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Mwà Véé n°84 /

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Le dossier

alt Ce numéro de la revue culturelle kanak Mwà Véé est entièrement consacré à l’exposition « Kanak. L’art est une parole ». La revue revient sur la présentation de l’exposition au musée du quai Branly, d’octobre 2013 à janvier 2014, puis au centre culturel Tjibaou depuis le 15 mars 2014. Elle retrace la naissance et la vie de ce projet hors du commun conçu par Emmanuel Kasarhérou et Roger Boulay pour parachever la première grande exposition d’art kanak, « De jade et de nacre », en 1990-1991 dans laquelle ils s’étaient déjà investis. Mwà Véé leur donne la parole ainsi qu’à plusieurs acteurs liés à la réussite de cette exposition, dont le président du musée du quai Branly, Stéphane Martin. Leurs propos illustrent à quel point « Kanak. L’art est une parole », marque un tournant dans la façon d’appréhender l’histoire d’une culture au travers de son patrimoine et de la partager avec un public sans frontières. Ce numéro reprend également, avec l’autorisation du musée du quai Branly et des éditions Actes Sud, certains textes des deux commissaires d’exposition publiés dans le catalogue de l’exposition, désormais épuisé.

Sommaire

NAISSANCE ET VIE D'UNE EXPOSITION

  • Stéphane Martin, président du musée du quai Branly
  • De l'inventaire du patrimoine kanak dispersé à l'exposition « Kanak. L'art est une parole » (I)
  • Emmanuel Kasarhérou, commissaire de l'exposition
  • De l'inventaire du patrimoine kanak dispersé à l'exposition « Kanak. L'art est une parole » (II)
  • Emmanuel Kasarhérou
  • Visages et Reflets. Comme les deux faces d'une même réalité, némèè ma koomèè, « le visage » et
  • « le reflet » constituent la dualité qui structure l'exposition, par Emmanuel Kasarhérou
  • Bèmu ma rhee « les ancêtres et les génies », par Emmanuel Kasarhérou
  • Patrimoine kanak dispersé et culture kanak Patrimoine kanak dispersé
  • et culture kanak, par Emmanuel Kasarhérou
  • De l'inventaire du patrimoine kanak dispersé à l'exposition « Kanak. L'art est une parole » (III)
  • Roger Boulay, commissaire de l'exposition
  • De l'inventaire du patrimoine kanak dispersé à l'exposition « Kanak. L'art est une parole » (IV)
  • Roger Boulay
  • La sculpture faîtière de la Grande Case : archétypes, styles régionaux
  • ou variations ? Par Roger Boulay
  • Forme et sens de la sculpture kanak ancienne, par Roger Boulay
  • Henri Gama, coordinateur de l'exposition en Nouvelle-Calédonie

UN PROJET, UNE EQUIPE

  • Marc Vallet, scénographe
  • Yan Stive, graphiste
  • Alain Chevalier, concepteur lumière

MUSEES PRETEURS

  • Béatrice Voirol, Museum der Kulturen de Bâle
  • Paul Matharan, musée d'Aquitaine
  • Claude Stéfani, Musée d'Art et d'Histoire de la ville de Rochefort
  • Élise Patole-Edoumba, Muséum d'histoire naturelle de La Rochelle
  • Mystérieuse Madame Michel, par Claire Brizon, musée des Confluences, Lyon

MECENAT CULTUREL

  • Dominique Katrawa, secrétaire général de la Société Le Nickel-SLN
  • Joël Viratelle, directeur de la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris

 

Extraits…

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... de l'éditorial…

« Kanak. L’art est une parole » représente une formidable aventure muséographique, mais aussi humaine. Le fait qu’autant de musées français et européens aient accepté de jouer le jeu en prêtant une partie de leurs collections d’art kanak, parmi lesquelles des objets qui n’en étaient jamais sortis, atteste du travail de fond accompli en amont par les deux commissaires d’exposition, dans le cadre de l’inventaire du patrimoine kanak dispersé, et de la relation de confiance qu’ils ont su instaurer avec leurs interlocuteurs. Le soin apporté à la préparation et à la réalisation de cette exposition, la qualité de son contenu, expliquent et justifient son impact et son succès tant en Métropole qu’en Nouvelle-Calédonie. Et, au-delà, sa charge émotionnelle, perceptible à travers les réactions des visiteurs, celles des vieux notamment, lorsqu’ils découvrent, érigés en objets d’art, des témoignages héroïques de leurs racines anciennes.

