the Spot



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