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MWÀ VÉÉ N°86 /

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Le dossier

Au sommaire de ce numéro un échange de vue avec des esprits libres, le sculpteur Jean-Marie Ganeval, le documentariste Alan Nogues, l’écrivain Vincent Vuibert ; une écriture à quatre mains autour d’une collection d’art kanak conservée au musée des Confluences, à Lyon ; le retour sur une conférence donnée au centre culturel Tjibaou par l’anthropologue Patrice Godin sur le sens des formes dans l’art kanak ; une rencontre avec un poète kanak engagé en solidarité, Luc Enoka Camoui ; une lecture critique d’ouvrages publiés dernièrement par Virginie Soula, jeune universitaire calédonienne à l’écoute de l’histoire littéraire de son pays et par Frédéric Ohlen, écrivain et poète calédonien auteur d’une saga romanesque ; une plongée en poésie kanak avec une jeune poétesse de l’île Maurice, Catherine Boudet ; une présentation des conférences et films présentés entre juillet et septembre 2015 par la médiathèque de l’ADCK-centre culturel Tjibaou.

Extraits…

 

... de l'éditorial…

Esprits libres
D’un bout à l’autre du pays, de jeunes esprits libres s’expriment et communiquent à la fois dans la lignée de leurs audacieux aînés des années soixante-dix et quatre-vingt et en toute autonomie. Ils sont écrivains, poètes, jongleurs de mots, comme Paul Wamo, Denis Pourawa, Erwan Botrel, Vincent Vuibert, dramaturges, comme Pierre Gope, plasticiens, comme Jean-Marie Ganeval, Nicolas Molé, Éric Mouchonnière, alias Fly, Teddy Diaike, documentaristes, comme Alan Nogues, pour n’en citer que quelques-uns, sans compter leurs semblables, musiciens ou danseurs qui participent tout aussi activement à ce courant. Ils défrichent de nouveaux itinéraires de réflexion, proposent de nouvelles perspectives sur l’histoire, l’art, la culture, la vie, la société. Ils nous interpellent sans agressivité, mais sans complaisance non plus. Leur laisser la parole, leur ouvrir des espaces d’expression dignes de ce nom, leur accorder en somme la place qu’ils méritent, tombe sous le sens. C’est un peu ce que nous avons cherché à faire en proposant à quelques-uns d’entre eux d’investir ce numéro de Mwà Véé.

Mwà Véé (Gérard del Rio)

 

des textes et entretiens

 

Jean-Marie Ganeval (© ADCK-CCT, G. del Rio)
Visuel-02 « J’ai travaillé dernièrement sur des sculptures pour le collège de Païta-Nord et je suis très fier de contribuer ainsi à ce que les élèves se sentent du coup valorisés par la présence d’œuvres d’art. Quand Dick Bone et moi-même avons réalisé la sculpture pour la maison de quartier de Tuband avec dix jeunes de Tindu, il s’est passé quelque chose. Nous avions affaire à des gosses de quartier, des petits durs, pas faciles à amadouer. Nous leur avons montré ce que c’était que de s’exprimer, de sortir ce que l’on a en soi, de se tenir à une certaine rigueur. Ils n’en revenaient pas qu’un Kanak et qu’un Blanc puissent s’entendre à ce point et sculpter ensemble. Petit à petit leur regard a changé, ils se sont adoucis et, au final, ils ont tiré une grande fierté de leur participation à ce chantier. Voilà le genre de chose que j’aime et qui me fait avancer (…)

Le destin commun, nous, artistes, nous le pratiquons depuis un bon moment. Dans le travail que j’ai mené aux côtés de Dick Bone, par exemple, chacun apportant quelque chose de complémentaire à l’autre de façon naturelle. De la même manière qu’à Saint-Louis où j’ai réalisé une fresque dans une école avec des enfants dans le cadre d’une classe à projet artistique et culturel. On me soutenait que j’allais « ramasser » avec les jeunes de Saint-Louis, alors que je n’ai jamais mené un projet aussi vivant, avec des gosses qui s’exprimaient spontanément. Ce genre de gosses, tu leur mets de quoi créer entre les mains et c’est comme une ruée vers l’or, ou vers l’art, plutôt. On ne montre pas assez aux jeunes comment s’investir dans quelque chose de constructif. »

Jean-Marie Ganeval, sculpteur

 

 