Cette exposition marque aussi un tournant dans la manière d’appréhender l’histoire d’une société et d’une culture. Toute la magie du duo « Visages et Reflets », qui structure son parcours, tient dans cette faculté à nous inciter à regarder l’histoire en face […] »

Mwà Véé (Gérard del Rio)

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… des textes et entretiens

A propos de l’exposition

« Cette exposition inédite s’inscrit dans une perspective historique. Elle découle tout naturellement de la reconnaissance de la culture kanak, initiée par le festival Mélanésia 2000, en 1975, attestée par les accords de Matignon, en 1988, concrétisée par l’exposition « De jade et de nacre », en 1990-1991, et scellée par l’accord de Nouméa et la loi organique qui en découle, en 1998.

Elle représente en même temps le fruit et l’aboutissement d’un long et minutieux travail d’inventaire du patrimoine kanak dispersé (IPKD), amorcé dès la fin des années soixante-dix, à la demande de Jean-Marie Tjibaou. Elle a été pensée et conçue afin que les objets rassemblés entrent en résonance avec la culture qui les a engendrés, le temps de leurs retrouvailles avec leurs racines kanak et de leur dialogue avec les visiteurs de l’exposition. Un pari ambitieux que deux hommes, Emmanuel Kasarhérou* et Roger Boulay**, ont su relever avec audace et originalité, sans s’affranchir de la rigueur scientifique qu’on leur connaît.

Cette exposition représente autre chose qu’une simple présentation d’objets, fussent-ils rares et peu ou jamais montrés au public. Elle révèle l’étonnante richesse et la grande diversité de l’art kanak ancien et sa permanence dans le temps […] »

Gérard del Rio

Stéphane Martin
(© Musée du quai Branly, photo Greg Semu)
alt « Ce qui confère cette force à l’exposition « Kanak. L’art est une parole », ce sont la qualité et la constance du travail de recherche, la rédaction formelle de la muséographie avec ce concept inédit de « visages-reflets », exprimé par les deux commissaires. C’est leur travail, leur talent, le fruit de leur réflexion, et ce qui m’intéresse, c’est d’offrir cette exposition à un public dont je présuppose qu’il a parcouru l’exposition permanente du musée, qu’il a visité d’autres expositions temporaires présentées ici, qu’il en découvrira d’autres, et qu’il les placera en perspective les unes par rapport aux autres […]

Concernant l’exposition « Kanak. L’art est une parole », Emmanuel Kasarhérou et Roger Boulay m’avaient expliqué, dès le début, qu’ils souhaitaient lui donner une sorte de double déroulé, de double ligne de lecture. De fait, l’exposition telle qu’ils l’ont conçue se déroule sur deux plans parallèles, mais qui ne cessent de dialoguer : d’une part, le plan traditionnel, que l’on pourrait aussi appeler le plan ethnographique, qui évoque la société kanak dans sa permanence, sachant qu’aucune société n’est à l’abri de transformations au fil du temps et des événements, d’autre part, le plan historique, où il n’était pas question d’éluder le fond politique, puisque l’histoire se prolonge jusqu’à présent. Les deux commissaires ont œuvré en toute liberté et en toute responsabilité et j’aime beaucoup la façon dont ils ont traité leur sujet, sans aucune fausse pudeur et, en même temps, avec beaucoup de retenue, de subtilité, y compris en évoquant des aspects délicats, comme la question des femmes et de leur place dans la société kanak, ou celle de la sexualité évoquée par les robes de Stéphanie Wamytan, qui, le jour du vernissage, ont surpris un certain nombre de personnes. »

Stéphane Martin, président-directeur général de l’établissement public du musée du quai Branly

Emmanuel Kasarhérou
(© Maison de la Nouvelle-Calédonie, photo Jean-François Marin)
alt « Depuis que je travaille sur la culture kanak, je poursuis la même quête, chercher au-delà du buissonnement et de la variété les points communs et l’exprimer d’une manière perceptible et pas seulement de façon allusive comme le font souvent les textes ou les objets traditionnels qui effleurent le sens mais ne le livre jamais complètement, ne le finalise jamais, de peur qu’en disant tout l’on tue une forme de magie. L’idée est de faire percevoir et de partager une part de ce caractère magique, unique, des objets et donc de la Parole. J’étais déjà parti de cette idée pour concevoir le Chemin kanak que l’on découvre au Centre […]

[Ces objets] incarnent une autre forme d’esthétique que je définirais comme une esthétique de la Parole. Effectivement, cette dimension particulière au monde kanak n’est pas facile à appréhender et pourtant ces « objets-paroles » continuent à résonner, à émettre un écho jusque dans les appartements huppés des grands collectionneurs parisiens […] Les musées européens ont tendance à présenter les objets selon leurs propres critères de lecture, dans une forme de post-modernisme qui permet de les réinvestir, toujours sur la base de l’histoire, du choix de celui qui les a collectés. Sortis de leur contexte muséographique, les objets retrouvent une autre forme de vie, plus proche de celle de leurs origines. Les présenter sous la forme pour laquelle nous avons opté dans l’exposition, c’est offrir à ces objets une autre manière d’être lus et c’est enrichir les formes classiques de lecture des collectionneurs et des musées.

Chaque objet est rattaché à une période, à une histoire, à un lieu, à des personnes. C’est aussi en cela qu’il nous dit quelque chose de l’histoire culturelle kanak. On ne peut pas, on ne peut plus, aujourd’hui, se contenter de présenter des objets en disant : « Voilà, il s’agit d’un masque, d’une applique, d’une hache ostensoir… », en assortissant les objets en question de quelques indications muséographiques classiques. Il faut les restituer dans leur perspective. Sans les collectes successivement menées par l’Office culturel, scientifique et technique kanak, par le musée et, enfin, par l’Agence de développement de la culture kanak, et sans le minutieux travail de repérage et d’identification de la mission chargée de l’inventaire du patrimoine kanak dispersé, nous n’aurions pas pu aboutir à ce résultat. L’exposition incarne donc aussi le rendu de ce travail de mémoire, fruit de la réflexion menée par Jean-Marie Tjibaou et qu’il a initiée au moment du festival Mélanésia 2000, au milieu des années soixante-dix. »

Emmanuel Kasarhérou, commissaire de l’exposition « Kanak. L’art est une parole »

Roger Boulay
(©ADCK-CCT, photo Marc Le Chelard)
alt « On se situe dans une histoire du regard. En quoi cette histoire influe-t-elle sur le regard des non-Kanak ? La plupart des musées français et européens ont été, à la base, inspirés par des spécialistes de la préhistoire, puis par les débuts de l’anthropologie préhistorique, avec des gens comme Gabriel de Mortillet. On peut mettre cette filiation en résonance avec la phrase de Jean-Marie Tjibaou : « Nous ne sommes pas des rescapés de la préhistoire. » Dans les années 1880, on collecte les outils lithiques, mais quand on se trouve en présence de masques ou de statuettes, on ne sait qu’en faire[…]

Nous nous sommes efforcés de répondre, trente ans après « De jade et de nacre », aux trois questions posées par Jean-Marie Tjibaou à propos du patrimoine kanak dispersé : Où se trouvaient les objets kanak ? ; Qu’en faisait-on, les exposait-on, ou restaient-ils confinés dans les réserves des musées ? Que disait-on des Kanak au travers des présentations que l’on faisait de leur patrimoine ? L’exposition « Kanak. L’art est une parole » répond à ces trois questions. On sait, par exemple, que cent soixante musées possèdent des objets kanak, qui sont ponctuellement exposés. Jean-Marie Tjibaou avait encore exprimé un quatrième point : qu’est-ce que les Kanak doivent faire de ce patrimoine ?