Alan Nogues (©Liza Prouchandy)
Visuel-03« L’on dit souvent que nous sommes ici en retard de plusieurs dizaines d’années sur certains plans, mais je trouve que dans d’autres domaines nous possédons énormément d’avance. Cette spécificité calédonienne fait que les enjeux politiques, scientifiques, de sciences humaines sont plus élevés qu’ailleurs. Si l’on arrive à allier toutes ces composantes, l’on peut aboutir à une forme de société différente, plus en accord avec la nature et avec l’homme, sans pour autant nier l’évidence et l’importance de la science et de la technologie. C’est ainsi que, dans le deuxième volume de L’île continent, je vais traiter de la place du nickel dans nos sociétés modernes sur la base d’une réflexion en forme de question : que seraient ces sociétés modernes sans le nickel ? (…)

Qu’est-ce qui vous motive au plus profond de vous dans cette quête risquée de la face cachée des choses ?
Le fait que le monde est mystérieux et qu’en tout cas la Calédonie est mystérieuse, qu’on la connaît encore assez mal finalement et qu’il y a une part de magie dans tout cela. D’où mon envie de réaliser des documentaires sensibles qui mettent en avant la poésie, l’aspect occulte, et puis pour faire rêver les gens aussi, dans le cas de L’île continent. Ce, à la différence du film que j’ai réalisé sur la guerre kanak de 1917, que j’ai abordée comme un thriller, avec une intrigue à rebondissements jusqu’à la fin. C’est aussi, au travers de films, proposer des éléments de compréhension en jouant sur l’émotionnel. »

Alan Nogues, documentariste

 

Vincent Vuibert(© ADCK-CCT, G. del Rio)
Visuel-04 « Figurer, comme Paul Wamo, parmi les premiers à s’être inspirés de la ville pour écrire, c’est générationnel, je crois. C’est peut-être lié à l’époque. Je suis trop jeune pour avoir connu les Événements. Ceux qui les ont vécus écrivent sur ou à partir d’eux. Certains se sont engagés en politique. Nous, nous n’avons pas grandi dans cet univers. Nous avons poussé dans ce qui en est sorti, les accords de Matignon, l’accord de Nouméa ; dans une période de calme, de paix, ce qui ne veut pas dire une période facile pour tous. Moi, ce qui m’interpelle et m’interroge, c’est la ville. Quand on est jeune, on marche, on traîne, on observe. C’est de ces déambulations que j’ai tiré mes sensations (…)

À mon sens, les cultures urbaines passent par d’autres canaux. Elles représentent une deuxième voie, une voie alternative. Tout ce qui est traces écrites dans la ville (graffitis…) est pour moi comme une réaction, une réponse aux sigles, aux panneaux d’affichage, à tous ces messages qui ne cherchent qu’à vendre, à nous vendre quelque chose. Les infos qui défilent sur les bandeaux que l’on trouve dans les grandes villes sont encadrées par de la pub. Puis il y a l’habitant de la ville qui s’exprime. D’une manière qui n’est pas forcément esthétique. On trouve des messages, genre « salut aux mecs de… », des dictons, des insultes aussi. Les gens de la rue, les SDF, ont pris l’initiative d’une forme d’écriture inédite. Ces traces écrites, dessinées, graffées, sont aussi une manière pour leurs auteurs de s’approprier l’espace urbain, de marquer leur territoire. Ces traces disent quelque chose de qui passe là, de qui zone là, de qui et d’où il est. C’est une forme de communication. La culture urbaine s’exprime d’abord à partir des marges (…)

Vincent Vuibert, écrivain

A lire également…

La collection du père Goubin au musée des Confluences, à Lyon, par Claire Brizon, documentaliste, et Denis Pourawa, auteur et poète kanak

Descriptifs et photographies des objets se conjuguent avec les textes de Denis Pourawa, qui, en regard d'une hache ostensoir, rend par exemple, hommage à deux militants de la cause indépendantiste kanak, Marcel Nonnaro et Eloi Machoro

 

Visuel-05
Claire Brizon (©Olivier Garcin-Musée des Confluences)

Visuel-06
Denis Pourawa (© coll.personnelle D.P.)