L’exposition actuelle est donc différente et, en même temps, elle se place dans la continuité de « De jade et de nacre », avec un message plus affiné, plus subtil, plus riche aussi […]

Nous voulions mettre en œuvre plusieurs principes. Tout d’abord faire parler les Kanak à la première personne du singulier ou du pluriel. C’est une idée que j’avais déjà appliquée pour la borne multimédia de la case Bwenaado au centre culturel Tjibaou, puis dans la salle d’exposition d’art kanak au musée d’Art et d’Histoire de Rochefort. Et l’on avait pu vérifier que cette expression directe, personnalisée, établissait un rapport différent avec le public. Il y a une différence entre dire « les Kanak sont comme ceci, comme cela, font ceci et cela » et entendre la voix d’un Kanak, en l’occurrence celle du regretté Kiki Karé, dans Bwenaado, déclarer : « Nous, les Kanak, nous envisageons le rapport à la terre…, nous organisions autrefois de grandes cérémonies avec des masques, mais les temps ont changé et nous ne les pratiquons plus… » Nous voulions donc rompre avec le discours sur les Kanak et passer à la parole directe émise par les Kanak eux-mêmes. »

Roger Boulay, co-commissaire de l’exposition « Kanak. L’art est une parole »

Henri Gama
(©ADCK-CCT, photo G. del Rio)
alt L’aspect le plus délicat du travail accompli par le binôme formé du musée de Nouvelle-Calédonie et de l’ADCK-CCT a sans conteste résidé dans sa capacité à décliner, en la concentrant, la partie « Visages et Reflets », qui constituait le cœur même de l’exposition au musée du quai Branly. « Nous avons conservé l’idée d’une entrée balisée par les grandes appliques de porte de case, dites aussi chambranles, que nous avons conçue à la manière d’un « chemin d’émergence » des « Visages » anciens, créant une sorte d’aspiration vers la découverte des « Reflets » […]

Autre volet sur lequel est intervenu Henri Gama, la présence d’œuvres contemporaines dans l’exposition. « Il nous semblait important, ici, en Nouvelle-Calédonie, dans un lieu emblématique de la culture kanak comme le Centre, qui n’est pas un musée, d’affirmer une présence contemporaine en rapport avec les thématiques de l’exposition et avec les objets d’hier. De montrer que l’esprit de la créativité contemporaine cohabite harmonieusement en ce lieu avec l’esprit de la créativité ancienne. »

Henri Gama, coordinateur de l’exposition « Kanak. L’art est une parole » au centre culturel Tjibaou

Marc Vallet
(©ADCK-CCT, photo Marc Le Chelard)
alt « Il m’a fallu toutes ces discussions avec eux, un an et demi de réflexion et de travail et la soirée d’ouverture de l’exposition pour percevoir toute la dimension de la Parole. Je repense avec émotion à la prise de parole d’Octave Togna, au nom des sénateurs coutumiers, à celle d’Emmanuel qui s’exprimait dans sa langue paternelle, l’ajië, aux musiciens et danseurs qui réveillaient les âmes, à ces coutumiers en discussion devant la chronologie de la chefferie des îles Bélep. Ils parlaient en langue kanak et je ne les comprenais donc pas, mais j’imagine que les noms qu’ils découvraient faisaient écho à des liens très anciens. Je me souviens encore de ce vieux qui, débouchant dans l’allée des flèches faîtières, en a tout de suite repéré une en disant : « Mais c’est celle de chez moi, celle de mon grand-père. » Il ne l’avait jamais vue auparavant, il n’avait pas encore lu le cartel qui s’y rapportait, mais il l’avait reconnue tout de suite. J’ai compris à quel point l’objet est un visage, incarne l’être qui l’habite. J’ai ressenti, là, toute l’importance des liens qui était soulignée dans le synopsis du projet de l’exposition […] »

Marc Vallet, scénographe de l’exposition « Kanak. L’art est une parole » au centre culturel Tjibaou

Yan Stive
(©ADCK-CCT, photo G. del Rio)
alt « Le fait, en quelque sorte, d’écrire sur une culture de tradition orale nous a amenés, ensemble, à ponctuer les différents espaces de l’exposition avec des termes en langue kanak. D’où le choix d’une typographie particulière qui s’apparente au trait à la fois dansant et anguleux des motifs que l’on trouve sur les bambous gravés. De sorte que la représentation graphique épouse le sens et la tonalité du discours qui se déroule tout au long de l’exposition et qui passe, par exemple, par le calendrier de l’igname développé sur huit mètres linéaires de cimaise. »

Yan Stive, graphiste de l’exposition « Kanak. L’art est une parole » au centre culturel Tjibaou

Alain Chevalier
(©ADCK-CCT, photo G. del Rio)
alt « Lorsque j’ai appris que j’allais être amené à intervenir sur la version de l’exposition présentée en Nouvelle-Calédonie, j’ai été très heureux à l’idée de contribuer à ce projet permettant à ces objets, que nous avons côtoyés de près à Paris, de se ressourcer dans leur pays d’origine. C’est un juste retour des choses. »

Alain Chevalier, concepteur lumière de l’exposition « Kanak. L’art est une parole » au centre culturel Tjibaou

Béatrice Voirol
(©ADCK-CCT, photo G. del Rio)
alt « Officiellement «propriétaires» de ces objets, nous nous considérons plutôt comme les dépositaires de ces derniers, collectés à différentes époques, puis préservés dans les musées comme le nôtre. Grâce à quoi ils ont survécu jusqu’à nos jours. Il nous revient de les préserver dans les meilleures conditions et, lorsque l’occasion se présente, comme c’est le cas pour «Kanak. L’art est une parole», de les faire sortir de nos réserves pour les montrer et les partager.

Le regard que nous portons sur ces objets anciens ne repose pas sur des critères esthétiques. Nous cherchons à les documenter au maximum, à analyser leur signification, à comprendre le sens dont ils sont porteurs, d’où l’intérêt des échanges que nous entretenons avec l’équipe chargée de l’IPKD. »

Béatrice Voirol, conservateur, Museum der Kulturen de Bâle (Suisse)

Paul Matharan
(©ADCK-CCT, photo G. del Rio)
alt « Pour l’exposition « Kanak. L’art est une parole », le musée d’Aquitaine a prêté cinq objets : deux sagaies, un bâton à fouir, une grande statue à planter et la pierre magique biconique, rarissime, rapportée par le père Lambert. Que ces objets présentés à Paris le soient aujourd’hui au centre culturel Tjibaou, en Nouvelle-Calédonie, me fait infiniment plaisir. Je suis impressionné, je dois dire, par le nombre et la qualité des objets réunis dans cette exposition, par le discours sur la parole qui les accompagne et par la pensée et la spiritualité kanak qui s’en dégagent. »

Paul Matharan, conservateur, musée d’Aquitaine à Bordeaux

Claude Stéfani
(©ADCK-CCT, photo G. del Rio)
alt « On ne connaît pas l’identité de celui qui a rapporté les objets anciens de Nouvelle-Calédonie conservés au musée de Rochefort. Il s’agit sans doute d’un médecin ou d’un officier de marine. La flèche faîtière, pour sa part, présente une physionomie très atypique. Le visage est flanqué d’un nez démesuré, la tête, coiffée d’un étrange casque colonial. Le musée de Rochefort n’est pas à une étrangeté près. Il possède notamment une photographie du bureau de Pierre Loti sur laquelle figure en arrière-plan un masque kanak, qui a été identifié par Emmanuel Kasarhérou, alors que, curieusement, l’écrivain-voyageur n’est jamais passé en Nouvelle-Calédonie […] ».