 

« Cette mise en écriture à quatre mains, entre un professionnel de musée et un artiste, sur une collection d’objets et de coquilles, comme sur des archives : lettres et notices manuscrites, est une pratique inscrite dans les missions de valorisation et de diffusion des musées. L’objet de ces rencontres et de ces échanges étant de susciter, pour l’un comme pour l’autre des intervenants, des possibilités nouvelles d’interrogations, de réflexions et d’études dans l’espace traditionnel du musée. Musées comme lieux de « possession » des entités culturelles, mais également lieux contemporains questionnés par l’artiste œuvrant dans une volonté créatrice de délivrer les objets exposés de l’objet muséal, voire de les délivrer de l’œuvre muséographique. Pourquoi parler de possession ? Nous dirons que la possession n’étant pas une valeur, ni un concept kanak, il était intéressant de voir comment, ici, l’on pouvait dire par l’écriture, à partir des archives mais également à partir de la création de textes, de poèmes, dans un rapport physique d’écrire un imaginaire, de l’objet immatériel, de la transmission orale, de son lien à l’objet matériel, en l’occurrence, ici, les œuvres exposées, ou entretenues, dans les musées, comment l’objet et la mémoire se conjuguent, se confrontent ou se parlent, tout simplement. »

Claire Brizon, Denis Pourawa

Le sens des formes, par Patrice Godin, anthropologue

Ce texte est une adaptation d’une conférence donnée en novembre 2013 dans le cadre des Rencontres de la médiathèque. Il est illustré de photographies d’objets kanak et de croquis de l’auteur.

Visuel-07Argument de la conférence :
« Pour l’anthropologue Anthony Forge, qui travailla longtemps en Nouvelle-Guinée, l’art était avant tout le moyen d’exprimer sous une forme condensée des idées essentielles touchant aux fondations de l’ordre social, à la véritable nature des hommes et des femmes, au principe du pouvoir, ou encore à la place de l’humanité dans l’univers. Mais comment dégager ces idées lorsqu’il n’y a, de la part des artistes, comme de la société à laquelle ils appartiennent, ni discours, ni récits d’aucune sorte, historiques ou mythiques, qui viennent soutenir le regard que l’on porte sur les œuvres ? Faut-il, comme Anthony Forge le préconisait, tenter de relier la juxtaposition des formes et motifs artistiques aux représentations majeures de la culture ? Ou s’intéresser aux émotions, sentiments et sensations que cette juxtaposition suscite chez ceux qui en sont témoins ?

Dans cette conférence, on proposera une lecture de la création plastique traditionnelle kanak quelque peu différente, selon laquelle l’art tire parfois sa signification moins de ce qu’il est censé figurer ou provoquer que de la manière qu’il a de s’inscrire dans l’espace et d’entrer en résonance avec ses principales composantes. L’espace traditionnel kanak est un espace pleinement social, relationnel. Et, dans cet espace, les œuvres plastiques n’ont souvent d’autre fin que de révéler, à ceux qui savent les lire, certaines propriétés insoupçonnées des relations qui le peuplent. »

Patrice Godin

 

Poésie kanak…
… avec Luc Enoka Camoui

Luc Enoka Camoui (© ADCK-CCT, G. del Rio)
Visuel-08Luc Enoka Camoui, de la tribu de Yambé (Pouébo) revient sur son parcours d’enseignant et de poète et présente son tout dernier recueil de poésies kanak co-écrit avec son ami de toujours, le poète Georges Waixen Wayewol, de la tribu de Mebuet, (Maré). Magma Hwan Pala, qui, en français, se traduit, selon une métaphore toute volcanique, par « Magma, la bouche de la parole ». Cet ouvrage de près de cent pages comporte une préface très argumentée du philosophe calédonien Hamid Mokaddem à propos des obstacles rencontrés par les penseurs, écrivains et poètes kanak, au fil de l’histoire et des concepts littéraires occidentaux, pour faire entendre leurs voix. Une préface également destinée à rendre hommage à leur volonté et à leur ténacité créatrices qui ont largement inspiré et inspirent encore les paroliers des groupes de musique kaneka ou les poètes slameurs kanak. Coédité par les éditions Expressions (Nouméa) et La courte échelle Éditions Transit (Marseille), cet ouvrage a bénéficié d’une aide à l’édition de la mairie de Pouébo. … dans la revue Mwà Véé, par Catherine Boudet

 

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Catherine Boudet(© Coll. Personnelle C.B.)

Visuel-08
(© ADCK-CCT)

 

Catherine Boudet revient sur le numéro que la revue Mwà Véé a consacré voici quelques années à la poésie kanak. Eprise de poésie, Catherine Boudet est née à Saint-Denis de La Réunion. Elle est installée depuis plusieurs années à l’île Maurice, où elle enseigne le journalisme. Elle a publié sept recueils de poésie. Elle est également membre du comité éditorial de la revue haïtienne Legs & Littérature et collaboratrice régulière de la revue française de poésie en ligne Recours au Poème.



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