Claude Stéfani, conservateur des musées municipaux de la ville de Rochefort

Elise Patole-Edoumba
(©ADCK-CCT, photo G. del Rio)
alt « Je souhaiterais, en effet, développer ce genre de relation avec la Nouvelle-Calédonie à partir de la très belle collection d’art kanak que nous possédons. L’idée, c’est de tisser des liens avec les gens d’ici, d’une part, parce qu’il s’agit de leur patrimoine et que nous avons le souci de le partager, d’autre part, pour leur donner l’occasion de mettre en valeur les savoir-faire qu’ils possèdent et que nous méconnaissons en Europe […] L’objectif est de renseigner ces documents, en particulier avec l’aide de Roger Boulay, et d’établir, en lien étroit avec les gens d’ici, et pas seulement avec tel ou tel spécialiste européen, un catalogue raisonné des collections afin qu’elles soient connues […] Dans les musées, les objets sont « morts », coupés de leur milieu naturel, même si l’on s’efforce de mettre en œuvre tous les dispositifs possibles pour les faire revivre. L’idée de permettre aux visiteurs d’un musée de voyager au milieu de sociétés et de cultures d’ailleurs représente un beau challenge et, à mon sens, un juste retour des choses.

Élise Patole-Edoumba, conservateur et directrice du muséum d’histoire naturelle de La Rochelle

Dominique Katrawa
(©ADCK-CCT, photo G. del Rio)
alt « J’ai participé à la cérémonie coutumière d’ouverture au musée du quai Branly. En tant que Kanak, j’étais bien évidemment très ému de découvrir ces objets qui ont quitté le pays depuis longtemps. En tant que représentant de la SLN, j’étais très heureux et fier que mon entreprise ait été choisie aux côtés du centre Tjibaou pour contribuer à la réalisation et à la réussite de cet événement exceptionnel. En tant que citoyen calédonien, j’étais enchanté de constater que cette exposition parlait aussi aux non-Kanak. Elle arrive au bon moment, alors que nous sommes en pleine réflexion sur l’après-accord de Nouméa, pour aller vers un destin commun. Après avoir été considérés comme un facteur de troubles et de division et comme propriété exclusive d’une communauté jusqu’aux accords de Matignon, ces objets kanak sont devenus des symboles d’une identité commune qui, aujourd’hui, nous rassemblent, comme le confirme cette exposition […]

Cette exposition joue le rôle d’un phare destiné à nous montrer le chemin, à nous rappeler que nous devons capitaliser et valoriser ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise. On constate que la culture permet aux communautés du pays de se rapprocher. Peut-être pourrait-on transposer cet exemple sur le plan politique… »

Dominique Katrawa, secrétaire général de la société Le Nickel-SLN

Joël Viratelle
(©ADCK-CCT, photo G. del Rio)
alt « Cette exposition marque à la fois un aboutissement et un nouveau départ, sous la forme d’un juste retour de l’histoire vis-à-vis de cette culture kanak qui après avoir été tant dénigrée, niée, méprisée est mise à l’honneur dans l’un des plus grands musées français. Et puis 2014 marque la fin d’une mandature, la sortie de l’accord de Nouméa et l’ouverture d’une période nouvelle. Cette exposition arrive donc au bon moment. Elle pose un certain nombre de principes et de recommandations pour l’avenir. C’est, par ailleurs, une exposition de très grande qualité, la plus importante du genre jamais réalisée dans le monde, avec des pièces uniques, une scénographie très étudiée, un chemin initiatique conforme à la pensée « spiralique » kanak. Cette exposition ne se présente pas comme une juxtaposition d’objets, elle nous fait entrer dans la pensée kanak. »

Joël Viratelle, directeur de la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris



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